‹ La science en ballonChapitre 3 sur 9 · I. — Mes débuts aéronautiques · texte numérisé non relu

I. — Mes débuts aéronautiques

Grâce à l'obligeance de mon ami Nadar et des propriétaires du Géant, j'ai été à même de prendre part aux ascensions qui ont 6ié exécutées à l'esplanade des Invalides^ pendant l'été de 1867. Ces trois promenades aériennes, dont le récit circonstancié a paru dans la Liberté^ m'ont fait éprouver des émotions qui ont décidé de ce que je voudrais avoir le droit d'appeler ma vocation aérostatique. Car depuis cette époque je me suis senti entraîné par un irrésistible attrait à m'occuper presque exclusivement des questions célestes.

La construction du grand aérostat de l'Exposition universelle m'a permis d'exécuter un grand nombre d'ascensions captives dans l'enceinte de l'avenue Suffren. J'ai dû à cette circonstance le plaisir d'assister à de nombreuses ascensions de jour et de nuit^ dans lesquelles j'ai pu faire quelques remarques fort simples, mais auxquelles je n'eusse pas été conduit, aurais-je eu vingt fois la science de M. Le Verrier, si je n'avais eu à ma disposition ce moyen d'observation.

Quelques promenades à. bord de cet aérostat nï^me [captif m'ont suffi pour avoir un grand avantage sur les physiciens,

qui n'ont jamais palpé Tair; j'ai compris la proportion de forces nécessaires aux mouvements dans l'atmosphère^ viog: fois mieux que si j'étais resté piteusement au pied du câble: si je m'étais horné à disserter sur Téiiergie des courants aériens, ou à démontrer l'impossibilité de s'envoler sans avoir recours au plus lourd que l'air.

Si la vue et l'usage quotidien du ballon captif n'avaient entretenu chez moi une sorte d^enthousiasme pour la navigation aérienne, je n'aurais jamais conçu l'idée d'une ascension nocturne que j'ai exécutée pour observer les étoiles filantes d; Novembre. Différentes circonstances qui ne se fussent pas produites si l'on avait compris dans le monde scientifique l'importance de cette tentavive m'ont empêché de jouir de la vue du phénomène dans toute sa majesté ! Je n'ai pu saisir en entier ce spectacle dont les astronomes se privent parce qu'ils ont peur de s'élever dans les airs, et croient que leur grandeur les attache, dociles esclaves d'une«brutale attraction, au plancher des vaches scientifique! Cependant le succès partiel que j'ai obtenu dans cette expérience importante a excité l'attention des savants américains. Je ne sais si j'aurai les ressources nécessaires pour recommencer cette année, mais si je suis obligé de rester à terre malgré moi, je pourrai me consoler en songeant qu'en Amérique on suivra mon exemple : on fera la chasse aux étoiles filantes au-dessus des nuages dans la nuit noire, où j'ai eu l'honneur de montrer aux astronomes la route à suivre.

Le succès moral que j'ai obtenu dans cette expérience importante m'a suggéré l'idée de renouveler la tentative de H. Nadar, qui a pris il y a quelques années des clichés célestes à bord d'un aérostat captif. Mais au lieu de me proposer de rapporter des épreuves artistiques, de fournir les éléments d'un cadastre exécuté à vol d'oiseau, je cherchai à utiliser la photographie pour reproduire les nuages et les

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ptiine utile <3e le faire remarquer, si le ballon sd fût trouvé au cetilre d'un écran circulaire pareil à celui que Ion avait éta-

bli autour du captif de Tavenue SufEren. Comment se fait-il que la nécessité d'élever un embarcadère aérostatique n'ait pas frappé depuis longtemps tous les bons esprits qui se sont occupés de navigation aérienne et que l'importance de cette disposition ait même échappé à des personnes qui ont organisé des ascensions captives?

Llnsuccès de ma tentative n'est point le seul argument qœ J'histoire aérostatique de cette année puisse fournir en faveur de la construction d'embarcadères aériens. M. Arnaud ayant transporté à l'Hippodrome le captif de TExposition crut pouvoir se dispenser de construire Técran circulaire. Cette économie mal entendue produisit un abordage entre le captif et le Titan qui exécutait dans la même enceinte une ascension pour | le compte de M. Arthur Aguado. En moins de tennps qu^il m faut pour le dire^ le ballon de 5,000 mètres , déchiré par la nacelle du Titan ^ s'aplatissait en présence des spectafeun épouvantés. Désespéré delà perle de son gaz, M. Arnaud intentait un procès à Taéronaute qui conduisait le Titan, et qui cependant n'avait pu maîtriser une raffale imprévue sunenant à une heure où l'air était encore agité par les dernien remous d'un orage. Nous sommes persuadés que les tribunaui déclareraient que la faute du sinistre est aux vents et à ceui qui n'enferment point leurs ballons dans une enceinte suffisamment élevée pour procéder sans danger au départ.

Voulant utiliser les préparatifs qu'on avait eu l'obi îgeance de faire et le gaz léger que Ton avait fabriqué à ma demande, je fis le surlendemain de Téclipse une promenade aérienne pour étudier au moins d'une façon abstraite les conditions nécessaires à la réussite des expériences de photographie céleste. J acquis la certitude qu'il n'est pas nécessaire que l'aérostat soit captif pour que l'on puisse opérer avec sécurité, et obtenir d'excellents clichés des points situés sous la verlicale. Malheureusement il était entré de Tair dans mon ballon

que j'avais été obligé d'abandonner pendant la nuit, attaché à des poteaux de fer au milieu de l'esplanade. Pendant que je dormais, ma force ascensionnelle avait été diminuée^ et je fus obligé de laisser à terre le photographe qui devait m'accompagner dans ma petite expédition aérienne.

Depuis lors je n'ai pu m'entendre avec un autre praticien qui consentit à faire les frais^ très-minimes cependant, d'expériences d'un si grand intérêt et d'un succès si certain. Cette pusillanimité n'a rien qui doive étonner quand on saura que j'ai offert inutilement à plusieurs savants, que je pourrais nommer, de venir à bord de V Entreprenant dans les ascensions subséquentes dont je dois dire quelques mots.

Au lieu de me laisser abattre par ces contre-temps, je résolus de m'affranchir dorénavant de la tutelle d'un aéronaute toujours trop préoccupé du point de vue professionnel pour comprendre la nécessité de mettre en jeu le matériel quand il s'agit d'observer un phénomène arrivant à jour fixe, une éclipse qui n'attend personne. L'étude de la nature, qui est une guerre au couteau contre l'ignorance et la superstition^ a en effet des exigences pareilles à celles de la profession militaire. Elle exige de la part des philosophes qui s'y adonnent le courage de s'exposer à des hasards souvent bien plus grands que le danger des ascensions. Est-ce que les chimistes et les médecins n'ont pas autant besoin d'héroïsme que les militaires qui vont chercher sur les champs de bataille, au milieu des balles et des boulets, la mort et la gloire?

Ma résolution me valut quelques critiques indirectes qui furent accueillies dans les Comptes^rendus de l'Académie des sciences. On oublia qu'être son propre aéronaute est une condition nécessaire h l'étude de l'atmosphère, comme M. Glaisher Ta bien compris. Car après avoir fait vingt-huit ascensions avec Coxwell, il s'est passé du secours de cet habile praticien, et s'est fait assister par de simples amateurs, assez

bons physiciens pour partager avec lui la tâche délicate àei observations.

Si nous voulions discuter à fond cette question ëpisodique, nous démoni rerions que la conduite d'un ballon est avant tout un problème très-compliqué de physique, de sorte qu'im vrai physicien qui ne perd point la tète dans les nuages en un excellent aéronaute. Sans être physicien nous doutoii! même qu'un aéronaute puisse manœuvrer un ballon destiné à des expériences scientifiques. Comment, en effet, pourraitil conserver l'horizontale sans avoir les yeux sur le baromètit en même temps qu'il jette le lest? comment peut-il se rendre compte de la vitesse qu'il donne à l'aérostat sans résoudit en un clin-d'œil des problèmes très-compliqués de mécanique aérienne? Ne faut-il pas qu'il se préoccupe de Tétai hygrométrique de l'air qui peut surcharger sa toile de vapeurs d'eau s'il est humide, qui l'allégera avec une foudroyante rapidité s'il est sec et chaud? Ne doit-il pas faire attentions la rapidité avec laquelle le gaz se dilatera sous Taction de h chaleur, au ressort qu'il va acquérir par la projection d'une quantité notable de lest^ à l'élan quelles rayons du soleil lui donneront en quittant les nuages qui lui servaient d'écran ^

1 Un ballon de 10 mètres de diamètre aurait même, s'il était sphérique, plus de 400 mètres carrés de surface. Si les toiles se chargeaient d'une couche d'eau d'un millimètre d'épaisseur, l'aérostat serait donc subitement surcharcré de 400 kilos de poids additionnel. Supposons que la couche d eau n'ait en moyenne que l/IO de millimètre, et qu'elle se condense brusquement ; le ballon est donc chargé de 40 kilogrammes. Si nous le supposons rempli de gaz hydrogène pur, sa force ascensionnelle brute sert^ de 1,200 kilos au plus ; elle peut donc varier presque instantanément de 3 ou 4 pour cent de sa valeur. L'effet inverse se produit si le soleil vient dessécher le ballpn et lui donner des ailes. On peut dire que l'humidité atmosphérique peut donner à un aérostat de 6,0U0 mètres cubes en éc^uilibre une force ascensionnelle presque égale à celle qu'avait le captif de l'avenue Suffren lorsqu'il était h l'extrémité de son câble par un temps calme.

Toutes les observalions multiples nécessaires à la conduite iu ballon doivent être notées^ et constituent jusqu'à présent les données principales que la science a recueillies. Les mouvements aériens sont si rapides que le capitaine du ballon n'a pas quelquefois le temps de transmettre ses ordres pour les faire exécuter. S'il a besoin de quelqu'un, c'est surtout de secrétaires ou de collègues qui lui soient subordonnés. C'est surtout en Tair qu'il est juste de dire qu'un capitaine doit être roi à son bord. Commander en dictateur, ou obéir en esclave^ il n'y a point pour le physicien d'autre alternatiye : avons-nous besoin de dire quelle est la solution qui convient le mieux aux intérêts de la science et à la dignité du savant 1

Du reste le public se défiera toujours quelque peu des recherches exécutées par un physicien qui aurait érigé en principe qu'il est inutile d'imiter le facile courage des Gay- LussaCy des Barrai et desr Biot ! Car la première condition à remplir^ c'est que les observateurs se trouvent aussi à leur aise dans la nacelle que dans leur cabinet.

Faut il ajouter^ hélas! que la question d'argent possède une valeur sérieuse dans un siècle où l'importance des observations aériennes est si singulièrement méconnue ! En effet^ tous les explorateurs aériens ne sont point assez heureux pour mettre la main sur des Mécènes célestes qui leur permettent de se doubler d'un mentor aérien toutes les fois qu'ils vont fraterniser avec les nuages.

Evidemment si nos magnats scientifiques proposaient que l'on employât les fonds libres de l'Académie des sciences à encourager la navigation aérienne, ils seraient libres de demander que Ton mit sous la garde d'un aéronaute les physiciens qui n'oseraient point s'enlever tout seuls. Mais, je leur défends, dans Tétat actuel des choses, de laisser jeter la pierre, sous Tombre de leur nom^ aux prolétaires de l'atmo-

sphère qui ont bien assez de mal à naviguer tout seuls^ financièrement parlant.

Nous ajouterons même qu'il est nécessaire que les physiciens aéronautes deviennent, s'il est permis de s'exprimer ainsi^ de vieux loups de l'atmosphère ; qu'ils puissent sans hésitation imiter ce qu'a fait GayLussac^ qui a laissé Biot à terre comme s'il s'agissait d'un lest inutile^ aiin de parvenir à un point plus élevé .

N'y a-t-il point des ascensions dangereuses qu'il ^faudra û\en un jour ou l'autre tenter? Est-ce quHI n'est point nécessaire de sonder les nuées orageuses dans lesquelles Grosby prétend avoir été enveloppé malgré lui sans éprouver la moindre incommodité? Ne faut-il point regarder de près si les éclairs de chaleur, au milieu desquels l'aéronaute anglais raconte s'être promené^ sont des décharges réelles et non^ comme on l'a longtemps prétendu, de simples reflets d'éclairs éloignés.

Nul autre moyen, en effet, que des ascensions aérostatiques exécutées en temps d'orage, pour se prononcer sur la nature de ces lueurs que nous avons comparées aux décharges inoffensives des tubes étincelants de Geissler, où l'électricité circule dans un air raréfié (voir nôtre ouvrage sur les Éclairs et Tonnerres) *.

* Le danger de ces excursions ne doit pas être à beaucoup près aussi considérable qu'on se l'imagine au premier abord; car un grand nombre de voyageurs ont pu séjourner impunément dans des nuées orageuses, quoiqu'ils se trouvassent en communication avec le réservoir commun, tandis que l'aéronaute est isolé dans sa nacelle et prend forcément la tension électrique du milieu ambiant. Peut-être y aurait-il cependant à se préoccuper des inconvénients qui pourraient résulter de la présence de parties métalliques?

C'est cet isolement du physicien dans l'atmosphère qui rend très-difficiles les observations sur l'électricité. Gay-Lussac avait imaginé de laisser traîner de longs fils conducteurs, ce qui ne

Peut-on se vanter de connaître la loi de formation des orages, si Ton n'affronte les régions où ils prennent naissance, si Ton n'assiste à la formation de la nuée d'où la foudre s'apprête à sortir? N'est-il pas temps de contrôler cette théorie si controversée mais si ingénieuse de Volta, qui nous apprend que les grêlons exécutent la danse des pantins entre deux nuages^ aussi bien que deux boules de sureau oscillant entre deux plateaux électrisés? Il me semble que je m'exposerais sans répugnance à quelques hasards assez grands pour assister à d'aussi étranges évolutions. J'aimerais à naviguer au milieu de ces singuliers projectiles^ à les voir se couvrir devant moi de couches de givre ou de neige à moitié fondue.

Que ne donnerais-je pas pour suivre la génération de ces masses dont le poids excite toujours une vive surprise et qui produisent de si terribles ravages sur les moissons? Peut-être les grêlons sont-ils là-haut des voisins plus paisibles qu'on ne saurait l'imaginer. Quelles sont les attractions électriques qui les supportent? Mystère, mystère^ toujours mystère !

La science humaine, si audacieuse dans ses conclusions, laissera-t-elle un inconnu noirâtre planer toujours au-dessus de nos têtes? Nuée menaçante, en vain tu fais briller tes

serait point une pratique'à dédaigner. Ces fila pourraient même, dans certains cas, être mis en communication temporaire avec le sol, et notamment avec des masses d'eau quand Taérostat se trouverait au-dessus d'un fleuve, et notamment au-dessus de la mer. C'est sans doute dans ce cas que les expériences offriraient quelques dangers, car le ballon serait comparable à un immense paratonnerre. Il ne faudrait y procéder qu'en employant des précautions spéciales et jamais lorsque quelques symptômes indiqueraient l'existence de quelques troubles atmo8pbéric}ues.

Peut-être y aurait-il à étudier la répartition de l'électricité à la surface du ballon et dans la nacelle, car cette répartition offrirait sans doute des particularités très-curieuses, surtout pour un ballon de 10,000 mètres cubes, par exemple. En, effet, de l'extrémité inférieure de la nacelle à la soupape il y a bien une trentaine de mètres de différence.

éclairs et gronder ton tonnerre, un jour viendra, si le gaz me prête ses aile?, où j'irai écarter tes longs tourbillons fumeux !!

Que de phénomènes étranges ne parviendra pas à constater le premier aéronaute qni aura la bonne fortune de se trouver surpris par une trombe analogue à celle de Malaunay, par un cyclone aussi terrible que celui qui a failli engloutir la Junon (voir les comptes-rendus de 4' Académie des sciences en 1868). En effet, maint ouragan, terrible pour les habitants de la terre ferme ou pour les navigateurs de Tocéan, ne fera qu'accélérer la vitesse des ballons, sans danger pour les passagers de la nacelle. La giration de Taérostat ne serait gênante pour les aéronautes, que si, malgré cette valse aérienne, ils voulaient observer les astres ou tirer des clichés photographiques de la terre bouleversée.

Le savant qui a conçu de hardis projets n'a le droit de les exécuter que s*il réduit au mihimum le nombre des vies à risquer, que si pour augmenter sa propre sécurité il ne surcharge point sa nacelle de non-valeurs scientifiques.

Vainement objecterait-on que les préparatifs du dëpart empêcheront le physicien de se livrer à des observations utiles s'il n'a point d'aéronaute pour guider le bâtiment. En effet, malgré la meilleure volonté du monde, l'expérimentateur le plus alerte ne commencera à lire utilement ses instruments que lorsqu'il sera en Tair depuis quelque temps, même quand il est simple passager. Il doit procéder forcément à une sorte d'arrimage ou d'installation qui ne peut se compléter avant le moment où la nacelle cesse de toucher au plancher des académies. La descente représente d'une façon bien plus nécessaire encore une perte de temps pour la météorologie. Que le physicien soit seul ou accompagné, il interrompt les observations, pour protéger les instruments toujours exposés chaque fois qu'il veut attérir; Glaisher n'a jamais négligé

cette précaution. Cependant il se trouvait dans d'excellentes conditions pour ne point se préoccuper de la descente^ car son aérostat était guidé par Goxwell, un des meilleurs praticiens de Tépoque. Le directeur de l'observatoire météorologique de Greenwich n^est point assez riche pour emporter chaque fois avec lui dans les hautes régions atmosphériques de nouveaux instruments. Eût-il à sa disposition tous les trésors de rAngleterre qu'il eût hésité à sacrifier ainsi ses outils^ pour mieux dire ses vieux amis, dont un physicien ne se séparera jamais sans nécessité absolue !

Il y a une variété singulière^ parmi les savants, qui ne consentent sous aucun prétexte à confier leur fortune à un aérostat. Tout en restant imperturbablement à teiTe^ces étranges régents scientifiques n'abandonnent point la prétention d'exercer une sorte de juridiction sur les aéronautes.

Ils veulent les guider^ les surveiller du fond de leur cabinet !

Ces savants prétendent que malgré notre peu de valeur nous ne sommes pas nous-mêmes ce qu'ils appelleraient de la chair à ballon! Aies entendre, il suffit d'expédier en l'air^non pas des bacheliers^ ou même des journalistes qui sachent par cœur leur table de Pythagore, mais de simples sergents d'artillerie. On n'a qu'à les lancer avec une consigne rédigée à l'avance et des instruments automatiques. Il n'y a même pas besoin de savoir lire pour ouvrir et fermer quelques robinets. Us n'ont qu'à remplir des fioles et des tubes où l'air destiné aux analyses se précipitera avec sa température, son état d'humidité, et mieux sa pression !

A la guerre, ce sont le3 généraux qui marchent à l'avantgarde^ et les capitaines qui entraînent leurs bataillons. Nos maréchaux scientifiques restent dans les bagages. Il n'y a point parmi eux de Condé qui jette son bâton de commandement au milieu des retranchements ennemis] Pes homme$-

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machines pour explorer les plaines infinies de l'air, voilà ci qu'ils ont osé rêver! Hélas! ce n'est point assez de toute Tin^ telligence^ de tout le courage dont des hommes d'élite son! susceptibles pour résoudre la millième partie des problèmes que l'on rencontre là-haut.

Dans le temps nous avons essayé de Caire revenir ces savants de leur erreur véritablement burlesque^ car les instruments les plus délicats du monde sont beaucoup trop paresseux lorsqu'il s*agit d'ascension pour que l'on puisse compter sur leurs indications. Un thermomètre très -sensible prend environ une demi-minute pour se mettre en équilibm de température; or, pendant une demi-minute le ballon peut avoir parcouru deux à trois cents mètres en hauteur et un demi-kilomètre en ligne droite. Le thermomètre^ quoi que Ton fasse^ écrit toujours de Thistoire ancienne. Que serait-ce si on laissait l'air entrer dans le fond d'un tuyau pour déterminer par une analyse ultérieure ce qu'il contenait de degrés de chaleur et de vapeur d'eau >.

Malgré Ja grande perfection du travail, certains physiciens doutent que le baromètre Richard lui-même soit assez prompt à obéir. C'est à l'aide des ascensions captives qu'on arrivera seulement à- savoir ce qu'il dit quand on le fait parler * !

* Nous nous proposons dans une prochaine ascension de compléter les indications des thermomètres ordinaires par un instrument différentiel inventé par M. Walferdin, et qui, malgré son immense rapidité, n'est peut-être pas lui-même assez prompt à indiquer les variations du milieu ambiant. Que serait-ce si l'on compliquait le problème en en faisant passer l'air dans un tube, par l'orifice d'un robinet. La vérit^ terrestre a eu beau sortir d'un puits, nous sommes certains que ce n'est point du fond d'une bouteille rapportée parles aéronautes, que les physiciens feront sortir la vérité céleste dans leur laboratoire et dans leurs cabinets.

Le baromètre Richard est construit d'après le système de

Oroit-on que des esprits émînents habitues à des redber- •lies scientifiques seraient arrivés à ce degré d'aveuglement ;î Fusage des aérostats captifs se fût continué daiis les asceniions militaires^ si Jes ballons ne fussent descendus dans les champs de foire, comme un accessoire des fêtes publiques, toujours prêts à s'envoler pour la gloire de tous les saints et : de tous les souverains !

Ne pouvant inspirer la confiance nécessaire à des pfaysi-* ciens plus expérimentés que moi, je m'adressai à M. Cbavou*

M. Bourdon. C'est un tube vide d'air qui se courbe ou se détend suivant que la pression barométriquei est plus ou moins puissante. Les yariations de pression barométrique sont marquées sur un cadran à l'aide d'un mécanisme très-délicat et en môme temps très-solide. Je conserve un baromètre qui a fait trois ascensions consécutives sans se déranger. Mais malgré la rapidité avec laquelle la pression se transmet au métal, il faut un certain temps pour que les mécanismes obéissent. Toute variation brusque doit produire un lancement dans un sens ou dans un autre. Ce lancement est-il appréciable? Y a-t-il une correction à introduire? Une lonçue expérience peut seule répondre à ces questions. Très-petites, ces corrections ne peuvent être nécessaires pour la manœuvre même du ballon. Quant aux variations produites par les changements de température, elles sont nulles à cause d'un système de compensation dont M . Richard est l'inventeur. Aussi ce baromètre est-il bien supérieur au baromètre à siphon, anciennement en usage. Il n'est pas superflu de noter que la première tentative d'emploi d'un baromètre métallique eut lieu à l'Ecole aérostatique de Meudon du temps de la première république. C'est aux aérostats républicains que l'on doit donc l'invention de ce bel appareil.

M. Richard s'occupe de Construire un baromètre enregistreur, qui, quoique moins sensible que le baromètre libre, pourra donner des indications bien utiles. Il cherche également à appliquer ce système de baromètre à la détermination des températures. Dans ce cas, au lieu d'être vide oo à peu près, le tube est rempli d'air à une pression déterminée. Il est à craindre que cet instrument ne prenne point les températures avec une rapidité suffisante, quand on voit la lenteur avec laquelle obéit le thermomètre à mercure lui-même. Toutes c'es Questions, et beaucoup d'autres du même genre, préoccupent depuis de longues années M. Richard, et nous ferons nos efforts pour que les ascensions servent à donner quelques lumières à cet égard.

lier fils, architecte, qui a fait les installations de la salle des Conférences du boulevard des Capucines, et qui consentit à me suivre, quoiquMl ne fût jamais monté en ballon. Il me servit de second, et son frère cadet, très-bon gymnaste, me servit de gabier. Mes deux recrues aéronautiques m'accompagnèrent dans deux ascensions qui nous conduisirent, la première dans la forêt de Compiègne, et la seconde dans le voisinage d'Orléans. Ces deux excursions furent si heureuses que le plus jeune des Chavoutier résolut de s'adonner à la navigation aérienne, et que depuis lors il a été admis dans les ateliers de M. Yon, où il travaille à la construction des ballons. Les observations relatives à ces deux ascensions furent faites par M. Dolfus-Ausset le célèbre glaciairiste, qui vint même à mon aide avec beaucoup de générosité pour subvenir aux frais qu'elles ont nécessitées. Les calculs de réduction furent exécutés par M. Edouard Colomb, trésorier de la Société de géologie. A l'issue de ces dernières ascensions, mon confrère M. Paschal Grousset, rédacteur scientifique de VEpoqui et passager d'une des ascensions du Géanty me chargea d'un cours de navigation aérienne, que je professai pendant trois mois à rinstitut libre du boulevard des Capucines. L'indifférence du public pour les fondations utiles entraîna la chute de cette chaire indépendante qui ne sera point ouverte l'an prochain. Je résolus donc de résumer dans ime publication spéciale les vérités que j'avais développées pendant cette période d'enseignement^ et qui m'avaient valu l'approbation précieuse de quelques auditeurs choisis.

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