‹ La science et la conscienceChapitre 4 sur 33 · P» VACHEROT · texte numérisé non relu

P» VACHEROT

sibililé. Quant à l'éducation, M. Littrc montre fort bien qu'elle est toujours possible dans sa doctrine, mais en changeant de caractère et de méthode. Si l'on ne peut plus agir directement sur la Volonté^ qui n'est jamais libre, on peut développer et perfecUoDDer rintelligence, de manière que la volonté ne puisse se déterminer que par cette espèce de motifs qui oat pour conséquence des actions utiles. C'est encore là, nous le reconnaissons, une méthode excellente d'édu^ cation, bien que fort incomplète.

M. Littré est un esprit rigoureux et systématique qui suit son principe jusqu'au bout Au fond^ sa doctrine est le sentiment de bien des médecins de tous les temps et de tous les pays. Beaucoup ont leur définition particulière du vice et du crime qui n'a rien de commun avec celle des moralistes et des magistrats; ils font de l'homme vicieux ou criminel un malade qu'il s'agit non de punir, mais de guérir, et auquel il y a lieu d'appliquer tout un système de thérapeutique physique et morale^ Beaucoup ont pour méthode de caractériser tel ou tel état psychologique^ comme la folie, l'exaltation mystique, l'enthousiasme, le génie lui-même^ par les moindres symptômes pathologiques apparents. Des médecins aliénistes n'hésitent pointa confondre Pascal et Socrate dans la catégorie des aliénés, l'un pour son démon, l'autre pour son amulette. L'enthousiasme d'une Jeanne Darc, l'extase d'une sainte Thérèse, sont attribués par eux à une dispos!** tiôn hystérique. Le génie lui-même, cet état supérieur de la natuî'e humaine, n'échappe point aux formules outrées d'une certaine analyse physiologique. M. Moreau, de Tours, le définit une névrose, a Eh quoi 1 le

génie, c'est-à-dire la plus hciute expression, le nec plus ultra de Tactivîté intellectuelle, n'être qu'une névrose? Pourquoi non ?... Nous ne faisons qu'exprimer un fait de pure physiologie. » Et ailleurs : « A une foule d'é« gards^ tracer l'histoire physiologique des idiots serait tracer celle de la plupart des hommes de génie, et vice versa, "ù Pour le môme auteur, l'enthousiasme n'est qu'un éréthisme mental. Quand on en vient là, ne serait-ce pas une raison de se défier un peu de la méthode physiologique appliquée à l'étude des faits moraux ? Flourens se récrie à bon droit contre de tels excès de doctrine ; mais lui-même, pour un physiologiste aussi spiritualiste, ne nous donne-t-il pas une singulière définition de la volonté? a Je fais du mot volonté, écrit*il> le nom collectif, le signe de tous nos désirs. Or nos passions et nos désirs viennent de nos instincts, mus par nos organes. Entre ces deux pou> voirs aveugles (l'imagination et la volonté) est la raison, qui voit et juge... Tant que la raison domine, la liberté subsiste. » M. Littré n'a rien dit de plus fort contre le libre arbitre.

Si l'on veut soumettre à la critique la doctrine dont nous venons de parler, il y faut distinguer deux choses bien difTérenten, les expériences et les conclusions. Les expériences en forment la partie positive, incontestable^ foadamentale. Elles Constatent des faits que nulle spéculatfon métaphysique, nulle doctrine morale ne saurait nier. Elles établissent d'une manière irréfragable que tous les actes de la vie psychique, depuis

les simples sensations jusqu'aux pensées cl aux volilions, c'est-à-dire jusqu'aux actes proprement Aumazn^, ont pour condition le jeu des oi^;anes. L'homme sent, p TQoit, se souvient, imagine, juge, veut par le cerveau proprement dit, comme il éprouve par les nerfs l'impression des objets, comme il se ment par les muscles et dirige ses mouvements parle cervelet. Que tel spiritualisme, comme celui de Platon ou celui de Descartes, s'en arrange ou non, il n'est plus possible, après de pareilles expériences, de méconnaître que toute faculté psychique a son organe. La métaphysique peut toujours, avec Aristote, concevoir un idéal de la pensée pure et indépendante de tout organisme, en Dieu et chez des êtres supérieurs à l'homme. La religion peut rêver, quoique le christianisme lui-même ne l'ait point fait, une Ame qui contemple, qui aime, qui jouisse, sans aucune espèce de corps, dans une vie future. C'est un champ qui reste ouvert à la spéculation ou à rimaginatiou, eu dehors des conditions de l'existence actuelle; mais^ si l'on reste dans ces conditions, il n'y a plus maintenant à discuter la question de savoir si l'homme peut penser sans cerveau.

Tel est le résultai net des expériences faites par les physiologistes de l'école de Flourens. Des observations nombreuses sur le développement moral comparé à l'étal physique venant s'ajouter à ces expériences, permettent d'aller encore plus loin. Non-seulement il est acquis que les facultés ont leurs conditions d'exercice dans les organes, mais il est également certain que l'activité de ces facultés est proportionnée au degré de développement de ces organes. Il est encore difficile, dans l'état actuel de la science^ de constater la supé-

riorité ou rinfériorité du cerveau par un signe précis et constant. Les signes extérieurs et apparents, comme le volume et môme la conformation de Torgané cérébral, ne suffisent pas. La mesure de Tangle facial a son importance, quand il s'agit de notables proportions, comme dans la classification des races humaines; mais jusqu'à ce que l'analyse anatomique et même chimique delà substance cérébrale nous ait appris le dernier mot sur cette question de la qualité relative du cerveau, on n'en pourra juger que d'une manière générale et superficielle. Ce qui n'est pas douteux, c'est que la constitution ou la conformation de l'organe entre pour une large part dans l'explication de l'état supérieur ou inférieur de la vie psychique, quel que soit d'ailleurs le rôle des causes morales, comme l'éducation, Thabitude, la société. C'est encore un résultat obtenu par la physiologie, au moyen de l'observation comparée, et qu'un spiritualisme censé ne conteste point.

Ce n*est pas tout. On peut certainement admettre le parallélisme entre les deux ordres de faits cérébraux et psychiques qui a tant frappé M. Lhuys sans en conclure autre chose que la parfaite unité de l'ôtre humain, quelle que soit la diversité de ses organes et de ses fonctions. « Je crois, dit l'éloquent professeur anglais Tyndall, défendant contre le reproche de matérialisme les physiologistes qui cherchent les correspondances entre les phénomènes intellectuels et les opérations du cerveau, je crois que tous les grands penseurs qui ont étudié ce sujet sont prêts à admettre l'hypothèse suivante : que tout acte de conscience,

que ce soit dans le domaine des sens, de la pensée ou

de l'émotion, correspond à un certain état moléculaire déflni du cerceau, que ce rapport du physique à la conscience existe invariablement, de telle sorte qu'étant donné rétat du cerveau, en pourrait en déduire la pensée ou le sentiment correspondant^ ou qu'étant donné la pensée ou le sentiment, on pourrait en déduire l'état du cerveau; mais je ne crois pas que Tesprit humain, restant constitué tel qu'il est aujourd'hui, puisse aller au delà. Je ne crois pas que le matérialisme ait le droit de dire que le groupement de ces molécules et leurs mouvements expliquent tout (1). » En réservant la question métaphysique que tout posi-itiviste regarde comme insoluble, nous croyons que la sagesse scientifique ne peut tenir un autre langage. La physiologie constate seulement des rapports entre les phénomènes organiques et les phénomènes psychiques; mais elle se trompe quand elle les confond: des coïncidences ne sont pas des identités. Elle se trompe également quand elle tranche la grande et dé^ licate question de savoir si le cerveau est le sujet ou simplement l'organe de la vie psychique : des conditions ne sont pas des causes.

On pourrait aller plus loin encore. Non-seulement l'expérience démontre la correspondance entre \es opérations psychiques et les actions physiques du cerveau et de l'organisme entier, mais elle prouve également la corrélation de ces forces diverses, corrélation en vertu de laquelle la dépense des unes occasionne une dépense équivalente chez les autres. Une jouissance vive et continue tend à épuiser le fond de l'acti-

(1) Revue des Court scientifiques y n* i^ 1869*

vite nerveuse, de même qu'un aifaibiissement de cette activité causé par un certain état pathologique amène une éclipse de la sensibilité. Un grand et persévérant effort de la volonté, un travail Irop long et trop énergique de Tesprit amène l'épuisement de l'activité cérébrale, de même que de la diminution de Cette activité causée par une aifcction organique quelconque résulte une certaine faiblesse de Taction volontaire et une certaine incapacité de travail intellectuel. «Il y a, dit M. Bain^ une relation définie (bien qu'elle ne soit pas numériquement déterminable), entre la somme des opérations physico-mentales, et la somme des actions purement physiques. Les unes et les autres sont comprises dans la grande oxydation totale do l'organisme^ et plus les unes absorbent de force, moins il en reste pour les autres. Telle est la formule de la corrélation de l'esprit avec les autres forces de la nature. Nous ne traitons point de Tesprit pur^ de Tesprit sous forme abstraite; nous n'avons aucune expéiience d'une entité de ce genre. 11 s'agit ici d'un composé, d'un phénomène à deux faces, psychologique d'un c6té> physique de l'autre; entre ces deux faces, bien qu'elles diffèrent dénature, il y a un rapport défini de degrés; et le côté physique est lui-même pleinement en corrélation avec les forces physiques que Ton reconnaît dans le monde (1). » Et appliquant sa formule aux trois grandes fonctions de Tesprit, la sensibilité, la volonté, l'entendement, M. Bain montre pour la première comment chaque sentiment de plaisir coûte quelque

(1) Cours de M. Alexandre Bain : leçon sur la corrélation des forces considérée dans son application à la pensée, dans la Revue des Cours liUéraires, n^ 46, 1869.

chose à réeonomie, commeot à une grande intensité de jouissance correspond toujours une grande dépense de sang et de substance nerveuse. Pour la volonté, il invoque l'expérience attestant tout ce qu'amène de fatigue et d'épuisement dans l'économie des forces organiques l'effort prolongé de la force volontaire^ soit pour résister à l'assaut des passions, soit pour maintenir la concentration des facultés intellectuelles sur un objet donné. Pour l'entendement, il fait voir comment^ toute grande et générale culture des facultés intellectuelles, toute occupation qui la met sérieusement et continuellement en jeu, donne si bien au cerveau une part prédominante d'oxydation, ou de fluide nerveux, que cela suffit pour troubler l'équilibre vital, et qu'il faut des dispositions spéciales pour le rétablir.

Cette loi de corrélation des facultés psychiques et des forces organiques ne détruit point la spontanéité des premières: M. Bain (1) est un disciple trop fidèle à l'école expérimentale pour ne pas reconnaître les efforts, les surprises^ les prodiges de l'énergie psychique dans le délabrement et l'épuisement des forces organiques. Mais le spiritualisme le plus décidé ne peut nier que cette merveilleuse flamme de la vie morale ne brille d'un éclat plus vif que pour s'éteindre enfin dans la ruine de Tôtre physique, et que la loi de corrélation des forces finit toujours par triompher.

Si de toutes ses observations et de toutes ses expériences l'école des physiologistes dont on vient de parler concluait rigoureusement, soit à la correspondance,

(1) Al. Bain. Revue des Cours littéraires.

soit inéme à la corrélation des deux ordres de forces psychiques et organiques, il n'y aurait pas lieu à contestation. Mais faut-il accepter avec cette école comme choses démontrées expérimentalement, que la physiologie seule peut définir et expliquer les opérations de Tesprit, que les phénomènes psychiques se réduisent aux phénomènes cérébraux, que c'est la cellule qui pense et qu'il n'y a pas d'autre sujet ni d'autre cause de la pensée, que la volonté n'est qu'une sortci de mouvement réflexe de l'activité cérébrale, que le libre arbitre n'est qu'une illusion, qu'enfin tout rentre pour la vie psychique, comme pour le " reste, dans cette grande loi de la nature qui se nomme le déterminisme universel? C'est ce qu'il nous reste à examiner. Toutes ces affirmations se ramènent à trois thèses principales : 1** confusion des phénomènes psychiques et des phéno* mènes cérébraux; 2"* substitution de la méthode de statistique psychologique à la méthode d'intuition immédiate et directe dans la définition des phénomènes psychiques; 3° explication du moral par le physique en vertu de l'axione dynapiique de là résultante des forces.

En disant que certains physiologistes confondent les phénomènes psychiques avec les phénomènes cérébraux, nous ne voudrions pas exagérer la portée de cette confusion. Sans doute, quand Cabanis définit la pensée une sécrétion du cerveau, quand M. Vulpian définit la volonté un pur mouvement réflexe, quand M. Lhuys parle des perceptions et des idées qui s'anastomosent, on est tenté de se demander s'ils admettent réellement la distinction des deux ordres de faits et des deux genres d'observation. Cependant laconfusion

absolue serait quelque chose de si fort qu'on hésite à leur attribuer une thèse aussi élrangc. Comment îdenlifier des phénomènes aussi différents par leurs caractères propres et par les organes d'observation qui les constatent ? Gomment confondre une impression^ une action^ un mouvement cérébral, avec un sentiment, une idée, une volition ? On peut à la rigueur, dans la doctrine des physiologistes, soutenir que les uns ne sont que la transformation des autves; mais on ne peut aller jusqu'à n'y voir que les mômes faits sous des expressions différentes. Il est trop évident que jamais le physiologiste n'a rencontré sous un scalpel ou sa loupe quelque chose qui ressemble à un sentiment, à une idée, à une volition, dans sa dissection anatomique ou son étude micrographique des mouvements internes de l'organe cérébral. Alors môme qu'il verrait dans les phénomènes physiques des phénomènes physiologiques transformés, il lui serait impossible de se refuser à reconnaître qu'il y a au moins entre eux celte différence que le moi a conscience des premiers et non des derniers. Gela le conduit nécessairement à reconnaître tout un nouvel ordre de faits et un nouveau mode d'observation. Ge n'est donc point lace que veulent dire les physiologistes lorsqu'ils appliquent aux faits de conscience l'expression de phénomènes cérébraux. Quelle est leur véritable thèse sous les mots forts équivoques de leur vocabulaire? C'est que l'organe est non -seulement la condition, mais le sujet et la cause dek phénomènes psychiques. Ge ne sont pas les phénomènes qu'ils confondent, ce sont les causes, lorsqu'ils parlent indifféremment de faits psychiques ou de faits cérébraux, et qu'ils s'efforcent d'expliquer

comment les phénomènes de Tordre physiologique se transforment en phénomènes de Tordre psychique. Tout se réduit, selon eux, dans Têtre vivant, sentant, pensant, voulant, à des organes et à des fonctions, lesquelles ne sont elles-méme que les organes fonctionnant

Cette thèse est déjà bien assez hardie pour qu'on n'aille point en prêter une autre tout à fait impossible à l'école physiologique dont nous venons de résumer la doctrine. Faire de Torgane le sujet et la cause des phénomènes psychiques, c'est confondre Torgane avec l'être lui-même, et trancher ainsi la question contrairement aux révélations de la conscience et à toutes les habitudes du langage. On a toujours dit que Tanimal sent« que Thomme pense ; on n'a jamais dit que c'est le cerveau de l'un qui sent, le cerveau de l'autre qui pense. Encore moins est^il permis de parler de la cellule sentante ou de la cellule pensante. — Mais si ce n'est pas Torgane ou la cellule qui sent et pense, disent les physiologistes, qui sera-ce donc ! Est-ce celte entité métaphysique à la façon de Platon et de DescarteB que vous nommez Tàme, c'est-à-dire un être incompréhensible, qui est dans le corps sans y avoir un siège, et dont toutes les fonctions deviennent impossibles par la suppression de tel ou tel organe? Ceci est une autre thèse qui est du domaine de la métaphysique. Restons pour le nioment dans le sens commun et dans l'expérience intime» Il nous semble que nos physiologistes vont bien vite dans leurs conclusions. Parce que, dans l'étude des phénomènes physiologiques, tout se réduit à la distinction de Torgane et de la fonction^ ils n0 voient pas autre chose dans l'ainalyse

des phénomènes psychiques. L'expérience physiologique leur en donne-t-elle le droit? Nullement; car cette expérience ne va, ne peut jamais aller au delà de la condition des phénomènes. Que tout phénomène psychique ait sa condition dans l'organisme, c'est ce qu'elle a démontré. Que cette condition soit en même temps la cause, c'est ce qu'elle ne peut constater ni directement ni indirectement, ce qu'on ne peut conclure que par une induction tout à fait illégitime et même contraire à l'expéiience physiologique^ ainsi que nous le ferons voir plus tard. En tout cas, rien n'est plus contradictoire au témoignage de la conscience qu'une pareille conclusion. L'école dont nous parlons oublie l'être de la conscience^ l'individu, le moi, sujet et cause véritable de tous les phénomènes de la vie psychique, sinon de la vie physiologique. C'est cet être seul pourtant qui vit, sent, pense et veut ; ce n'est point tel ou tel organe^ si important qu'il soit, même l'organe central par excellence qu'on nomme le cerveau. Telle est la grande erreur de l'école physiologique. Pour elle, le moi n'est qu'un mot ; l'être un, indivisible, identique^ personnel, qui nous atteste la conscience, n'est qu'une abstraction, un être collectif, c'est-à-dire la simple réunion des organes. C'est l'organe ou plutôt l'élément organique qui est l'être véritable^ le sujet et la cause de tous les phénomènes biologiques. Nos physiologistes ne comprennent, ne soupçonnent pas autre chose, ne voyant la vie psychique qu'à travers le jeu des organes cérébraux.

Mais la conscience proteste contre de telles conclu ' sions. L'être véritable, pour elle, c'est le moi, l'individu dont elle sent l'unité, l'identité, l'autonomie, la

causalité libre. Que Ton recoure à certaines hypothèses pourexpliquerccsattributsderêtrehuinaio,etqu'onles discute dé&nitivement^ sans pouvoir parvenir à s'entendre, le témoignage de la conscience n'en est pas moins constant^ universel, invincible, en tout ce qui concerne les attributs de Tétre révélé par elle. Si le langage ne nous permet pas de dire la cellule cérébrale pensante, ce n'est point par un reste de préjugé antiscientiûque ; c'est que Tôtre réel ne réside pas dans la variété de l'appareil organique, mais dans Tunité individuelle de la vie. Et cela n'est pas seulement vrai de l'homme^ mais de l'animal, mais de la plante, mais de tout ce qui, dans là nature, a le caractère de l'individualité. On peut différer sur le principe de cette individualité; on peut l'expliquer par Ihypothèse d'une âme, c'est-àdire d'un être substantiellement distinct du corps; on peut l'expliquer par une simple distinction de l'activité centrale et de l'activité locale des organes : on ne peut la nier sans nier le sentiment intime qui nous atteste notre individualité d*abord et nous fait reconnaître ensuite celle des êtres vivants. Voilà ce qui fait que jamais la psychologie ne permettra de confondre l'organe et l'être lui-môme dans l'explication des phénomènes psychiques. Et voilà aussi pourquoi la physiologie persistera dans cette confusion, tant qu'elle restera sourde aux enseignements de la conscience.

Cette erreur capitale touchant la cause et le sujet (les phénomènes psychiques fausse toutes les explications données par les physiologistes sur le principe de certains états moraux extraordinaires qui ont frappé l'attention des observateurs de la nature humaine^ tels que la folie, Tenthousiasme, la fureur, la monomanie

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da meurtre, l'excentrique originalité du génie, etc. Quand on regarde^ ainsi que le font nos savants, rhomroe moral du dehors et dans les manifestatioDs extérieures de son activité, on s'arrête aux signes physiques et aux caractères physiologiques de ces phénomènes ; on ne pénètre pas jusqu'aux caractères intimes, aux causes véritables de ces divers états. Socrate et Pascal pouvaient offrir à une observation superficielle les apparences de l'hallucination par leurs façons de parler et d'agir ; mais il suffit d'entrer dans l'analyse intime de ces deux natures pour voir que la raison de Tun, pas plus que Tintelligence de l'autre, n'avait rien à craindre, soit d'une simple illusion d'optique psychologique,telle que le démon de Socrate,soit d'une superstition mystique, telle que l'amulette de Pascal. Qui voit la constitution de l'esprit humain à la lumière de la conscience n'aura jamais la pensée de confondre le génie et Tidiotisme par cette seule raison que ces deux états si profondément différents de la vie psychique peuvent affecter les mêmes apparences extérieures. Il n'y a que la méthode physiologique qui puisse aboutir à une pareille conclusion. Au lieu de s'arrêter à la surface de la vie humaine et de se laisser prendre à certains signes équivoques de l'état physio* logique, pour peu que Ton pénètre dans l'état psychologique, on voit au contraire un développement supérieur de la raison, du sentiment, de la volonté, là où le physiologiste n'avait observé ou supposé qu'une affection pathologique. Où trouver une raison plus droite que chez Socrate, une volonté plus libre, enfin^ ce qui est le signe par excellence de la santé de l'âme, un plus parfait équilibre des facultés? Où trouver un

esprit plus lucide que chez Pascal, une logique plus ferme, une pensée plus réfléchie et plus maîtresse d'ellennôme à tous les moments de son existence maladive et tourmentée? Où trouver plus de bon sens pratique que chez Jeanne Darc, une volonté plus virile, une plus grande présence d'esprit que dans l'héroïque entreprise de cette fille inspirée et dans TafFreux procès qui la termine? Sur le suicide, la physiologie n'estelle pas également incompétente lorsqu'elle l'explique par une sorte d'aliénation mentale ? Comprend-elle bien le vrai suicide, non celui qui s'exécute dans un accès de lièvre chaude ou de folie furieuse, mais celui qui s'accomplit en pleine conscience des motifs de l'acte, et par une calme résolution de la volonté? En cela, nous serions bien plutôt de l'avis des moralistes qui ont vu dans cette tragique action l'une des manifestations les plus énergiques delà liberté humaine. Enfin, chez ces grands crfminels dont la physiologie fait autant de maniaques et de monomanes, qui pourra nier, leur biograph ie à la main, la claire conscience du dessein, le calcul réfléchi des moyens, le parfait sangfroid dans Texécution, c'est-à-dire tous les signes d'une personnalité libre et responsable? Que conclure de tout ceci? Que ces phénomènes extraordinaires de la vie humaine appartiennent à la psychologie, laquelle seule a le droit de les définir et de les qualifier, tout en laissant à la physiologie la lâche d'en déterminer les conditions organiques et d'en décrire les eiFels pathologiques.

Mais le point oh les physiologistes psychologue s se trompent le plus gravement, c'est la question du libre arbitre. Oh a vu plus haut MM. Vulpian et Lhuys le

nier en s'appuyant tantôt sur des explications physiologiques, tantôt sur des observations psychologiques. Contre les premières, la conscience proteste; il n'y a pas d'hypothèse, si ingénieuse qu'elle soit, qui ne tombe devant un fait de conscience, tel que le sentiment de notre causalité libre.Contre les secondes, la psychologie proprement dite objecte que ni Tinfluence des motifs ni même Timpulsion des mobiles ne permet de conclure à un déterminisme incompatible avec la liberté. A prendre Thommc en effet par le dehors, c'est-à-dire par les actes extérieurs qui manifestent sa volonté, il est certain qu'il obéit, soit à la force des penchants, soit à Tenlraînement des passions, soit à ce que nos positivistes appellent la loi des motifs. C'est h tel point qu'un esprit, un caractère, un tempérament moral quelconque étant donné, on peut presque toujours provoir ce qu'un homme fera dans telles ou telles circonstances. 11 y a donc là une sorte de nécessité qui gouverne la vie morale et qui n'est pas sans analogie avec cette nécessité qui est la loi universelle des phénomènes de Tordre physique. Tel est l'aspect sous lequel l'observateur doit voir les choses de l'âme humaine au point de vue où il s'est placé : l'acte volontaire lui apparaît comme lié et enchaîné à tel ou tel antécédent, et présente Tapparencc extérieure d'un phénomène déterminé comme tous les autres. Qu'est-ce que ce!a prouve contre le libre arbitre? Oui sans doute, tel homme cède habituellement à ses passions; mais, tout en leur cédant, ne sent-il pas qu'il pourrait leur résister? Il le sent si bien qu'il se reconnaît coupable de la faute ou du crime qu'il commet. Oui, tel autre au contraire écoute ordinairement la voix de la raison; mais, en

l^écoutant, ne sent-il pas qu'il pourrait ne pas le faire? Il le sent si bien qu'il ne peut^ quelle que soit sa niodestie^ se soustraire à un sentiment de satisfaction personnelle. C'est ici surtout le cas de dire que comparaison n'est pas raison. On se laisse abuser par une analogie qui ne devrait jamais prévaloir contre la conscience ; on fait des mobiles et des motifs de nos actions des forces qui entraînent, des lois qui déterminent fatalement la volonté. Gela vient de ce qu'on ne regarde qu'au résultat de l'activité volontaire sans atteindre l'acte lui-même. Qu'importe que le résultat total soitramené à une loi, et puisse être l'objet d'une prévision?. Qu'importe que la vie humaine, sous l'impulsion d'un penchant^ d'une passion, ou sous l'autorité de la raison, présente un certain caractère d'uniformité, soit dans un sens, soit dans un autre? en quoi cela infirme-t-il le témoignage de la conscience, qui est toujours là pour attester, de sa voix incessante et irrésistible, que l'homme a été libre, responsable, méritant ou déméritant, dans tous les actes de sa vie normale et réellement personnelle? Que l'homme essentiellement passionné suive sa voie; que l'homme essentiellement raisonnable suive la sienne; que l'homme, chez lequel la raison et la passion se disputent l'empire, flotte entre les deux voies sans s'engager résolument dans aucune : qu'y a-t-il à cela de contradictoire à la notion de liberté? Et parce que les faits moraux ont aussi leur ordre, leur enchaînement, leur loi enfin, est-ce une raison pour en conclure que l'homme n'est point un être libre I N'y a-t-il pas entre les lois de l'oirdre physique et celles de l'ordre moral une assez grande distance pour que la liberté y trouve sa place ?

42 LA SCIENCK ET LA CONSCÎKNCE.

Nous en sommes encore à comprendre comment celte espèce de déterminisme^ s; Ton veut absolnraent se servir du mot, serait incompatible avec la notion de liberté, telle que nous la donne la conscience. Quand il serait vrai que l'homme a toujours un motif de vouloir, qu'il «ne veut jamais en blanc», comme dit un de nos physiologistes, cela prouve qu'il se détermine, mais non qu'il est fatalement déterminé à vouloir. Nous craignons que les adversaires du libre arbitre ne confondent la notion de la véritable liberté humaine avec la not on abstraite et toqte métaphysique d'une liberté qui s'exercerait dans un état d'indépendance et et d'indifférence complète. Qu'en ce sens le libre arbilrene soit qu'une hypothèse inintelligible et démentie par les faits, nous en tombons facilement d'accord. Bien qu'il soit vrai qu'à tout moment de sa vie normale l'homme se détermine librement à telle ou telle action, il ne l'est pas moins qu'il ne veut guère et ne veut peut-être jamais sans être sollicité par un mobile ou un motif quelconque. Mais bien loin que cette intervention de la raison dans l'exercice de la volonté détruise la liberté de l'acte volontaire, on peut dire qu'il en favorise le développement. Si ce n'est pas la raison et la réflexion qui constituent proprement la liberté, elles en rendent le jeu plus manifeste. C'est un fait d'expérience intime que les volontés .les plus libres sont les volontés les plus intelligentes et Içs plus réfléchies. En sorte que le développement de la liberté est en raison directe du développement de la raisoa, et que l'état de sagesse est le plus haut degré oti. puisse atteindre notre libre volonté. Si l'homme est d'autant moins libre qu'il a plus de passions, il est d'autant plus

libre qu'il a plus d'idées. L'état de sagesse constitue une sorte de nécessité morale qui est la perfection môme de la liberté. L'obstacle à l'exercice du libre arbitre n'est pas dans l'action des idées sur la volonté; il est dans l'action des instincts et des passions. N'estce pas une vérité de conscience que nous sentons une espèce de violence faite à notre volonté dans le cas d'un entraînement passionné, tandis qu'au contraire nous nous sentons en parfaite possession de nousmêmes et en plein exercice de notre pouvoir personnel dans le cas d'une pure délibération intellectuelle? Nous nous sentons toujours libres dans le premier état, puisqu'alors même nous conservons le sentiment de notre responsabilité, repentants et honteux d'avoir cédé à la passion ; mais nous nous sentons moins libres. Voilà ce que nous apprend ce sens intime dont nos physiologistes négligent les intuitions comme n'ayant rien de commun avec les enseignements de la science positive.

Avec un sentiment si clair, si profond, si invincible de notre personnalité, de notre responsabilité, de la moralité de nos actes^ comment se fait-il qu'en tout temps et aujourd'hui surtout il s'élève tant de doutes et de théories contre le libre arbitre et contre certains autres attributs essentiels de notre être? A part les confusions auxquelles nous expose une observation superficielle, en voici la principale raison. L'esprit humain ne peut se résigner à l'observation et à la généralisation des faits. Il faut qu'il se les explique d une manière ou d'une autre ; et, comme expliquer les faits, c'est faire de la métaphysique, il s'ensuit que l'esprit humain a été, est et sera toujours plus ou moins métaphysicien, quoi qu'on fasse

Ml LA SCIENCE ET U CONSCIENCE.

pour arrêter son essor el borner le domaine de ses recherches.

Pourquoi toute une école de physiologistes, parmi lesquels on compte M. Liltré lui-même^ nie-t-elle le libre arbitre et l'autonomie de la personne humaine? Parce que, Tètre humain n'étant conçu par eux que comme la simple résultante du jeu des organes, il est tout à fait impossible d'expliquer comment un pareil être pourrait jouir d'une activité spontanée. M. Liltré en convient. « En vérité, dit-il, quand on se laisse pénétrer des faits et des raisons, non-seulement on reconnaît que le libre arbitre n'est pas, mais encore il parait inintelligible et contradictoire. Comment 1-aurais-je, si je ne suis pour rien dans ma mise au monde, dans la composition de mes organes, dans Tépoque et le lieu de ma naissance?... Avec le libre arbitre, rinintelligibilité est partout. Au contraire, tout devient cohérent et sans contradiction avec l'action des motifs, le conflit des motifs^ et la victoire du plus fort motif (1). » On a donc beau être positiviste et vouloir fuir toute spéculation métaphysique, on y est ramené par une nécessité de la pensée et même de la science. Les vieilles écoles, les vieilles doctrines métaphysiques, peuvent êlre emportées par le courant de la science moderne ; la spéculation ifpétaphysique peut changer de méthode ; le matérialisme et le spiritualisme des temps passés peuvent disparaître définitivement de la scène philosophique pour faire place à des idées plus complètes, à des théories plus positives : le problème métaphysique qui les a suscitées restera,

(1) Hevw de philosophie positive^ p. 252-53.

non-seulement dans le domaine de Timaginalion et du rêve, mais encore dans le domaine de la philosophie la plus sévère^ quoi qu'en disent l'école critique de Kant et Técole positiviste de Comte.

Quel est ce problème? Dans Têtre humain^ comme dans tous les élres vivants, il y a lieu de distinguer la vie et Torganisation. Quelle est la cause et quel est Teffet? Est-ce l'organisation qui est le principe de la vie? est-ce la vie qui est le principe de l'organisation? Dans le premier cas, le matérialisme a raison d'afflrmer qu'il n'y a pas place dans Télre humain pour Tautonomie volontaire, et que le sentiment de la liberté n'est, ne peut être qu'une illusion de la conscience. Mais ici le matérialisme a-t-il le droit de parler au nom de la science? Ce qui fait la popularité de cette doctrine, c'est la simplicité et la clarté des explications qu'elle fournit. Confondant toujours et partout la condition avec la cause des phénomènes, elle explique tout être, inorganique ou organique, par la composition des molécules et par la résultante des forces. Ces principes élémentaires, s'agrégeant tantôt par juxtaposition, tantôt par combinaison, tantôt par intussusception, forment des composés de toute sorte dont les propriétés, toutes différentes de leurs éléments, constituent les êtres des divers règnes de là nature. Tout cela se fait en vertu de lois physiques et chimiques que la science moderne est en train de réduire à des lois purement mécaniques. Ainsi se passent les choses dans l'organisme de Tétre vivant, de l'homme en particulier, comme dans le système du monde, si bien que le physiologiste matérialiste pourrait répondre à propos de l'âme comme Laplace à propos de Dieu : « Je n'ai

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pas besoin de celte hypothèse, lu loi de la gravitation universelle suffit à tout, lo

Mais voici où l'expérience scientifique elle-même arrête le matérialisme. Il est bien vrai que tout dans la nature se forme, s'organise, se développe, se conserve par des compositions^ des combinaisons ou des assimilations d'éléments soumises à des lois connues. Mais, si ces lois expliquent comment les éléments se composent^ se combinent, s'assimilent, elles n'expliquent point pourquoi ces éléments obéissent dans ces diverses opérations à une direction vers une fin déterminée. Que ce mouvement des principes élémentaires s'accomplisse sans conscience et sans volonté, cela ne fait pas le moindre doute. Toujours est-il qu'il tend à une fin, laquelle n'est autre que la vie, l'être vivant. C'est donc en cet être qu'il faut chercher la vraie cause de tous ces mouvements. < S'il fallait définir la vie d'un seul mot, je dirais : La vie, c'est la création... Ce qui caractérise la machine vivante, ce n'est pas la nature de ses propriétés physico-chimiques^ si complexes qu'elles soient, c'est la création de cette machine qui se développe sous nos yeux dans les conditions qui lui sont propres et d'après une idée définie qui exprime la nature de l'être vivant et l'essence même de la vie (1). n Qui a dit cela? Un physiologiste qui ne se pique pas de métaphysique. Voilà donc la science elle-même qui nous apprend que l'organisation est, non une simple composition^ mais une véritable création, que le créateur est l'être vivant, que le principe

(1) Introduetion à l'étude d$ la médecine eœpériimentak^ p&r M. Claude Bernard, p. 16i«

de la vie est une chose qui n'appartient ni à la chimie ni à la physique, et que cette chose, c'est Tidée directrice de l'évolution vitale dont la composition élémentaire n'est que la condition. Déjà l'école des ani« mistes avait eu l'intuition de cette vérité. C'est la pensée d'Aristote, lequel fait de l'àme la cause finale du corps ; c'est la doctrine de Stahl, qui enseigne que toute âme crée son corps. Mais il fallait l'autorité de la méthode expérimentale pour en faire le principe d'une science positive. Voilà donc le problème du rapport de la vie et de l'organisation résolu de manière à accorder l'expérience physico-chimique avec Texpérience physiologique. S'il est démontré que l'organisation est la condition de la vie, il ne l'est pas moins que la vie, ou plutôt Tétre vivant^ est la cause de l'organisation, cause finale et créatrice tout ensemble. Ainsi se trouvent réconciliées dans une science supérieure les deux écoles, le vitalisme et Yorganidsmey qui ont tant occupé le monde savant de leurs débats*

L'espace nous manque, dans une étude de ce genre, pour développer les conséquences d'une vérité aussi capitale et aussi féconde, et pour en faire sortir toute une doctrine appelée, selon nous, à vaincre et à remplacer définitivement le matérialisme. Il nous suffit, en montrant l'impossibilité scientifique de l'hypothèse matérialiste, d'avoir supprimé le grand obstacle à^ l'explication des phénomènes psychiques que nous atteste la conscience. Non^ le libre arbitre n'est point un mystère pour le savant. Tout n'est pas composition d'atomes ou résultante de forces dans l'organisation universelle. Il y a de la spontanéité môme dans la nature^ et^ s'il y en a là, comment ne la point reoon^

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naître dans Thomme, ce type supérieur de la vie organique 1 En quoi donc le sentiment d'une activité volontaire vraiment libre, d'une cause agissant de soi et par soi sous Tinfluence des impressions naturelles ou des idées de Tintelligence, serait-il contradictoire aux expériences de la science positive? En bonne logique, ce sentiment ne contredit qu'une chose, Texplication matérialiste de certains physiologistes ef de certains positivistes. Pour nous, nous pensons avec Aristote, avec Leibniz, avec Maine de Biran, avec M. Ravaisson, que, dans aucune de ses parties, le monde n'est entièrement livré à la fatalité mécanique, que, sous l'action des lois mécaniques, physiques et chimiques, tout être, tout atome obéit à cette idée directrice dont M. Claude Bernard ne parle qu'à propos de la nature organique, que tout y est force, non pas volontaire et libre, mais spontanée, c'est-à-dire tendant d'elle-même vers une fin, cause réelle de tous les mouvements dont la mécanique, la physique, la chimie ne font que déterminer les lois. Nous pensons qu'audessus des conditions et des lois proprement édites il existe une spéculation qui a pour objet de remonter aux vraies causes, aux forces réelles qui meuvent, animent, dirigent cette grande machine de l'univers. En tout cas, ce que nous savons de science expérimentale et certaine, c'est que tout être vivant, ayant sa fin en lui-même, est la véritable cause des mouvements qui se rapportent à lui, que l'animal est cause spontanée, que l'homme est cause libre. On peut donc conclure à la liberté, à la personnalité, à l'autonomie de l'être humain, non pas seulement au nom de la loi morale, comme Kant le veut^ mais au nom de la science posi-

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tive elle-même. L'antithèse de la science et de la conscience^ qui serait si fatale à la moralité humaine^ si elle était réelle^ n'est heureusement qu'apparente et destinée à disparaître devant la lumière d'une science plus fidèle à Texpérience que celle qui s'inspire des hypothèses matérialistes.

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