‹ La science et les lettres en OrientChapitre 30 sur 101 · HISTOIRE RE BOUDDHISME · texte numérisé non relu

HISTOIRE RE BOUDDHISME

tivement. Suit une peinture de l'état de maladie. Le prince réfléchit que lui-même peut être semblable a ce malheureux ; il pense à la triste condition des hommes, et il s’écrie : « Je regarde le corps comme une goutte de pluie ; quel plaisir peut-on goûter dans e

monde? »

Un autre jour, le dieu se changea en un homme mort qu’on portait hors delà ville. Le prince demanda : Qu’est-ce que cela? Les serviteurs lui répondirent : C’est un mort. Qu’est-ce qu’un mort? reprit le prince. Ici, un horrible tableau des suites physiques de la mort . Le prince poussa un long soupir, prononça quelques vers mélancoliques, et s’en revint à son palais, considérant tristement que tous les êtres vivants étaient soumis aux tourments et aux douleurs de la vieillesse, delà maladie et de la mort. Il en était tellement attristé, qu’il ne mangeait plus.

Enfin, le dieu se déguise en religieux, et révèle au prince la vraie doctrine, par laquelle on s’élève audessus des misères de la vie et des vicissitudes de l’être, en supprimant les désirs, et en atteignant, par la quiétude, à la simplicité du cœur. Quand un homme est parvenu à ce point d abnégation, les sons et les couleurs ne peuvent le souiller, les dignités ne peuvent le fléchir ; il est immobile comme la terre, il est délivré de l’affliction et de la douleur, et il obtient le salut par l’extinction.

Telles sont les quatre initiations par lesquelles celle

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curieuse légende conduit le fondateur du bouddhisme a 1 absorption suprême, morne refuge offert par cette religion contemplative et mélancolique contre l’agitation, la douleur, la mortalité, essence de la vie.

Dans la suite delà légende, le dieu emploie un autre moyen pour éclairer le Bouddha sur la misère des êtres vivants. Les ministres du roi, voulant toujours distraire le jeune prince, proposent de lui faire voir les travaux de l’agriculture. « Le prince considérait ceux qui labouraient ; en creusant la terre, on en fil sortir des vers... Un corbeau vint les becqueter et les mangea. Le dieu fil aussitôt paraître un crapaud qui les poursuivit et les avala; puis un serpent à replis tortueux sortitd’un trou et dévora le crapaud; un paon s’abattit en volant et piqua le serpent; un faucon se saisit du paon et le dévora; un vautour fondit sur le faucon à son tour, et le mangea. »

Le Bouddha est ému de compassion en voyant que lousles êtres vivants s’entre-dévorent ainsi, et ce mouvement de pitié l’élève à son premier degré de contemplation.

Enfin, de peur qu’il n’hésite encore à se séparer du inonde, les dieux appellent l’esprit de satiété dans son palais. Tandis qu’on dormait, toutes les parties du palais furent changées en tombeaux; les femmes du prince et leurs suivantes changées en cadavres, dont les ossements étaient dispersés. Le prince, voyant les Salles du palais changées en tombeaux, et, parmi ces

HISTOIRE DU BOUDDHISME tombeaux, les oiseaux de proie, les renards, des loups, les oiseaux qui volent et les bêtes qui marchent; voyant que tout ce qui existe est comme une illusion, un changement, un songe, une voix, que tout retourne au vide, et qu’il faut être insensé pour s’y attacher, fait seller son cheval, et va dans la solitude et la contemplation s’affranchir des douleurs des trois mondes.

Dans ces légendes poétiques et populaires respirent les deux sentiments qui ont inspiré le bouddhisme, une profonde commisération pour la souffrance universelle des êtres, et par suite une aversion quiétiste pour la vie, un besoin immense d’échapper aux troubles de l’existence, de se plonger, de se noyer dans l’océan de l’infini, pour ne plus sentir à la surface l’agitation des flots.

Ce qui se rapporte à la conversion du Bouddha, est la partie de la légende qui caractérise le mieux la doctrine de son héros. Mais il est beaucoup d’autres récifs intéressants mentionnés dans la relation du voyageur chinois, ou rapportés dans les notes des éditeurs. Telle est la naissance merveilleuse du Bouddha, issu d’une vierge, événement salué par les dieux, les génies, les prêtres des autres religions, enfin par tous les êtres; telles sont les tentations de diverses natures auxquelles il fut exposé, tantôt par les charmes des trois filles de Jaspe, qui voulaient le troubler dans sa solitude, el que d’un mot il changea en vieilles femmes, de sorte, dit la légende, qu’elles furent obligées

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de se servir de bâtons pour retourner d’où elles étaient venues ; tantôt de la part d’un mauvais esprit son ennemi, qui, à la tête de dix-huit cent mille démons, s’efforce de l’épouvanter par ses prestiges. Ici plusieurs détails rappellent la tentation de saint Antoine. « Ces démons prirent la forme de lions, d’ours, de rhinocéros, de tigres, d’éléphants, de bœufs, de chevaux, de chiens, de porcs et de singes; on en voyait qui avaient des têtes d’animaux sur des corps humains, d’aulres#qui avaient des corps de serpents venimeux et des têtes de tortue à six yeux ; il y en avait à plusieurs têtes avec des dents et des griffes crochues ; ils portaient des montagnes sur le dos, faisaient sortir de leur bouche du feu, des tonnerres et des éclairs. » Ne dirait-on pas queFa-Ilien connaissait Callot?

Enfin la mort du Bouddha, c’est-à-dire son absorption dans l’essence absolue ou le vide infini, est une circonstance dont le souvenir revient plusieurs fois dans le récit de Fa-IIien, dont la légende s’est emparée, qu’elle a entourée de merveilleux et de poésie, enfin que l’art a reçue de ses mains, et a traitée à son tour avec un certain grandiose peu ordinaire en ces contrées. J’ai vu à Leyde le tableau japonais de la mort du Bouddha, dont M. Siebold a donné la gravure dans son ouvrage sur le Japon, et j’ai été frappé du caractère de majestueuse tristesse, de recueillement douloureux, empreint sur toute cette composition, dans laquelle les dieux, les hommes, les animaux, la

HISTOIRE DU BOUDDHISME nature entière, entourent d’un deuil universel le ‘cadavre du sauveur des mondes.

Tous les pays où le bouddhisme s’est établi, offrent des traces de la présence de son divin fondateur et des merveilles qu’il a opérées. On montre l’empreinte de son pied dans une foule de lieux ; la plus célèbre est celle de Ceylan, où des chrétiens peu éclairés ont cru voir un vestige de la présence d’Adam. Souvent ces traditions locales sont extrêmement puériles1 ; mais il en est aussi de touchantes, il en est qui expriment d’une manière naïve le sentiment d’humanité, qui est le plus beau trait de la morale bouddhique et de la vie légendaire du Bouddha.

< Ainsi, sans être un pèlerin croyant comme Fa-Hien, on pourrait être ému en voyant le lieu où le Bouddha, fuyant ses ennemis et abandonnant son royaump, trouva un pauvre brahmane qui demandait l’aumône. Ayant perdu son royaume et son rang, n’ayant plus rien, il commanda qu’on le liât lui-même et qu’on le livrât au roi son ennemi, afin que l’argent qu’on donnerait pour lui servît d’aumône.

Et remarquez que le mendiant pour qui le Bouddha se dévoue ainsi, est un brahmane, c’est-à-dire appartient à la caste des persécuteurs et des persécuteurs quelquefois atroces du boiftdhisme. Le bouddhisme,

1 Telle est celle de l’ermite du grand arbre, qui maudit quatrevingt-dix-neuf femmes, lesquelles au même moment devinrent loules bossues.

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