PREFACE IX
en jour plus évident qu'elle y renoncera.
C'est dans ces conditions et pour ces raisons qu'il me paraît aujourdliui tout à fait inutile, non pas d'écrire l'histoire des Conflits de la science et de la religion ; — il y a deux ouvrages essentiels sur la question, et tous les deux sont américains, celui de William Draper, et celui de M. André White ; — mais d'en faire état dans la controverse, et, par conséquent, de travailler, d'une part, à exaspérer le conflit, et de l'autre, à montrer qu'il n'existe pas. Car le conflit existe, ou il a existé dans l'histoire, mais précisément, je dis qu'il ne procède que d'une fausse idée que l'on se faisait de la science et d'une fausse idée de la religion. Religion et science, il n'est pas dans leur nature, ni de leur essence, de « s'opposer » Tune à l'autre ; il ne l'est pas davantage de se « confondre «jamais, et de concourir en quelque sorte à rétablissement du même objet, à la démonstration des mêmes vérités ; — et voilà toute notre thèse.
Ajoutons ici, — cette Préface en est roccasion naturelle, — que, s'il manque certainement beaucoup de choses au développement que nous avons donné de cette thèse même, dans ces EtudeSy et, dans nos Dis-
cours de combat^ une de ces lacunes, en y réfléchissant, nous a paru plus considérable que les autres. La question du «surnaturel» étant mise en effet à part, ce n'est pas la vraie science qui s'oppose de nos jours à la religion, mais ce n'est pas non plus une fausse science, et c'est seulement une science qui n'est pas de la science. Il faudrait insister sur ce point. La philologie, l'exégèse, l'histoire ne sont pas des «sciences», et c'est tout à fait abusivement qu'on leur en donne; le nom.
Aimez ce que jamais on ne verra deux fois.
a dit un grand poète ! Il n'y a de « science » que de ce qui s'est vu au moins deux fois. Il n'y a de « science des religions » , par exemple, que dans la mesure où l'on commence par poser que le bouddhisme, le christianisme et l'islamisme ont passé par des phases d'évolution, je ne dis pas « analogues », mais je dis « identiques » ; et la supposition n'est évidemment qu'une pétition de principe.
Mais, s'il s'agit au contraire de faits qui ne se sont produits qu'une fois dans la nature et dans l'histoire, tels que l'expédition d'Alexandre dans l'Inde, ou l'assassinat de César, il n'y en a pas de « science », puisqu'on n'er