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CHAPITRE VII

l'échange

La division du travail. — L'altruisme obligaloire. — Vhomme ne produit pas ce dont il a besoin, mais ce dont les autres orU besoin. — Léchange est lacté par lequel deux ou plusieurs individus acquièrent réciproquement des utilités. — Tout échange est un acte dacquisition réciproque. — Equivalence des objets ou des services échangés.

A un degré déjà avancé de révolution, une certaine division du travail se produit. L'individu a quelque notion de propriété. Des voisins de son groupe ou d'autres groupes possèdent certaines utilités qu'il voudrait bien se procurer. D'un autre côté, il en possède qu'ils voudraient bien avoir. Pendant une longue période précommerciale, il ne connaissait pas d'autre manière d'acquérir que la violence. Mais elle présente des dangers, et il a trouvé qu'il valait mieux changer lennenii en client. Alors s'est introduite, peu à peu, dans son cerveau la notion de l'échange.

Au fur et à mesure de l'évolution de l'humanité, elle n'a cessé de se développer (1).

Un Français du dix-neuvième siècle a besoin de souliers, de vêtements, de vin, de pain, de viande, de café, de sucre, de poisson, de légumes, de musique, de nouvelles, de sécurité, etc.

Il ne peut faire en même temps des souliers, des vêtements, du vin, du pain, de la viande, du café, du sucre, etc. Le pays qu'il habite n'est pas apte à ces productions diverses. Il faut un outillage, terre, métiers, force motrice, etc., qu'il n'a pas à sa disposition. Je n'ai pas besoin d'insister ; tout le monde comprend l'im-

(1) Voir Y\'ES GuYOT, Le Commerce et dans la 3* édition de la Science Economique : le chapitre V du livre I, L'Evolution Sociale.

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possibilité pour chacun de nous de pourvoir à tous ses besoins. J'ai encore entendu des agriculteurs dire, comme pendant l'époque féodale : qu'une terre devait se suffire à elle-même, c'est-à-dire qu'on devait y récolter tous les produits nécessaires à la famille qui l'exploitait. Cette règle est allée rejoindre quantité d'erreurs analogues. Le vigneron du Midi cultive la vigne, il achète son blé. La terre doit donner le produit qu'elle est la plus apte à fournir ; l'homme aussi. Personne ne peut nier la vérité de ce principe qui s'appelle la division du travail.

Plus la civilisation se développe, plus les besoins de rhomme sont variés, tandis que ses aptitiides ont une tendance à se spécialiser.

L'industriel ne produit pas les objets dont il a besoin, mais il produit ceux dont les autres ont besoin. Il est obligatoirement altruiste. Ce n'est pas pour se faire un habit qu'un fabricant de drap monte ses métiers.

En raison de ce mouvement, l'échange devient une nécessité de plus en plus impérieuse ; car l'échange consiste à livrer les utilités qui nous sont relativement inutiles et à recevoir celles qui nous sont utiles.

Nous nous servons ici du mot : utilité, à dessein, et non du mot : chose ou substance. Quand un musicien nous fait entendre de la musique, il n'échange pas contre notre monnaie une quantité définie de substance ; nous considérons la sensation agréable que produit sa musique, comme une utilité pour nous ; c'est cette sensation que nous payons.

Plus nos aptitudes et nos besoins varient et augmentent en intensité, plus l'échange devient fréquent.

Aujourd'hui nous ne faisons pas un acte qui n'ait pour principe et pour conséquence un échange.

Do ut des ; facio ut facias ; fado ut des ; je donne pour que tu donnes ; je fais pour que tu fasses ; je fais pour que tu donnes. La formule romaine est toujours exacte.

Personne ne vend pour vendre, chacun vend pour acquérir quelque chose dont il a besoin en échange de quelque chose dont 11 n'a pas besoin ou dont il a moins besoin. Le marchand ne vend pas pour l'agrément de ses clients, il vend pour acquérir d'eux des valeurs

SOUS forme de monnaie dont il fera ensuite tel usage qu'il lui plaira.

L'échange est Vacte par lequel deux ou plusieurs individus acquièrent réciproquement des utilités.

En fait, il n'y a pas de vendeurs, il n'y a que des acheteurs : car celui qui vend ne vend que pour acquérir.

Tout échange est donc un acte d'acquisition réciproque. Chacun cherche à- acquérir le plus d'utilité possible au moyen de l'utilité qu'il donne en échange.

Turgot avait remarqué avec raison qu'au moment où l'échange est conclu, chacun attribue à la chose qu'il acquiert une plus grande valeur qu'à la chose qu'il cède.

'V^oilà le mot valeur employé: il indique l'équivalent des objets ou des services échangés. Forcément, il est subjectif, parce qu'il dépend des besoins respectifs des cocontractants ; et seuls, ils en connaissent et en déterminent l'intensité.

Ce sentiment qu'indique Turgot (1) est l'explication de l'accord que constate chaque échange. Dans les négociations préalables, chacun voudrait acquérir de l'autre plus que celui-ci ne voudrait donner. Une poissonnière demande 1 fr. 80 d'une sole. La cliente veut acquérir la sole, mais en même temps, elle veut acquérir des radis. Elle en offre 1 fr. 60. Elle l'obtient. Elle estime qu'elle a acquis une solo plus utile pour elle que les 1 fr. 60 qu'elle a donnés, et de plus, elle pourra acheter les 0 fr. 20 de radis qu'elle désire. D'un autre côté, la poissonnière a acquis 1 fr. 60 qui lui permettent de payer la sole qu'elle avait achetée, ses frais généraux et lui laissent un bénéfice. Chacun a fait une bonne affaire. Il y a eu d'abord conflit d'intérêts ; et ensuite, l'accord s'est établi parce que chacune a considéré que l'objet qu'elle acquérait avait plus de valeur que la chose qu'elle cédait.

C'est cette conviction qui a provoqué la décision, l'acte d'échange.

Si ni l'une ni l'autre n'avait eu cette opinion, l'échange n'aurait pas eu lieu.

(1) Collection des Econ. Turgot, t. II, pp. 125-27.

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