CHAPITRE X LES QUATRE ÉLÉMENTS DE LA VALEUR
I. Trois éléments obiectils : le prix de revient, le pouvoir d'achat et la quantité. — Un clément subjectii : le besoin. — Coût du travail considéré comme fondement objectif de la valeur. — Est destructeur de valeur. — Diminution de la part de travail humain dans le prix de revient.
II. J.-B. Say : L'utilité est subjective. — L'antinomie de l'utilité et de la valeur résulte de l'échange. — Il n'y a que des demandeurs. — Toute production a le gain pour obiet.
III. Prix de revient au-dessous du prix de marché. — Effet de la concurrence. — Le producteur peut réduire presque indé- (iniment son profil sur chaque unité produite, s'il peut augmenter indéfiniment ses débouchés. — Le prix de revient est une des conditions de l'o([re.
IV. Le prix de revient est restrictif de la valeur. — Adam Smith : Prix naturel et prix de marché. — Stuart Mill : Prix de revient . — Lequel ? Ce n'est pas le prix de revient qui {ixe les cours, c'est le prix d'achat. — Du côté de l'o[(re, iétiage des cours est déterminé par les marchandises dont le prix de revient est le moins onéreux. — Le prix de la concurrence est touiours le p^us bas, c'est-à-dire celui qui règle le plus : grand nombre des échanges.
V. L'utilité marginale. — On appelle unité marginale celle qui marque la marge du besoin. — La valeur marginale dépend du pouvoir d'achat qui a aussi une unité marginale.
VI. Complexité des prix sur un marché. — Personne n'achète au cours moyen.
VII. La loi de l'offre et de la demande. Définition. — La valeur d'une utilité est en raison inverse de l'o([re et en raison de la demande.
VIII. Eléments objectifs de l'utilité. — Spéculations : éléments objectifs et éléments subjectifs. — Le prix de revient est le londemen tobiectif de l'o([re. — Le pouvoir d'achat est le fondement obiectif de la demande. — La rareté est un élément objectif.
IX. Effets. — La loi de Davenant et King. La peur de manquer." Formule de M. G. de Molinari. — Atténuation due à la facilité des moyens de transport.
X. Le prix de revient et le pouvoir d'achat la quantité pour des évolutions. — L'augmentation du prix de revient, la diminution du prix de revient et la concurrence sont, pour des
causes dijlérentes, des éléments destrueti{s de la valeur. — La solution des protectionnistes, des trusts et de certains syndicats. — Problèmes. — La vie organique est une suite de crises.
XI. La vie organique et la vie économique ne sont qu'une suite de crises. — Stabilité chimérique. — Oscillations de la valeur.
I. La valeur a trois éléments objectifs et un élément subjectif. Les trois élém,ents objectifs sont : 1° Le prix de revient de Vobjet ou du service offert. 2° Le pouvoir d'achat de celui qui les demande. 3° La quantité.
Un élément subjectif : Le besoin du service ou de Vobjet.
L'élément subjectif est une condition indispensable de la valeur. Un service ou un objet n'a pas de valeur si personne ne le demande.
Adam Smith, Ricardo, en essayant de donner pour fondement objectif à la valeur, le coût du travail, ont oublié que le coût du travail représente une charge pour celui qui offre et non pas une valeur.
Bien plus. Si le coût du travail élève le prix de revient de l'objet, il restreint la demande : il est donc destructeur de la valeur.
Dans les théories d'Adam Smith, de Ricardo et de Karl Marx, il y a une confusion constante entre le prix du travail et le prix de revient. Le prix du travail n'est qu'un des coefficients du prix de revient. Les moyens de transport, les nouvelles inventions, les perfectionnements apportés chaque jour dans la production ont pour résultat incontestable la diminution de la part du travail humain dans le prix de revient.
D'où cette conséquence : le coût du travail peut augmenter, le prix de revient baisser et la valeur des objets diminuer.
(( Le temps de travail » et « la force de travail » ne présentent pas des mesures invariables. La force de travail dépend beaucoup plus de la qualité de l'outil que de la capacité de l'honmie. Il n'y a pas de muscles qui remplacent un cric. Adam Smith se trompait donc en donnant au travail la qualité de <( real mesure ».
II. J.-B. Say a fondé la valeur sur l'utilité qui motive la demande. La demande est le principe d'action de l'échange. Mais l'utilité est subjective.
La valeur résulte de l'échange ; et en réalité, dans rechange, il n'y a que des demandeurs, car chacun désire acquérir quelque chose, le marchand de la monnaie, le client une matière première, un produit fabriqué ou un service.
Le producteur n'a fait la série des actes qui aboutissent à la vente de sa marchandise que pour obtenir une quantité de monnaie qui représente une somme supérieure à son prix de revient. Cette somme supérieure, c'est le gain : et toute production a le gain pour objet.
S'il n'en retire pas de bénéfice, il cessera de produire, parce que la production serait un effort inutile : donc une perte.
III Ce résultat peut se produire pour trois motifs : 1° le produit ne répond plus à des besoins ; les besoins des consormnateurs ont changé : ils n'achètent plus un journal parce qu'il leur déplaît. Alors un des termes indispensables de l'échange disparaît, il n'y a plus de demande du produit ; le producteur n'a plus de raison d'être au point de vue économique ; 2° le produit est plus abondant que la demande : le prix sur le marché est audessous du prix de révient. Alors comme en 1904, on f laisse les pommes pourrir sous les arbres. On n'a pas ' assez de futailles pour fabriquer du cidre et elles ne seraient pas payées assez cher pour rémunérer la maind'œuvre. Dans ces deux cas, le producteur s'arrête. 3° Sous la pression des concurrents, l'acheteur ne donnej à la marchandise qu'un prix inférieur au prix de revient de tel ou tel producteur. De deux choses l'une : oui ce producteur doit réduire son coût de production, alorsj il augmente la demande ; et il peut presque indéfiniment ' réduire son profit sur chaque unité produite, s'il peut ] augmenter indéfiniment ses débouchés : c'est l'histoire j des journaux à 0 fr. 05. Ou bien il cesse sa production.
Si des concurrents ne peuvent donner un même prO' duit au plus bas prix, alors ce produit devient rare : lai demande augmente ; le prix s'élève et le producteur^ pourra retrouver son prix de revient, s'il fabrique deî nouveau ce produit. j
Le prix de revient est Vêlement objectif de la valeuri que le producteur attribue à son offre. J
IV. Le prix de revient agit de deux manières à l'égard ii de la valeur :
1" Plus il est haut, plus il restreint la demande, diminue le débouché, limite la valeur du produit.
2" Plus il est' bas, plus il augmente la demande, ouvre le débouché, mais il limite la valeur de l'unité du produit. Il provoque la baisse du prix de marché en pesant sui' l'offre.
Alors se posent d'autres questions : comment se règle le prix de marché ?
Ad. Smith s'est servi de deux expressions : 1° le « prix naturel », point central vers lequel gravitent continuellement les prix de toutes les marchandises ;
2° Le « prix de marché » de chaque marchandise particulière qui est déterminé par la proportion entre la quantité de cette marchandise existant au marché et les demandes des demandeurs effectifs qui sont disposés à en payer le prix naturel ou la valeur entière des fermages, profits et salaires qu'il faut payer pour l'attirer au marché.
Stuart Mill a fondé l'échange sur <( le prix de revient » : (( La plupart des choses s'échangent l'une contre l'autre en raison de leur prix de revient que l'on peut appeler valeur coûtante (cost value) (Liv. III, ch. VI). »
Mais toutes les marchandises n'ont pas le même prix de revient : et l'acheteur d'une boîte d'épingles ne s'inquiète que d'une chose : en trouverait-il dans un autre magasin à meilleur marché et de meilleure qualité pour le même prix ? et les épingles qu'il achète lui rendrontelles des services proportionnels au prix qu'il les paie ?
On entend souvent demander si le prix de marché est réglé par le prix de revient des marchandises produites dans les conditions les plus favorables ou celui des marchandises produites dans les conditions les plus défavorables.
Ceux qui adressent cette question supposent que c'est le prix de revient qui fixe les cours, alors que c'est le prix d'achat.
L'acheteur ne s'inquiète pas du prix de revient du blé dans une lande de Bretagne, dans la Beauce ou dans le Dakota. Il ne s'inquiète que d'une chose : y a-t-il abondance ou faiblesse dans l'offre relativement aux besoins de la consommation ? y a-t-il prévision pour les marchés prochains d'abondance ou de faiblesse ?
On peut dire que ce sont les marchandises, produites
au moindre prix de revient, qui règlent le taux du marché, de la manière suivante.
Sous la pression de la concurrence, producteurs et marchands sont disposés à réduire leur bénéfice au ' minimum, afin d'augmenter la rapidité et l'étendue de leurs opérations, et ils abaissent leurs prix jusqu'à la limite où ils sont débarrassés de leurs concurrents et où ils conservent un profit.
Par conséquent, dans le commerce libre, du côté de l'offre Vétiage des cours est déterminé par les marchandises dont le prix de revient est le moins onéreux. Le prix de la concurrence est toujours le plus bas, c'est-àdire celui qui règle le plus grand nombre des échanges.
V. Une théorie, appelée par M. Vicksteld, « l'utilité marginale », dans the Alphabet of Economie Science paru en 1888, détermine ces conditions dans la valeur. Stanley levons, Walras, s'en étaient occupés auparavant. La plupart des économistes mathématiciens, comme Vilfredo Pareto, l'ont adoptée, ainsi que certains jjrofesseurs américains, entre autres MM. Seligman et Clark, de l'université de Colombia.
Pour un homme qui a faim, dit M. Seligman (1), la première pomme a plus de valeur que la seconde, la seconde que la troisième, etc., et à la dixième pomme, il arrive à la satiété.
L'utilité de chaque pomme a diminué jusqu'à la dixième pomme qui ne représente plus aucune utilité.
L'utilité totale d'un stock est obtenue en additionnant l'utilité de chaque nouvelle pomme à celle de la pomme précédente, jusqu'au point de saturation. Dix pommes possèdent plus d'utilité totale que cinq. Toutefois, l'utilité marginale du stock est toujours égale à l'utilité marginale de la dernière utilité multipliée par le nombre des utiUtés. L'utilité marginale de deux pommes sera ' deux fois celle de la seconde ; de quatre pommes, quatre fois celle de la quatrième. Ici comme auparavant, Tutilité marginale du stock augmer^tera, mais ne dépassera pas le point de saturation. Après qu'une certaine limite a été atteinte, l'utilité marginale commenceà décliner. L'utilité marginale de huit pommes peut .
(1) Seligmxn, Principles o/ Economies, 1905. p. 176. Voir; Supra, ch. IX, p. 62, la Ihcorie de Vulililé-limite de l'école autri- chienne.
être inférieure à celle de cinq pommes quoique l'utilité totale soit supérieure.
Il y a toujours dans Voffre une unité qui marque la marge du besoin : on l'appelle Vunité marginale. Elle monte ou elle baisse à chaque changement dans l'offre ou la demande.
Dans une quantité limitée de marchandises, l'utilité de chaque unité est pratiquement égale à celle de l'unité marginale, parce que si quelque utilité était supprimée l'unité finale la remplacerait.
La valeur d'une marchandise ne se rapporte donc pas à son utilité en général, mais à l'utilité d'une quantité déterminée et elle ne signifie pas l'utilité totale de cette quantité, prise en elle-même, mais de son utilité marginale comparée avec une quantité déterminée des autres utilités.
La valeur marginale d'une marchandise ne dépend pas seulement de l'utilité qu'elle représente ; mais elle dépend du pouvoir d'achat des personnes qui avaient le désir de l'acheter.
Ce pouvoir d'achat a aussi une unité marginale. L'individu ou le chef de famille commence par payer un loyer, des vêtements, puis il achète du pain, des légumes, de la viande, du dessert, du vin ordinaire, du Champagne, des meubles, des objets d'arts, etc.
L'unité marginale sera fixée par l'offre du loyer, d'un côté, et par la nécessité pour lui de conserver des utilités de valeur qui lui permettent de se vêtir et de manger. Plus il en aura, plus il pourra acheter des objets chers et non indispensables.
Les unités marginales de l'offre sont donc soumises aux unités marginales de la demande qui dépendent, non pas des besoins mais du pouvoir d'achat des acheteurs.
VI. Cette théorie de l'utilité marginale représente un schéma analytique d'une simplicité élégante ; mais elle n'a qu'un caractère assez éloigné de la réalité. Elle ne rencontre pas l'adhésion de tous les professeurs américains ; à Harward, le professeur Taussig la critique ;' à Yale, le président Hadley, à Chicago, le professeur Laughlin, la repoussent. M. William W, Carlile (1),
(1) Le Langage Economigue, par M. William W. Carlile. Le Journal des Economistes, mai 1910, p. 198.
raille « le terrain marginal, les doses marginales ». Si on en parle à un cultivateur, il répondra que son gain dépendra du prix de vente. M. William W. Carlile, énumère les cas où l'on se sert du mot marge ; mais il demande « quelle est cette conception générale à l'appui de laquelle on ne peut citer un seul fait ou une seule chose y afférent. »
VI. II y a une locution courante qu'on affirme comme un axiome et qui a priori paraît juste : — Il n'y a qu'un prix sur le mêirfô marché.
Cependant M. John Borden (1) a très bien fait ressortir la complexité des prix sur les marchés. Les cours publiés donnent des moyennes, mais personne n'achète au prix moyen. Le prix n'est pas le même pendant toute la durée du marché, ni entre les vendeurs et les acheteurs qui y sont éparpillés ; et enfin quelles quantités ont servi à établir la moyenne donnée ? Les acheteurs et les vendeurs ne sont pas des automates. Chacun a son coefficient personnel d'erreur.
Le prix d'une marchandise ne dépend pas toujours de la quantité disponible, elle peut dépendre du plus grand besoin d'une autre denrée sur laquelle se portent les achats. Elle subit enfin la répercussion de tous les événements qui peuvent agir dans le monde sur les prévisions et sur les cours des effets publics et d'autres marchandises.
VII. Sans contester l'intérêt que peut présenter, comme moyen analytique, la conception de l'utilité marginale, je crois que nous pouvons en rester à la loi de l'offre et de la demande ; mais en donnant de ses termes une définition trop négligée jusqu'à présent.
Les valeurs ne se mesurent que "par des valeurs, et toutes les valeurs sont variables.
Elles sont régies par une loi : la loi de l'offre et de la demande. L'offre est le désir pour un individu, t en échange des utilités qu'il possède, de se procurer des utilités d'une autre nature.
La demande est le désir, joint aux moyens d'achat, pour un individu, de se procurer une utilité déterminée. On peut dire que la valeur d'une utilité est en raison inverse de l'offre et en raison directe de la demande. ,
(I) Aa l'^ssaij on VuIjic. Chicarjo, 1S97.
De temps en temps on entend des rêveurs maudire cette loi. Des délégués de la Bourse du travail m'ont dit, on 1893, d'un ton comminatoire : « Ainsi vous ne voulez pas abroger la loi de l'offre et de la demande ! » Les Catheder-Socialisten la combattent. En réalité, toutes leurs combinaisons, si ingénieuses qu'elles soient, reposent sur elle. Les protectionnistes ne demandent l'élévation des barrières que pour limiter l'offre.
VIII. La demande est donc déterminée par Vulililé, ({ui est subjective. Mais Vutilîté est réglée par des élévients objectifs tels que les besoins essentiels de l'homme, sans lesquels il disparaîtrait : la faim, la soif, l'abri. Le caractère de ces besoins est déterminé par le milieu et il faut comprendre la coutume dans les éléments du milieu. Ils ont si bien un caractère objectif que les cours des marchés varient d'après les statistiques .qui indiquent les approvisionnements normaux.
Il y a deux sortes de spéculations : l'une est basée sur la prévision des ressources et des besoins déterminés d'une manière objective, l'autre sur la prévision des éléments subjectifs qui peuvent en troubler le cours normal. Toute spéculation est un acte de foi à la loi de l'offre et de la demande.
La psychologie économique introduit des éléments subjectifs : la peur de manquer ou au contraire la peur de ne pas vendre : de là des paniques et des crises. Mais on est arrivé à en déterminer les oscillations.
IX. Davenant et King, à la fin du dix-septième siècle, constatèrent la relation suivante entre le déficit de la récolte et la hausse des prix :
Soit le déficit par rapport à la consommation La hausse par rii|ipoiL an
moyenne, égal à : prix moyen sera de :
Porter (1) et Tooke (2) ont admis cette proportion.
fl) Progress o( Ihr Nnlion.
(2) Hiflory o( Pcices.
M. de Molinari a fort bien expliqué les causes de cette différence.
Il suffit d'un faible déficit dans la récolte, c'est-à-dire dans la quantité de blé mise au marché, pour occasionner une hausse considérable dans le prix. En 1847, année où le déficit n'atteignit pas le quart d'une récolte ordinaire, le prix monta successivement de 20 francs à 40 et 50. Tandis que la quantité offerte décroissait en progression arithmétique, le prix croissait en progression géométrique.
De même, il suffît d'une faible augmentation dans la récolte pour faire baisser considérablement le prix. De 1847 à 1849, le prix du blé est descendu de 50 francs à 10 ou 12 francs, bien que l'excédent de la récolte ne dépassât point le déficit de l'année précédente.
Le blé et, en général, les objets indispensables à la vie sont ceux dont les prix peuvent monter le plus haut par le fait d'un déficit dans l'approvisionnement. Donc : Lorsque le rapport des quantités de deux denrées offertes en échange varie en progression arithmétique, le rapport des valeurs de ces deux denrées varie en progression géométrique (1).
Cependant, la facilité des moyens de transport atténue ces effets. En 1910, la récolte, en France, a présenté un déficit de plus de 20 %. Mais dans le reste du monde la récolte a compensé à peu près ce déficit. La loi de Davenant et de King n'a pas joué dans la proportion qu'elle indiquait. L'élévation du prix a été à peu près égale à la proportion du déficit. Il a monté de 23 à 28 francs. Mais le droit de douane de 7 francs, a non seulement joué en plein, il a maintenu une différence de plus de 8 francs entre le cours du marché de Londres et le cours du marché de Paris.
X. Le prix de revient, avec un profit, est le fondement objectif de Voffre : l'acheteur doit le rembourser, mais il ne s'en inquiète pas. Il ne s'inquiète que de l'abondance ou de la rareté des objets dont il a besoin ; et il se décide d'après des données plus ou moins exactes.
Si le producteur ne rentre pas dans ses frais, il restreint ou supprime sa production.
(11 MoLi.NARi, Questions de polilique et de droit public, L I, p. 35.
La valeur de chaque chose est le résultat de l'évaluation contradictoire faite entre celui qui en a besoin, qui la demande et celui qui la produit et qui l'offre.
M. Bœhm Bawerk exagère en disant : (( Le prix est, du commencement à la fin, le produit d'évalutions subjectives. »
Les évaluations ont toutes une base objective : le prix de revient, de la part des vendeurs ; le pouvoir d'achat, de la part des acheteurs.
Il y a encore un autre élément objectif : la rareté ou Vabondance.
Des marchandises sont rares par elles-mêmes : antiquités, objets d'art, etc.
Des marchandises sont produites par un travail limité à un homme : statues, peintures, etc.
La rareté étant un élément de la valeur, les protectionnistes veulent augmenter artificiellement la valeur des objets dans le pays où ils opèrent, en empêchant par des prohibitions ou des droits de douane, l'entrée des produits étrangers. Leurs efforts tendent à constituer une valeur factice.
Mais ils aboutissent souvent à un résultat opposé à celui qu'ils t*2 proposent : au lieu d'augmenter la valeur des produits protégés, ils risquent de la diminuer de deux manières. Ils en réduisent la demande par une augmentation de prix et une diminution du pouvoir d'achat des acheteurs ; et, en concentrant les capitaux et l'activité de leurs compatriotes sur les objets protégés, ils provoquent la surproduction qui est destructive de la valeur.
Le débouché d'un produit est en raison de la rareté des identiques et de Vintensité de la demande dont le pouvoir est réglé par la valeur des équivalents.
Des producteurs forment des trusts, pour substituer aux prix de la concurrence des prix de monopole ; ils peuvent obtenir la cherté de deux manières : 1° en vendant cher ; 2° en abaissant leur production à une limite au-dessous de la demande. Ils sont ainsi destructeurs de valeur, car ils diminuent non seulement le pouvoir d'achat des acheteurs, mais le leur.
Les socialistes et chefs de Trade-Unions et de syndicats veulent augmenter la valeur du travail ; mais ils la détruisent en diminuant la demande par l'augmenta-
tien des prix, en ne tenant pas compte de la concurrence et en diminuant le pouvoir d'achat des acheteurs.
XI. La vie organique n'est qu'une série d'actions et de réactions : appétit, alimentation, digestion, activité, fatigue, sommeil, réveil, etc ! Autant de petites crises qui se succèdent constamment. De même, les phénomènes de la valeur présentent une série d'actions et de réactions, telles qu'elles paraissent contradictoires. Peu importe qu'elles contrarient ceux qui rêvent une stabilité chimérique : l'important, c'est d'étudier leurs manifestations, leurs causes et leurs effets . , Uatigmentation du prix de revient du produit en restreint la demande et en diminue la valeur.
Mais la diminution du prix de revient permet d'offrir le produit à plus bas prix, donc elle en diminue la valeur.
L'augmentation de la quantité des utilités en diminue la valeur, puisqu'elle en augmente Voffre.
La concurrence a pour résultat d'abaisser les prix aussi bas que possible ; donc elle diminue la valeur.
Les réductions de valeur venant de l'augmentation ou de la diminution du prix de revient, ayant des causes opposées, ont des conséquences opposées.
Un prix de revient élevé, limitant la consommation, limite la production ; les unités sont chères, le total est relativement faible. Au point de vue de son chiffre d'affaires, la joaillerie est une petite industrie.
Tout abaissement dans les frais de production permet d'offrir à plus bas prix les unités et, par conséquent, augmente le pouvoir d'achat des demandeurs, puisqu'ils peuvent en acheter plus avec moins. Cette réduction de la valeur des unités en augmente la valeur globale, puisqu'elle en provoque la demande.
Si une partie du pouvoir d'achat, rendue disponible, s'exerce au profit des autres objets, cette partie économisée contribue à augmenter la production générale et, par conséquent, la valeur globale des produits, qu'ils appartiennent à une industrie ou à une autre, comme Ta prouvé J.-B. Say,