‹ La Science et la religion, réponse à quelques objections [microform]Chapitre 2 sur 3 · C'est aussi bien ce (lue fout les vrais uvanU. H aux · texte numérisé non relu

C'est aussi bien ce (lue fout les vrais uvanU. H aux

nous avaient promis de supprimer « le mystère ». Or, non seulement elles ne Tont pas supprimé, mais nous voyons clairement aujourcVhiii (pielles ne l'éclairciront jamais. Elles sont impuissantes, je ne dis pas à résoudre, mais à poser convenablement les seules questions qui importent : ce sont celles

textes cités dans l'article, c*esl ce qui me dispense d'en ajouter d'autres: ceux deM. Berlhelot uw sullisent, — dans son article delà Revue de Paris, du fMévrier 1895,— sur la Science et la Morale. Je ne parle pas ici, ni pour le moiiicnU^âofonddf ^*rlicle:|f••<«»^fli^fl* qu.* hicc<t. lu>ion : • Noii*v<.ioofdi»ine«f>«ire«««?nH.ip|MleilK't>«i^'d«lrlnc^ 6«le«itillqî>f< ù rir,iu%trèraocrollci>nllnucllcif^nl U iiclffM4« (i la pr«tt«rÉl< dr* wliofts... l/api»lifv*tb«Mi a<- in^iiif* dof Irint% dhniMM^ «n» crs*<ï W* ^otWmi^... ci ir^iiittU*^ U Aurw^^i*nlledclatil«.. I.^HloIre au ûbr^t f€^9fta fifouTc ^^niênl * quel njînl le wrl de t<*«< « •lé 4»*'n«"^ î«r les ldf^5 niHivrlIf*... Tcll»^ wM Iw coïTWipi^iK» dr U it*f'

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qui touchent à l'origine de riiomme, à la loi de sa conduite, et à sa destinée future. L'inconnaissable nous entoure, il nous enveloppe, il nous étreint, et nous ne pouvons tirer des lois de la physique ou des résultats de la physiologie aucun moyen d'en rien connaître. J'admire autant que personne les immortels travaux de Darwin, et quand on compare Tintluence de sa doctrine à celle des découvertes de Newton, j'y souscris volontiers. Mais quoi ! Pour descendre peut-être du singe, — ou le singe et nous d'un commun ancêtre, — en sommes-nous plus avancés, et que savonsnous de la vraie question de nos origines? (( Dans l'hypothèse mosaïque de la création, — dit Ikeckel, — deux des plus importantes propositions fondamentales de la théorie de l'évolution se montrent à nous avec une clarté et une simplicité surprenantes. » Mais, de plus, ajouterons-nous, « l'hypothèse mosaïque de la création » nous donne une réponse à la question de savoir (Toù nous venons^ et la théorie de l'évolution ne nous en donnera

jamais (1). Ni l'anthropologie, ni l'ethnographie, ni la linguistique ne nous en donneront

(1) A ceUe observation, je me suis étonné de la réponse imprévue que m'a faite M. Berthelot.

(( Le mystique, dit-il, qui prétendrait diriger sa vieel ses affaires privées d'après les seules nolions du merveilleux serait bien vite perdu. L'histoire générale et la pathologie mentale montrent que les peuples et les particuliers qui ont adopté les mystères et l'inspiration divine comme guides fondamentaux ne tardent pas à ôlre précipités dans une ruine morale, inteliecluelle et matérielle, irréparable. »

On serait curieux, en vérité, de savoir qui sont ces « peuples » dont parle ici le savant chimiste ! Sont-ce les Romains, sont-ce les Grecs, sont-ce les Égyptiens, qui ont pris pour n guides fondamentaux «l'inspiration divine et le mystère? Et autour de nous, dans notre monde moderne, est-ce que, ])our être beaucoup plus préoccupés que nous ne le sommes en France des questions religieuses, la Russie, l'Angleterre, les États-Unis d'Amérique s'en portent i)lus mal? Mais il en est des « peuples » comme des hommes : ils meurent... parce qu'ils sont « mortels », quand ils ont fait leur temps, et parce que, fort heureusement, on ne peut pas toujours vivre.

Que vient faire encore ici « la pathologie mentale »? Ce n'est pas, que je sache, Rossuet ni Calvin qui sont morts .« fous » ou « gâteux » ? ou voudrait-on dire par hasard que, de tous les hommes, il n'y a d'assurés d'échapper à « la paralysie générale » que les « géomètres et les physiciens »? Ce serait un précieux privilège.

Mais qu'est-ce encore que diriger sa vie « d'après les seules notions du merveilleux » et pour quels lecteurs notre savantcrovait-il écrire? Le « merveilleux » n'est pas le « mys-

non plus jamais nne à la question de savoir ce que nous sommes, et soutiendront-elles, par hasard, qu elles ne nous l'ont jamais promis? 11 serait trop aisé de montrer qu'elles ne se sont pas proposé d'autre objet. « Je suis convaincu, — a dit Kenan, — qu'il y a une science des origines de l'humanité qui sera construite un jour non par la spéculation abstraite, mais par la recherche sciejilifiquc... Quelle est la vie humaine qui, dans l'état actuel de la science, suffirait à explorer tous les cotés de cet unique problème?... Et si l'on ne l'a pas résolu, comment dire quon sait Ihomine et rhiimanitr (1)? » Mais nous pouvons être assurés aujourd'hui que les sciences

1ère », et M." lierthelot se moque! S'il y a « des notions <hi mervenieux » —je veux dire si cetle expression signifie quelque chose — ce sont peut-être les « si)irites », qui dirigent leur vie d'apns elles, mais le « spiritisme » et le « spiritualisme » font deux. Plus jai relu celte phrase et moins j'y ai trouvé de sens. Assurément cela est « dune personne étrangère à l'esprit philosophique ». J'aime d'ailleurs à penser que, dans les « questions scientifiques », M. lîerlhelot apporte, à Ihabilude, plus de précision et de perspicacité. (1) L'Avenir de la science, p. 1G3.

naturelles ne nous le diront pas. Ce que nous sommes en tant qu'animal, elles nous l'apprendront peut-être ! Elles ne nous apprendront pas ce que nous sommes en tant qu'homme. Quelle est l'origine du langage? quelle est celle delà société? quelle est celle de la moralité? Quiconque, dans ce siècle, a tenté de le dire, y a échoué misérablement; et on y échouera toujours, et toujours aussi misérablement, parce que, ne pouvant concevoir rhomme sans la moralité, sans le langage, ou en dehors de la société, ce sont ainsi les éléments mêmes de sa définition qui échappent à la compétence, aux méthodes, aux prises enfin de la science. Ai-je besoin d'ajouter qu'à plus forte raison les sciences naturelles ne décideront pas la question de savoir où nous allons? Qu'est-ce que l'anatomie, qu'est-ce que la physiologie nous ont appris de notre destinée? Elles nous avaient cependant promis de nous expliquer, ou de nous révéler notre nature, et, de la connaissance de notre nature, devait suivre celle de

nofre destinée. C'est en effet sa destinée qui détermine la vraie nature d'un être (1). Mais leurs recherches et leurs découvertes, — dont je ne méconnais pas au surplus l'intérêt, —

(1) Un jeune professeur de i)lnloso|)liie, — je l'appelle jeune, i)arce qu'il m*; traite en vieillard, — a fort obligeamment relevé celle phrase dans la lievue de Métaphysique et de Morale, pour se deniander si elle n'était pas à l'envers. Mais en disant (lue « c'est la destinée d'un être qui détermine sa vraie nature », je crois bien avoir dit ce que je voulais dire, et non pas le contraire, et je m'étonne un peu qu'un philosophe, qui sait ce que c'est qu'une cause finale, ne m'ait pas compris tout de suite. Par exemple, il importe beaucoup à la coniluilede la vie humaine de savoir si l'objet de cette vio est contenu et comme enfermé dans les limites de l'exislence actuelle, ou au contraire s'il les dépasse. Toute la morale en peutélre changée! Si nous nous anéantissons tout entiers en mourant, beaucoupde vertus noussont encore possi- Ijles^ je n'ai garde d'en disconvenir, — mais nous ne traiterons pas de la môme manière les instincts que nous trouvons en nous. La détermination de noire vraie nature dépend donc étroitement de la connaissance de notre destinée. Si nous connaissions notre destinée, nous connaîtrions assurément notre nature, mais si nous connaissions entièrement notre nature, an contraire, nous ne connaîtrions pas nécessairement notre destinée. Cela est d'un autre ordre, et rentre dans un autre plan, qm pourrait nous échap|)er. La connaissance du tout emporte celle des parties, mais la récipro(iue n'est pas vraie, et nous pouvons connaître des parties déterminées d'un tout, en en ignorant les autres.

n'a vraiment commencé que le jour où la raison s'est prise au sérieux et s'est dit à ellemême : Tout me fait défaut, de moi seule me viendra mon salut î » Taisez-vous, raison imbécile I aurait sans doute répondu Pascal; et, à la vérité, nous ne saurions dire ce qu'il en sera dans cent ans, dans mille ans ou deux mille ans d'ici ; mais, pour le moment, et pour longtemps encore, il semble que la raison soit impuissante à se délivrer seulement de ses doutes, bien loin de pouvoir faire elle-même son salut; et s'il est vrai que depuis cent ans la science ait prétendu remplacer « la religion », la science, pour le moment et pour longtemps encore, a perdu la partie. Incapable de nous fournir un commencement de réponse aux seules questions qui nous intéressent, ni la science en général, ni les sciences particulières, — physiques ou naturelles, philologiciues ou historiques, — ne peuvent plus revendiquer, comme elles Font fait depuis cent ans, le gouvernement de la vie présente. A défaut d'une certitude entière, ma-

thématique et raisoniiée, si nous avons besoin de nous former une idée de ce que nous sommes, et si le lien social ne peut subsister qu'à cette condition, les sciences peuvent nous y aider, mais il ne leur appartient pas de déterminer, et encore bien moins de juger cette idée. Pour le moment, dans l'état présent de la science, et après l'expérience que nous en avons faite, la question du libre arbitre, par exemple, ou celle de la responsabilité morale, ne sauraient dépendre des résultats de la physiologie. Le progrès quon avait cru faire, avec Taine et sur ses traces, en « soudant, — selon son expression, — les sciences morales aux sciences naturelles, » n'a pas été du tout un progrès, mais au contraire un recul. Si nous demandions au darwinisme des leçons de conduite, il ne nous en donnerait que d'abominables (1). Et, sans

(1 , C e^^l ici la seule expression que je consente à modifier, comme étant trop absolue dans sa brièveté. Si l'on a tire du « darwinisme mal entendu » d'odieuses conséquences, on en peut tirer d'autres du darwinisme mieux interprété. C'est ce que j'essaierai prochainement de montrer.

doute, d'un darwinisme à peine assuré de la solidité de ses principes, ou d'une physiologie rudimentaire encore, on en peut bien appeler à une physiologie plus savante ou à un darwinisme mieux entendu; mais, en attendant, il faut vivre, d'une vie qui ne soit pas purement animale, et la science, aucune science aujourd'hui ne saurait en donner les

moyens.

C'est la raison de la révolution, ou de l'évolution, que nous voyons se produire et dont on trouverait les preuves, au besoin, dans la Bibliographie de la France. Non pas du tout que je me fasse illusion sur les « décadens du christianisme, » — c'est le titre d'un livre qui ne tient pas, lui non plus, ce qu'il semblait promettre; — et je n'abandonnerais volontiers, pour ma part, ni la philologie, ni l'exégèse même aux « néo-catholiques, » ou à nos « symbolistes ». S'il y en a de sincères, j'en sais qui le sont moins, et qui ne croient au fond qu'à eux-mêmes. J'ai moins de confiance encore dans les « néo-bouddhistes », avec

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leurs exercices, et je iVen mets décidément aucune dans ces nouveaux « mystiques » qu'on voit se délasser d'un traduction de Taulcr ou de Kuysbruck en écrivant une pièce pour le ThéAtre-Libre. Vingt ans plus tôt, je suis trop sur qu'ils eussent été naturalistes, et leur mysticité n'est qu'une affaire de mode ou une « réclame » de lil>rairie. Et je n attribue pas enfin plus d'importance qu'elles n'en ont aux déclamatious pieuses qu'on est surpris quelquefois de lire dans le Peuple français on dans iAutorkr.., Mais il n'en est pas moins vrai que l'évolution se produit, et, déjû, nous commençons d'en discerner quelques-uns des effets (1). Deux mots

(1) Quelle est la profondeur et l'élendue de ce «• mouvement ? » On m'a encoreprétésurce poinl des illusions quej'avais cependant assez clairement dit que je ne me faisais point. Mais que le « mouvement » existe, ceux-là seuls peuvent le nier qui craignent en quelque manière de le « populariser» en le combattant trop ouvertement. Le « néo-calholicisme • est un fiïit, comme disent les savants; el un fait a d'ailleurs plus ou moins d'importance, mais ce qu on ne devrait pas avoir besoin d'apprendre aux savants, c'est qu'il faut toujours compter avec lui.

suffisent à les résumer : la Science a perdu son prestige , et la Religion a reconquis une partie du sien.

« Toute réaction religieuse profitant d'abord au catholicisme, » — c'est du moins Renan qui l'a dit, — il n'est pas étonnant qu'un Pape politique, s'inspirant le premier des nécessités de l'heure présente, ait conçu l'espérance et formé le projet de diriger le mouvement. C'était assurément son droit. MulUr sunt mamiones in domo ptitris mei ; et il y u aussi plusieui^ aspects, rm. pour ainsi pur- 1er, plusieurs faces du chrisliani.sme. Puis<iuc jadis, en des temps étranfriîincnl confus, I K.glise avait triomphé de veXie' espèce d éruption de l'instinct et de celle rt'voltc de la nature, qui fut sans douti^Fim des caracl^rcsç essentiels de la Renaissance, et qu'elle avait même arraché Ferapire de Tari au paganisme du XV' siècle; — puisque^ cent cinquante oa

deux cents ans plus tard, elle avait pu contre-balanccr la redoutable influence du cartésianisme, en labsorliant, et morne en s'en aidant pour développer ce qu'il y a de substance rationnelle dans son propre enseignen^ent; — et puisque enfin, au début du siècle où nous sommes, elle n avait pas refusé de traiter avec la Kévolution, et qu'elle lavait pu, sans rien abandonner de ses droits ou céder de son dogme; — pourquoi, dans un temps comme le nôtre, s'il y a dans sa tradition quelque vertu sociale , et qu'aucune considération de l'ordre temporel n'en gène plus le libre développement, pourquoi n'essaierait-elle pas de se présenter aux peuples sous ce nouvel aspect d'elle-même? et pourquoi n'y réussirait-elle pas? Évoluer n est pas changer, a dit un ancien Fére. Quod evo/ritur,.. non idco proprietate mutalur : c'est l'expression même de saint Vincent de.Lérins. L'épanouissement des frondaisons de l'arbre n'est pas une « variation » du germe; et ce n'est pas « changer », ce n'est pas devenir

autre, que de développer le contenu de sa loi, puisque au contraire c'est achever de devenir soi-même (l).On ne l'avait pas oublié, mais d'autres soucis, plus pressants, — et

(4) Voilà déjà longtemps que le point de vue que j'indique a été développé par saint Vincent de Lérins dans son Commonilorium. Uossuet l'a repris dans les deux premiers et dans le sixi«Mne de ses Avertisscmcns aux Protestants. Plus près de nous, celui qui devait être le Cardinal Newman en a fait la matière d'un livre tout entier : c'est son Essai sur le développement de la doctrine chrétienne. Paris,

\\ y distingue très subtilement, mais très solidement aussi, le dévelopiHJinent d'une idée d'avec sa « perversion » ou sa « corruption ». Les marques ou si^o^s qu'il dunni^ |)our caractéristiques de celle dislincliun nkiI il iill6«r» extrêmement curieux, comme étant tous Xïrti dti anxlopM de rhistoire naturelle; et, si l'on coiks»dèri: U daU de cel Essait j'ose dire qu'à cet égard il préparc ou nidroe il annooos r « évolution » d Herbert Spencer et die Uxnfin. Xuvà bien y avait-il déjà quelque chose de cela^ns saint Vincent d« Lérins.

Enlin, si l'on veut savoir quelle c*l «ir <t\ie m*U»«re inliniment délicate et importante, — |i«iM]u'rti Mminc il y va de l'avenir dogmatique du cliristianiiafee, ^ l'avis oclvel du catholicisme et du protestant ism**, on ûMisuttcrj. du côté catholique, le traité du cardinal FriMclla : thi diviim traditione et scriptura, Rome, Î8%1, Iroiftôème éditîoii, pp. 278-288; et du côté protestant rintérvMtnCf btotkmt de M. Sabalicr sur VÉvolution des ZMyitirA, PâfU, IdK).

notamment celui de soutenir et de repousser l'assaut de la science laïque, — avaient surtout préoccupé les prédécesseurs de Léon XIII. Autres temps, autres soins I Qui se détacherait aujourd'hui de la communion de l'Église pour des « raisons philologiques » ? Et, d'un autre côté, si l'impuissance de la science physique ou naturelle à supprimer le « mystère » est prouvée, remontons donc maintenant à la source. Invoquons l'esprit de conciliation et de paix. Libres et dégagés des nécessités d'une lutte qui avait réclamé jusqu'ici toute notre activité, ne prolongeons pas d'inutiles controverses. Et après avoir prouvé la vérité ou la « divinité » de la religion par la continuité de son dogme immuable, prouvons-la maintenant par le bien qu'elle peut faire encore à ce monde inquiet et troublé.

C'est ainsi, ou à peu près, que Ton peut essayer de se représenter les intentions du pape Léon XIII, et il semble que, depuis dixsept ans, tous ses actes comme toutes ses pa-

rôles aient tendu à ce grand dessein. Certes, il n'a rien abandonné ni des droits de l'Église ni de l'autorité du dogme, le pontife qui a écrit les mémorables Encycliques du 28 décembre 1878, sur les Erreurs modernes; et du 11 août 1879, sur la Philosophie chrétienne, et du 10 février 1880, sur le Mariage chrétien. Même, la seconde a scandalisé tous ceux à qui sans doute elle apprenait pour la première fois que saint Thomas est un des plus beaux génies dont se puisse honorer l'histoire de la pensée humaine. Mais, en proclamant l'indépendance de l'Église à l'égard des formes du gouvernement; comme en s'occupant des questions ouvrières avec une sollicitude particulièrement active ; et comme en travaillant à préparer dans un lointain avenir la réconciliation en une des diverses communions chétiennes, il a fait trois grandes choses, — dont la première conséquence a été de rendre au catholicisme, et généralement à la rehgion, leur part d'action sociale.

Les catholiques, — énrivail-il dans son Encyclique sur Voriijine du pouvoir c/y//, du 29 juin \^^\^ vont chercher en Dieu le droit de commander, et le font dériver de là comme de sa source naturelle, et de son principe nécessaire... Toutefois, il importe de remarquer ici que, s'il s'agit de désigner ceux qui doivent gouverner la chose publique, celle désignation pourra, dans certains cas, être laissée au choix et au jugement du plus grand nombre JudicioînuUitudinis, sans que la doctrine catholique y fasse le moindre obstacle, non adversante neque répugnante doctrina catholica... 11 n*est pas question davantage des diflérents régimes politiques, et il n'existe pour l'Ëglise aucune raison de ne pas approuver le gouvernement d'un seul ou celui de plusieurs, pourvu seulement qu'il soit juste et qu'il s'applique au bien commun. Aussi n'est-il point interdit aux peuples (1)... de se donner telle forme politique qui s'adaptera mieux ou à leur génie propre, ou à leurs traditions et à leurs coutumes.

Ces paroles sont assez claires! Mais les idées mûrissent lentement dansFesprit de Léon XIII,

(I) Il y a ici, dans les traductions françaises : « Sous réserve des droits acquis », ce qui me semble une traduction trop libre et un peu abusive du latin salva justilia.

et c'est justement ce qui donne à tout ce qu'il dit tant de poids et d'autorité. Il a donc voulu revenir, à plusieurs fois, sur cette grande question, et on lit, dans la Letlre aux cardinaux frœiçais, du 3 mai 1892 :

Nous l'avons expliqué, et nom tenons à le redire, pour que personne ne se méprenne sur notre enseignement. Un de ces moyens (d'atteindre et de réaliser l'union) est d'accepter sans arrière-pensée, avec cette loyauté qui convient au chrétien, le pouvoircivil, dans la forme où de fait il existe. Ainsi fut accepté en France le priîmîer Empire au lendemain d'une effroyable et Rniiglaiiile anaichie; ainsi furent acceptés les autre* p^uivoirs, soit monarchiques, soit républicains, qui se succédèrent jusqu'à nos jours.

... Lors donc que dans une société il cxi*le uii pouvoir constitué et mis à l'œuvre, l'intérél Cummun se trouve lié à ce pouvoir, el IVm doit, pour cette raison, Taccepter tel qu'il Cr^t. CcA pour eo motif et dans ce sens que Noua avon? dît aux catholiques français : acceptez la République, c e»là-dire le pouvoir constitué et existant partni v<niî«; respectez-le; soyez-lui soumis comme représentant le pouvoir venu de Dieu.

Son langage if a pas été moins net, ni moins conciliant, sur la (jucslion ouvrière. Dans YEncf/clir/iœ du 29 juin 1881 . après avoir défini rinquiétude qui travaille les sociétés modernes, il poursuivait en ces termes hardis :

Ce qu'il y a de plus grave, c'est que, au milieu de tant de périls, les chefs des Étais ne semblent disposer d'aucun remède propre à rétablir la paix dans les esprits et Tordre dans la société. On les voit s'armer de la puissance des lois et sévir avec vigueur contre les perturbateurs du repos public. Mais, s'il n'y a rien de plus juste, ils feraient bien de considérer qu'un système de pénalités, quelle qu'en soit la force, ne suffira jamais à sauver les nations : vint nullam pœnarum futuram qux consnrvare respubiicassola iwssit, « La crainte, comme renseigne excellemment saint Thomas, est un fondement infirme. Vienne l'occasion qui permet d'espérer l'impunité, ceux que la crainte seule a soumis se soulèveront avec d'autant plus de passion contre leurs chefs que la terreur les avait jusque-là contenus avec plus de violence. D'ailleurs la terreur même jette ordinairement les hommes dans le désespoir; le désespoir leur inspire l'audace; et l'audace les précipite dans les attentats les plus monstrueux.»

Mais, si le remède est dans le retour aux principes chrétiens, ces principes ont des applications immédiates et pratiques, et le Pape les a mis en lumière dans la célèbre Encyclique du 15 mars 1891 axir la Condition des ouvriers :

La raison formelle de toute société est une et commune à tous ses membres, grands et petits. Les pauvres, au même titre que les riches, sont de par le droit naturel des citoyens, c'est-à-dire du nombre des parties vivantes dont se compose, par l'intermédiaire des famille*, le Ciwps enliûr delà nation, pour ne pas dire quVn toiilç» le;(i!iCêi ils sont le grand nombre... Comme donc il scrnîl déraisonnable de pourvoir à une cla<*iî <!« ci* toyens, et d'en négliger l'autre, il devi»?iil <5vjdeiil que l'autorité publique doit pntndre les inejMre:^ voulues pour sauvegarder le salut el W înt»'r»Md de la classe ouvrière...

Pour ce qui est des intérêt» pJlyst<|lle^ et corporels, rautorilé publique doil loul d'abord Je^ sauvegarder, en arrachant le5 malheureux ouvriers aux mains de ces spéculateur* qui. ne faisant point de difi^érence entre un homme cl UDe machine, abusent sans mesure de Ictirv pcivonn«

pour satisfaire d'insatiables cupidités. Exiger une somme de travail qui, en émoussant toutes les facultés de Tâme, écrase le corps et en consume les forces jusqu'à l'épuisement, c'est une conduite que ne peuvent tolérer ni la justice ni l'humanité...

La violence des révolutions politiques a divisé le corps social en deux classes et creusé entre elles un abîme immense. D'une part, la toutepuissance dans l'opulence : une faction qui, maîtresse absolue de l'intlustrie et du commerce, détourne le cours des richesses et en fait affluer en elle toutes les sources... de l'autre, la faiblesse dans l'indii^ence : une multitude, Tàme ulcérée, toujours prête au désordre. Que Ton stimule Tindustrieuse activité du peuple par la perspective d'une participation à la propriété du sol, et l'on verra se combler peu à peu l'abîme qui sépare l'opulence de la misère, et s'opérer lo rapprochement des deux classes.

Citons encore ce passage de la Lettre sur la Question ouvrière, à M. G. Decurtins, du 7 août 1893 :

S'il y a un motif grave et juste pour lequel l'autorité publique ait le droit d'intervenir pour

protéger par des lois la faiblesse des ouvriers, on ne pourra pas assurément en trouver de plus grave et de plus juste que la nécessité de venir en aide à la faiblesse des enfants et des femmes.

Et d'autre part , il est évident pour tous combien serait imparfaite la protection donnée au travail des ouvriers si elle l'était par des lois différentes que chaque peuple élaborerait pour son compte, car les marchandises diverses venues de divers pays se rencontrant sur le même marché, certainement la réglementation imposée ici ou là au travail des ouvriers aurait cette conséquence que les produits de l'industrie d'une nation se développeraient au préjudice d'une autre.

Mais déjà sans doute, quand il écrivait cette dernière phrase, une idée encore plus hardie s'élaborait dans Tesprit de Léon XIII, et déjà son active imagination voyait s'ouvrir les perspectives de Y Encyclique àw 20 juin 189V sur r Unité catholique :

Pendantquenotreesprits'attache à ces pensées, — de réconciliation des Églises prolestantes et des Églises orientales avec TEghse latine, — et que notre cœur en appelle de tous ses vœux la réa-

lisalion, nous voyons là-bas, dans le lointain de l'avenir, se dérouler un nouvel ordre de choses, el nous ne connaissons rien de plus doux que la contemplation des immenses bienfaits qui en seraient le résultat naturel. T/esprit peut à peine concevoir le souffle puissant qui saisirait soudain toutes les nations, alors que la paix et la tranquillité seraient bien assises; quelcs lettres seraient favorisées dans leurs progrès; et que parmi les agriculteurs, les ouvriers, les industriels, il se fonderait sur les bases chrétiennes cpie nous avons indiquées de nouvelles sociétés capables de réprimer l'usure, et d'élargir le champ des travaux utiles : qvarumope vorax reprimatur usura, et utilium laborum campus dilatetur.

Et, dans un autre endroit :

Nous n'ignorons pas ce que demande de longs et pénibles travaux Tordre de choses dont nous voudrions la restauration, et plus d'un pensera peut-être que nous donnons trop à l'espérance... Mais nous supplions les princes et les gouvernants au nom de leur clairvoyance politique et de leur sollicitude pour les intérêts de leurs peuples, de vouloir étiuitablemenl apprécier nos desseins et les seconder de leur autorité... Le siècle dernier laissa TKurope fatiguée de ses désastres, trem-

blante encore des convulsions qui l'avaient agitée. Le siècle qui marche à sa fin ne pourrait-d pas, en retour, transmettre comme un héritage, au genre humain, quelques gages de concorde et l'espérance des grands bienfaits que promet luniléde la foi chrétienne?

Ce sont là de nobles paroles, dont la noblesse n'est égalée ([ue par la sincérité de rémotion qui les anime, et certes aucun rêve, — si les expressions du Saint-Père lui-même nous autorisent peut-être à nous servir de ce mot, —ou aucune espérance ne saurait mieux convenir et aux aspirations de cette lin de siècle, et au caractère de l'illustre vieillard qui smiverne à peu près souverainement la croyance de 200 millions d^hommes. Il a compris ce que l'on attendait du plus grand pouvoir moral qui soit parmi les hommes, et le plus ancien. Résolument, il a lancé la barque de saint Pierre sur la mer orageuse du siècle, et ni l'impétuosité des vents, ni le tumulte' des Ilots, ni la clameur même des passagers ciVrayés de sa tranquille audace ne

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l'ont un seul jour détourné de son but. Et si d'ailleurs il ne l'atteignait pas, si cette Providence, dont il ne se regarde que comme Finstrument, ne lui permettait pas de l'atteindre, il n'en aurait pas moins l'impérissable honneur de se l'être à lui-môme marqué. L'avenir lui saura surtout gré de s'être souvenu que le christianisme a commencé par être une religion de pauvres, et que, selon l'insolente et cruelle expression de Voltaire « la plus vile canaille Ta vait seule emJ>rassée pendant plus de cent ans ». Je crains bien que Renan ne voulût dire plus élégamment, et moins franchement, la même chose, quand il nous avertissait de ne pas nous représenter les voyages de Paul et de Barnabe comme ceux « d'un Livingstone... ou d'un François Xavier » mais plutôt « comme ceux d'ouvriers sociahstes répandant leurs idées de cabaret en cabaret ». Et sans doute il s'est applaudi d'avoir trouvé ce <( cabaret » ! Differantur istl superbi, aliqua soUdltate sanandi siint. L'Évangile ne rebute point les grands, ni les

puissants, ni les sages; il ne les rejette pas; maisil les ((diffère ». Si c'est justement l'honneur du christianisme, si c'a été sa force à ses débuts, si peut-être il n'a pas donné de signe plus éclatant ni de preuve plus convaincante de sa mission, que de s'être adressé d'abord aux humbles de ce monde, là aussi est son avenir et, pour ainsi parler, dans la société que nous a faite la philosophie du siècle dernier, là est sa promesse d'éternité (1). Aucun pontife ne l'a mieux senti que le Pape Léon XIII, et Tayant senti, ne l'a dit avec plus d'abondance de cœur et d'ardeur de persuasion. Aucun ne la redit avec plus d'insistance. Et aucun surtout, en enseignant à ceux qui peinent l'iautilité de la vio-

(1) Sur ce mouvement « socialiste » dont il semble que Léon XIII, après y avoir mûrement réfléchi, ce soit emparé dans la célèbre Encyclique : De conditione op ificu m, \>oav le contenir, le développer dans un sens conforme à la tradition catholique, et le diriger, le meilleur livre que je connaisse est celui de M. Nitti : Le Socialisme catholique. 11 a été traduit récemment en français, et il fait partie de la Collection d'auteurs étrangers contemporains que publie l'éditeur Guillaumin.

lencc ou de la révolte, et aux heureux du jour ce que leurs obligations envers leurs « frères » ont d'impérieux et d'absolu, ne l'a fait avec un plus vif sentiment do la fraternité humaine, de réi^-alitc chrétienne, et de la liberté apostolique.

Nous, cependant, que ferons-nous? Évidemment nous ne sacrifierons ni la science, et encore bien moins l'indépendance de notre pensée. Si nous n'admettons pas que la science puisse jamais remplacer la religion, — et nous en sommes convenus peut-être avec assez de franchise, — nous n'admettrons pas non plus qu'on oppose la religion à la science. L'Église aussi bien ne le demande à personne ; et pourquoi le demanderait-elle, si ce n'est pas elle, mais si ce sont, comme on l'a vu, les Hccckel et les Kenan (1), qui dans le récit

(1) Un journaliste, qui est en même temps une façon d hi'braïsanl, a cru beaucoup m'cnibarra>ser en me demandant où Kenan iiouvait bien avoir exprimé une idée aussi

biblique de la création, par exemple, ont reconnu le plus pur esprit de la doctrine évolutive? J'ajoute que l'impuissance radicale de la science à résoudre les cpiestions dorigine et de fin semble avoir désormais opéré la sé-

saugrcnue. Je m-omprcssc donc de le lui dire. C'est dans son llisloire du peuple dhraiU t. I, pp. 7'.)-80. « Il ne faut pas oublier que le chapitre Berinth a ete de la science à son jour. Le vieil esprit babylonien y Vit encore. La succession des créations et des âges d« ...onde, cette .dee que le monde a un deicni,; une histoire où chaque état sort ,le l'état antérieur par un développement organ.que eta.t un immense progrès... La fausse si.nplicité du .ec.t b,blK,ue « masqué le puissant esprit évolulionoi^ie ««.<■« /«'« '« fond, mais le génie des Darwin ,«c»»"W »!«■ ff"«-y'«<«" possédés il y a quatre mille <^»*- * 9 '"'''''" j^' jours... ». Et dans un autre endroit. '''^' '•''• «'J'^' 388. <- Cette belle page - le récit de h<n*lk. -<il on premier essai d explication des origî..r* *» -«ode. ."^'*quant une très juste idée du dÉvelofpe«rMl^«<cf^"f'^ lunivers. Tout nous invile à chercher lofwo* *t f e«K U.«orie cos,nogonique à Kabjlone. Ce qui '''«''"f '.•*''"';; babylonienne, ce fut la Icnlat.vc d.-ipl.q..« '•••;♦'» l-*' des principes physi-iues. La générMU,» .poM W <o trnnsiormation progressive des H,ts y /•"""' "»'*«"

à l'ordre du jour. » i-^,» .

Quant a., texte dIL-eckel, dont le mimé Journ.-. .Ue »

révoqué rexisten.e en doute, je revote l< ^^'2\).t!iZ mière édition de la trad,.c.ion franr«i«* • Idî»} 4e I «..lo.re de la création naturelle, pp. 35 el Pi.

paration du domaine respectif de la certitude « scientifique », et de la certitude « inspirée ». Tenons-le donc pour dûment acquis : la physique ne peut rien contre le miracle même, puisqu'il se définit par une dérogation de la nature à ses lois ; Texcgèse ne peut rien contre la révélation (1); et j'ose bien avancer que, si l'on fonde jamais une morale purement laïque, une morale indépendante, — je ne dis pas de toute métaphysique, mais de toute religion, — ce n'est pas dans la physiologie que nous lui trouverons

(l)Que « Texôgèso ne puisse rien contre la rëTélalion », et pourquoi, c'est ce que je me suis cftorcé de montrer dans une note luécé^cnle, — voyez p. 21>, 30, 31. —Les mêmes arguments ou les arguments du même genre peuvent servir à montrer que « lu physique ne peut rien contre le miracle ». L absolue nécessité des lois de la nature n'est a|)rès tout qu'un postulat dont nous avons besoin pour asseoir le fondement de la science, et rien ne prouve que ce postulat soit autre chose que l'expression d'une loi toute relative de notre intelligence. Aussi bien la notion de la « contingence des lois de la nature » commence-t-elle depuis quelques années à s'introduire dans la métaphysique même; et on se rend compte de l'abus de raisonnement que Ion commet en niant le surnaturel au nom du ne expérience aussi courte et aussi neuve qu'est la nôtre.

une bîise. L'indépendance de notre pensée n'aura donc à souffrir que dans la mesure cil la foi serait affaire d'expérience et de raisonnement. Mais précisément , la foi n'est affaire ni de raisonnement ni d'expérience. On ne démontre pas la divinité du Christ: on l'afiirme ou on la nie ; on y croit ou on n'y croit pas, comme à l'immortalité de l'àme, comme à l'existence de Dieu (1). C'est pourquoi,

(1) Cette afiirmalion, et je le conçois, a naturellement ému quelques croyants.

• La divinité de Jésus-Christ no »c dé^»w«tr<ï yas. — dites-vous, m'a répondu yisr d'HuIa 4»«l un .ittidi*de la Revue du clergé français^ — on rafllrmeou «i U nir;;«i y croit ou on n'y croit pas, » mais enlin lounpioi y cT»»it-on f Le moindre élève de théologie vou» â\n qw la foi Mnt doute est un assentiment libre de IV^ipril ^>u« radion d'une grâce divine, mais que cet as>«ilim<!i0l M4 éùtttà k la parole de Dieu ; et qu'avant de « donner, 1»^ croyant a besoin de s'assurer que Dieu a vraiment fcirlé. Qu(< la ^Md enseignée par Dieu soit, en elle-même. ac^CieiMe h U tmson, comme l'immortalité de l'âme, c^ InaccMiJMe, ccmmi; le mystère de la Trinité, peu importe; du mcineat t\we Dieu l'enseigne, je dois le croire^ maid^ laqui^tion du savoir si Dieu a enseigné est une question <k fait, ti Tcof uêie i\me j'institue pour la résoudre est d'ordr«f ralionneL On déAit^M* ire la divinité de Ji sus-Christ...

a Cette ignorance de la nature At la (oî tM pour aou>.

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