‹ La science et les lettres en OrientChapitre 50 sur 101 · I. A SCIENCE EN UKIENT · texte numérisé non relu

I. A SCIENCE EN UKIENT

à son père, mais il ajoute : « Dieu m’est témoin, ù homme pur ! que mon cœur saignera de te voir porter des liens. Le roi m’a promis la couronne ; dès que je l’aurai placée sur ma tète, je te renverrai avec des présents dans la patrie. »

Aucun des deux ne peut céder avec honneur : il faut donc combattre. En attendant, llustem s'assied à la droite d’Isl'endiar sur un siège d’or, et ils se livrent ensemble à la joie du Destin. Les deux guerriers se racontent mutuellement la longue histoire de leurs exploits, entremêlée de bravades cordiales et de gaietés héroïques.

« Isfendiar prit en souriant la main de llustem, cl dit : « Tu es plus fort qu’un lion, tu as la poitrine et « les épaules d'un dragon. » En môme temps il lui serra la main, de sorte que le sang jaillit sous les ongles; mais l’homme pur demeura immobile. Le vieillard rit du jeune homme, et, prenant sa main, il dit : «Heureux Gustasp! d’avoir un fils tel qu’Isfen- « diar ! » En prononçant ces mots, il lui pressa si fortement la main, que le visage du brave devint rouge et que ses ongles ruisselèrent de sang. Isfendiar se prit à rire, et dit : « Bois à celte heure, je le com- « battrai demain ; quand je t’aurai terrassé, je le dé- « livrerai de tout souci et de tout mal, et je te com- « blcrai de richesses. » Bustem répondit en riant : « Ainsi, demain, au lieu de vin, nous verserons du « sang. Homme contre homme, avec le glaive et la

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« massue, .nous accompagnerons le chant de guerre; « alors tu connaîtras ce qu’est le combat des héros. « Je t'enlèverai de ta selle, je le porterai devant mon « père Zal, je te placerai sur un trône d’or, cl je dé- « ploierai mes richesses devant loi, pour que lu clioi- « sisses ce qui te plaira. »

Voilà de la courtoisie héroïque, et, en lisant cet entretien des preux de l’Iran, on peut s’écrier comme Arioste :

ü gran bontà dei cavalieri anticlii !

Le lendemain, les deux champions brisent d’abord leurs lances l’un contre l’autre, puis ils saisissent le glaive et la massue, et s’attaquent avec fureur. Les llèches d’Isfendiar percent la peau de ligre, vêtement jusque-là impénétrable, de Rustem. Le héros et son coursier sont couverts de blessures ; Isfendiar n en a reçu aucune, son corps est fée, comme disaient les romanciers du moyen âge. Rustem, criblé de plaies, n’en traverse pas moins à la nage le fleuve qui le sépare de sa demeure, et il échappe ainsi à son adversaire, qui croyait déjà triompher. Dans sa détresse, il appelle le simurgh, l’oiseau qui a nourri son père et qui protège sa race ; le simurgh vient guérir ses blessures et lui enseigner les moyens de vaincre Isfendiar. Zoroastre avait enchanté les armes de ce guerrier ; il avait aussi versé une eau magique sur sa tète pour le

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rendre invulnérable ; mais, pendant cette opération, Isfendiar avait fermé les yeux, et le charme n’avait pu s’étendre à eux. Ainsi Achille, tenu par le talon tandis qu’on le trempait dans les eaux du Styx , était vulnérable seulement par cet endroit ; ainsi la tradition germanique raconte que le sang du dragon dans lequel se lava Sigurd produisit le même effet sur toute sa personne, excepté sur l’espace qu’une feuille de saule, tombée par hasard, couvrit pour son malheur. La coïncidence et la diversité des trois récits méritent d’être remarquées.

Lesimurgh ne se contente pas d’apprendre à Ruslem le secret de la faiblesse d’isfendiïrr, il lui découvre le moyen d’en triompher. A une branche d'orme est attachée la vie du fils de Gustasp. Instruit par le siiniirgh, Riistem coupe le rameau fatal, le durcit au feu, y adapte un fer de flèche, et lance le trait magique dans les yeux d’Isfendiar, qui tombe blessé mortellement.

Ici encore on peut relever une singulière ressemblance de la tradition persane avec la tradition germanique. Quoi de plus semblable à la branche d’orme par laquelle périt Isfendiar, que le rameau de Mistelstein qui tue Balder l‘l

Le mourant parle à son vainqueur sans haine, et lui confie son tils Bàhman : Rustem pleure sur son

1 Voyez sur ce mythe mon analyse des Dieux du bord, poème d'Œienschlæger. Littérature et Voilages, p. 93, in-1‘2. Didier et. Cle.

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ennemi tombé, et tous pleurent spr Ruslem, cor les sages ont prédit que le loi de la mort doit échoir à celui qui aura tué Isfendiar. En effet, cette catastrophe approche, et le héros contemporain des générations écoulées, celui qui restait depuis sept siècles debout à côté du trône occupé tour à tour par Kobad, Kaous, Khosrou, Lohrasp, Gustasp, comme s’il eût été une incarnation immortelle du génie héroïque de l’Iran, Rustcm doit tomber à son tour. Mais ce n'est pas la force, c’est la trahison qui l’abattra : dernier rapport de ce personnage avec le héros grec et le héros germanique, avec Achille et Sigefrid.

Un frère de Rustem, Schégad, concerte avec un roi de Caboul la mort du héros. Le roi de Caboul invite, sous un semblant d’amitié, Rustem à venir le visiter dans ses États ; puis il fait creuser des fosses que l’on remplit de lances, de glaives, de pieux aigus, et qu’on recouvre avec soin de branchages. On sert à l’hôte illustre un joyeux festin dans la forêt; après le festin, le roi de Caboul propose à Rustem une grande chasse; Rustem monte à cheval, et, guidé par le perfide Schégad, arrive au bord d’une des fosses creusées pour le perdre. Raksch flaire la terre fraîchement remuée, se dresse et piétine sans vouloir avancer; mais Rustem, que sa destinée aveugle, le frappe du fouet : la terre cède sous les pieds de Raksch : cheval el cavalier tombent ensemble et sont percés tous deux.

Le héros jette un profond soupir : «On t’a appelé le

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