‹ La science en ballonChapitre 2 sur 9 · UI · texte numérisé non relu

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ballonnant que F on annexera Pempire de Pair. Non peut-être que les ballons soient définitifs, mais nous tenous un bout du fil qu'une Ariane inconnue est venue nous tendre au milieu du labyrinthe de la science. Ne nous laissons point enlever ce précieux conducteur.

Nous avons essayé d'esquisser, dans quelques pageSy les raisons qui engagent les savants à s'occuper d'un appareil que les rois ont dédaigné. Il en serait bien autrement ^i les ballons avaient sur la conscience du sang versé, s'ils avaient servi à dépeupler des provinces, à incendier des capitales, à semer sur leurs pas la dévastation et la mort !

Nous ne nous dissimulons point les difficultés de notre tâche. Nous connaissons trop bien, par expérience, l'énergie des préjugés scientifiques, pour nous faire illusion à cet égard. Cependant, pourquoi ne serions-nous point aussi heureux que cet aéronaute du premier empire, qui eut l'honneur d'enlever dans les ^irs le grand astronome Jérôme de la Lande? Les . successeurs de ce grand homme n'auront-ils jamais le désir d'imiter son zèle pour les questions aériennes?

La science de l'avenir découvrira certainement des secrets qui nous échappent encore en ce moment. Des forces, dont nous ignorons aujourd'hui jusqu'à

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Texistence même, seront peut-être entre les mains de nos descendants ane arme plus facile à manier que l 'est déjà Télectricité ou la vapeur! Alors des progrès qui nous paraissent impossibles^ absurdes, se réaliseront avec une aisance et une rapidité merveilleuses ! Quelles seront alors les conquêtes de Thumanité laborieuse et intelligente ? C'est ce que nous nous garderons bien de chercher à prévoir. Nous laisserons les enthousiastes du plus lourd que l'air, ou des ballonspoisson présenter au public les images ridicules des vaisseaux aériens de l'avenir. Autant vaudrait faire comme Fourrier qui ne se contenta pas de constater que la nature ne saurait se reposer pour toujours après avoir formé l'homme moderne, et qui chercha à présenter un modèle de l'homme perfectionné des isiècles futurs.

Tous les appareils de navigation aérienne, sortis tout gréés du cerveau des inventeurs, portent, s'il est permis de s'exprimer ainsi, leur queue et leur œil!

Nous avons essayé de montrer combien il est absurde d'attendre sous l'orme scientifique, que nos savants aient découvert de nouveaux phénomènes naturels pour dompter les vents, qu'ils aient à leur disposition des substances inconnues pour étudier sans danger l'océan aérien

Nous avons établi par un petit nombre de faits incontestables que les ballons avec leurs imperfection actuelles peuvent jouer un rôle considérable dans la science contempc^aine, car tout dédaignés qu'ils sont, ils constituent déjà de merveilleux appareils. J*en app^e au témoignage de tous les aéronautes qui ont senti palpiter sous leurs pieds la nacelle poussée par un souffle invisible au milieu des nuages I

Le Moniteur a publié, à la dernière h^ure de l'impression de ce livre^ le rapport de M. Stephan, chef de la mission de Siam, pour Tétude de Téclipse de soleil. Le seul fait saillant nouveau a été découvert par M. Pierre^ directeur du jardin botanique de Saigon, qui a eu Theureuse idée de faire Tascension du ELaoa-Loang. Le naturaliste, plus faeureux à lui seul que tous les savants qui étaient restés au niveau de la mer, a découvert des bandes lumineuses qui porteront son nom. Que de phénomènes inconnus n^aurait pas découverts un aéronaute, maître de son ballon, pouvant avec un sac de lest observer les bandes à des hauteurs différentes d'un ou deux kilomètres! Les protubérances rosacées, dont le Moniteur nous donne le dessin, ont offert l'aspect de morceaux de nuages, illuminés par le soleil et offrant un aspect extraordinaire. Si ces objets lumineux faisaient partie du disque solaire, ils auraient une dimension rec-

tiligne qu'on ne peut évaluer à moins de 120,000 kilomètres. Mais avant de. supposer que notre soleil porte d^aussi prodigieux panaches, nous demandons qu'on observe les éclipses totales dans dès rég'ions où Ton est sûr qu'il n'y a point de nuages, que l'air est d'une' pureté absolue ! Jusque-là les concli:^ions des astronomes seront exposées à toutes les critiques des aéronautes.

Sans doute la leçon de cette année servira pour Tétudedes éclipses qui auront lieu l'année prochaine. Mais nous ne pouvons nous empêcher de regretter que malgré nos protestations on n'ait point envoyé de ballon dans le golfe de Siam ou dans la péninsule deVIndoustan; car une longue suite de siècles s'écoulera sans doute avant que le cours des astres ramène une éclipse comparable à celle que l'on a gaspillée ! Que de phénomènes merveilleux sont peut-être ensevelis dans un éternel oubli, parce que la France a oublié de se rappeler qu*elle est la patrie des Montgolfier et de Pilàtre ! !

Certainement M. Emile de Girardin avait bien raison de demander^ dans son journal la Presse, aux gouvernements civilisés de consacrer un grand nombre de millions à la conquête de Tair. Mais sans nous adresser si haut nous pouvons rendre quelques services à la conquête de la navigation aérienne, si nous

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lui consacrons le peu dont nous pouvons disposer de temps et de force.

Nous engageons les amis des sciences à ne point reculer devant les sacrifices nécessaires, jusqu'au jour sans doute fort lointain, où le budget des ballons atteindra la millième partie de celui des Ghassepot ou des bombes !

Nous pourrons surtout nous flatter d'avoir apporté notre pierre au commun édifice, si nous parvenons à réhabiliter le plus léger que l'air parmi les inventeurs. Ne négligeons rien pour montrer à ces hommes hardis, doués d'une imagination vive, qu'ils désertent trop souvent une voie féconde, pour s'occuper de la solution d'un futile problème ! ! Que n'emploient-ils leurs ressources, leur intelligence, à se servir des armes aériennes que la physique met à leur disposition, et qui, même dans leur état actuel, peuvent déjà rendre tant de services aux sciences ! Que de progrès n'auraient point faits les ballons si les chercheurs n'avaient point dédaigné la pratique de la navigation aérienne en vue d'un progrès pour le moins incertain, chimérique peut-être !

Si les artistes ou les poètes - comprenaient le charme des voyages en ballon, en yachts aériens. Us feraient de délicieux voyages circulaires. Ils nous rapporteraient dés hautes régions comme une harmonie

nouvelle; ils nous dépeindraient le murmure des flots qui luttent avec la tempête. Ils nous décriraient le bruit rauque du tonnerre, Iqi voix qui sort quelquefois du nuage, quand Télectricité palpite et que le ciel va lancer ou recevoir la foudre 1 Pourquoi Shelly poursuivait-il la reine Mab sur les flots g^rossiers de la Méditerranée? Pourquoi n*a-t-il pas confié sa fortune au souffle de l'orage? Sur les ailes de la tempête, il eût couru moins de hasards ! Sa lyre aurait retenti sans se briser au milieu des éclairs ! Byron n'aurait point eu à lui rendre les honneurs funèbres. Un nouvel Hector, attendant Missolonghi, n'aurait pas allumé le bûcher de ce nouveau Patrocle !

Heureux celui qui pourra se laisser porter mollement sur les ailes de l'hydrogène, obéissant à tous les zéphirj, suivant le lit des grands fleuves d'air, admirant tantôt les déserts, tantôt les prairies fertiles, tantôt les capitales populeuses, voyant passer également vite à ses pieds les palais et les chaumières.

Qu'il est doux, quand on a assez du contact de Ja terre, de se perdre dans les nuages, de s'égarer dans les régions sublimes où l'aigle n'ose pénétrer, et de se laisser tomber dqns les bosquets aimés de Philomêle !

A-t-on trop chaud, il suffit de sacrifier unsac de lest pour chercher les courants d'air froid où la poitrine se

dilate! Soufl^-t-on du froid, qu'on laisse Taépostat obéir à la pesanteur. Cette fofce mystérieuse le ramène bientôt à la surface de la terre.

Graignez-Yous qu'un orage vous surprenne, que la pluie ne vous trouble dans vos rêves, tous n'avez qu'un peu de sable à sacrifier et vous voilà, d'un seul coup, affranchi de toutes ces misères !I

Saint-Simon, quoiqu'il ne fût jamais monté en ballon, avait copoiprisle grand inconnu céleste, comme le prouvent les chevaleresques et étranges propositions qu'il adressa à madame de Staël.

« Viens ma bien-aimée, viens goûter le bonheur de c< l'amour, au milieu des solitudes que trouble à peine a le dernier souffle des bruits de la terre ! imite la c( gracieuse libellule qui ne se repose au contact des , a fleurs que lorsqu'elle est devenue mère I »

Quel est donc le Théocrite qui chantera un jour les idylles des plaines de l'air ?

Ce n'était point ici le lieu d'aborder ce côté encore vierge des questions aériennes. A peine avons*nous pu effleurer les innombrables problèmes que soulève l'étude de l'aéronautique. Nous avons même été obligé de la restreindre autant qu'il nous a été possible, sans encourir le reproche de faire de la navigation aérienne par trop terre-à-terre. Aussi sommes-

nous heureux de pouvoir annoncer à nos lecteurs que le côté pittoresque des excursions aériennes a séduit le célèbre éditeur du Tour du monde. D'habiles dessinateurs ne tarderont point à initier le public aux paysages aériens, bientôt la nacelle des aérostats n'aura plus de mystères 1

. Mais, tout en supposant que l'observateur soit obligé de suivre le vent dans lequel son aérostat se trouve plongé, cela ne veut pas dire que le i\avigateur aérien soit, d'une façon absolue, son esclave. En effet, il lui reste, d'une façon incontestable, la ressource de choisir entre les courants aériens dont la direction varie très- souvent avec la hauteur. Le seul problème, comme le prouve entre autres la belle ascension maritime de Calais, consiste le plus souvent à savoir quel est le vent qu'il faut prendre. Un pas immense aura été fait quand on saura se servir des étoiles ou du soleil pour déterminer la route que suit l'aréostat d,a'ns un milieu où la boussole semble être hors d'usage.

Nous espérons bientôt montrer, par des expériences publiques, que le télégraphe peut servir à franchir avec sûreté, dans une direction indiquée à l'avance, un bras de mer, un continent, une chaîne de montagnes, un désert. Puisse le résultat de ces expéditions rassurer les trembleurs effarouchés par quelques

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accidents^ dont les vrais coupables sont presque toujours lès aéronautes. Mieux que fous nos raisonnements, ces exemples serviraient à réhabiliter les ballons injustement décriés par les gens qui restent à terre attachés par un incurable vertige.

Nous n'oublierons point que la cause de la navigation aérienne se trouve engagée jusqu'à un certain point dans le succès des expéditions que nous comptons exécuter en commun avec M. Gaston Tissandier. Car il importe surtout de dérnontrer au public, par des ascensions exécutées dans les circonstances les plus diverses, la futilité des terreurs dont tant de gens ne peuvent encore se débarrasser. Les ballons, compromis par Texagération de certains récits, doivent être réhabilités par des expériences sérieuses.

Cependant même dans le cas où une issue funeste, qu'il ne parait pas possible de prévoir, si l'on n'a épargné aucune des précautions nécessaires, viendrait à terminer quelque expédition exceptionnellement hasardeuse, les, raisonnements que nous avons faits ne seraient point ébranlés.

La science compterait quelques victimes de plus à inscrire au martyrologe du progrès, à côté de Pilàtre, de Romain, de Zambeccari, de malame Blanchard ! On verrait que nous n'avons pas pris toutes les mesures nécessaires pour lutter avec succès contre

rOcëan, et nous changer s'il le faut en simples navigateurs. Faisant mieux que nous, nos successeurs traverseraient et la Manchb, et la Méditerranée, et r Atlantique, parce qu'ils profiteraient de l'expérience que leur aurait donnée notre naufrage.

Beaucoup d'hommes qui valent mieux que nous se sont sacrifiés pour des causes moins utiles à l'humanité ! Que de cadavres étendus sur les champs de bataille, en ces jours où les nations fauves et furieuses se lancent les unes contre les autres, sans que souvent personne sache pourquoi! Que d'expériences avant quMl tombe sur le champ de bataille scientifique autant d'aéronautes que de zouaves ont été ensevelis dans les fossés de la tour Malakoff I !

Nous ne pouvons nous empêcher de faire remarquer, en terminant cette trop courte préface, combien il est à regretter que toutes les personnes qui s'occupent de la navigation aérienne pratique ne réunissent pas plus souvent leurs ressources et leurs efforts I Pourquoi ne fonderait-on pas un club d'aéionautes, dont tous les membres devraient avoir fait au moins une ascension libre, et qui ferait construire des ballons modèles mis à la disposition de ses membres pour se conduire les uns les autres? Au lieu d'imiter les An-»' glais, poiurquoi ne dônne-t-on point un libre essor à notre génie national? Pourquoi n'organise-t-on point

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des steeple-chases sur ce turf infini qui se nomme l'atmosphère, où les baies à franchir peuvent se nommer indifféremment les Alpes, les Pyrénées ou la Manche? A nos voisins parait définitivement appartenir l'empire des mers. Pourquoi ne cherchons-nous point à conquérir en nous jouant l'empire de l'air, empire inconnu, immense,''plus fécond qu'on ne le croit peut-être dans la philosophie officielle et vulgaire?

Avant la fin de Tannée 1868, deux phénomènes astronomiques viendront réclamer le service des ballons. Tout le monde a nommé le passage de Mercure et la nuit des étoiles filantes. Le passage de Mercure ayant lieu le matin, l'observateur aérien peut reconnaître avec exactitude sa situation sur la sphère terrestre au moment où l'astre sortira du disque. Il donnera, avec son chronoihètre, l'heure exacte, à une seconde prè^, de Tépoque de l'émergence. Il fera une observation sùre^ soustraite aux incertitudes qui ont tant de fois vicié Tétude des passages de Mercure, et dont nous avons donné, dans notre Astronomie moderncy une histoire assez instructive.

L'apparition des météores de novembre a été, l'an dernier, l'objet d'observations très-soigneuses dans toute l'Amérique, et dont nous allons publier sous peu de jours une étude. M. Newton a cru remarquer

que le point de radiation de ces corps lumineux était une ligne à peu près parallèle à l'écliptique, et comprise dans le quadrilatère formé par les quatre étoiles Y »^y ^f l» Cette Jigne, sans épaisseur en latitude céleste, aurait environ 5° de longueur; ses coordonnées sur la sphère étoilée seraient : latitude moyenne^ 10* 15' boréale; longitude de F extrémité orientale^ un peu moins de 145**; longitude de l'extrémité occidentale^ un peu plus de i 40**.

Est- il nécessaire de faire longuement ressortir l'avantage qu'il y aurait à établir si le radiant de 1868 a les mêmes coordonnées célestes que celui de 1867? Comment être sûr de le faire en restant à terre, exposé à toutes les brumes, au lieu de contempler la sphère étoilée par un ciel d'une pureté absolue !

Cette année, la lune se trouvera reléguée du côté du jour; on pourra suivre toutes les circonstances du phénomène. Laissera-t-on cette gloire aux Yankees, qui vont sans aucun doute, l'année prochaine, employer les ballons à l'étude de la seconde éclipse, quoiquUls paraissent aussi mal placés que nous pour contempler l'apparition dans son maximum d'éclat.

Si nous sommes secondé, nous tenterons de suivre les étoiles filajites dans la nuit noire, et de rapporter à terre des renseignements dignes de l'intérêt croissant qui s'attache à ces phénomènes. Si les ressources

nous manquent) nous déplorerons Taveuglement de nos concitoyens, et nous le dénoncerons au mépris des siècles futurs !

Le célèbre Ericson vient, à ce qu'il parait, de publier en Amérique un projet pour la construction d'une machine solaire, c'est-à-dire mise en mouvement par l'action des rayons du soleil. L'illustre Suédois a conquis le droit d'être utopiste. On nous pardonnera donc de ne point passer son projet sous silence.

Nous ne le suivrons point dans l'énumération fastueuse du nombre de machines à vapeur de cent che^ vaux que le pouvoir rayonnant du soleil permettrait * de mettre en mouvement, si Ton pouvait i^ecueillir, condenser la force répandue sur un kilomètre carré de surface. Mais il ne nous est pas permis d'oublier que la surface d'un aérostat analogue au captif dé Londres n'équivaut pas à beaucoup moins d'un quart d'hectare* « Qui sait, » nous disait il y a quelques jours M. Richer, physicien, auteur de machines électriques, avec qui nous parlioiis des projets d'Ericson, c( si les rayons du soleil ne fourniront pas la force motrice spéciale aux aéronaules, toujours maîtres de se maintenir au-dessus des nuages ! »

Que l'on soit indulgent pour nous si nous terminons cette préface par un beau rêve! si, malgré la

réserve dans laquelle nous nous sommes fait une loi de demeurer, nous nous figurons hypothétiquement qu^un jour peut venir où le soleil nous aidera à triompher des orages ^ !!

14 octobre 1868.

1 Nous venons de lire'dans le TtmM un article publié à propos du magnifique météore des 7 et 8 octobre, qui a été également aperçu en Angleterre. L'auteur rapporte une expérience trèsintéressante de M. Pliipson , membre de la Société chimique d'Angleterre, et auteur d'une traduction anglaise de nos Eclairs et Tonnerres. Ce savant a imaginé d'exposer aux vents une lame de verre, sur laquelle se trouvait de la glycérine très-pure, pendant la pluie des météores de 1867. En traitant cette glYcérine Sar l'acide chlorhydrique, il a constaté la présence du chlorure e fer. On pourrait répéter cette expérience' sous une forme un peu différente à une grande hauteur. C'est ce que nous essaierons de faire avec M. Gaston Tissandier, en recueillant les poussières de l'air. Les détails de ces opérations seront publiés dans le programme définitif des expériences que nous réaliserons.

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