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Il a pour héros des personnages qui représentent des dynasties et des époques. Le règne de Djemschid dure sept cents ans, et celui de Zohak endure mille. Ce sont deux périodes de l’histoire. Rustem vit aussi longtemps que Djemschid; il est le contemporain d’une foule de rois et survit à tous. Rustem est sans doute le représentant d’une dynastie indépendante, établie dans le Seistan. L’unité du Livre des Rois , c’est donc l’unité meme de la tradition persane. Il existe dans notre littérature du moyen âge un ouvrage dont la composition offre quelque rapport avec celle du Schah-Nameli ; c'est le roman de Brut qui contient toute la série fabuleuse des rois bretons, depuis Brut, fils d’Hector, jusqu’à la tin de la nationalité bretonne.
Ce long poème a été versifié par Wace d’après un original latin, comme le Livre des Rois a été écrit par Firdousi d’après un texte pehlwi. Il contient de même toute l'histoire légendaire d’un peuple. Hâtons-nous de dire que là se borne la ressemblance. À part l'incommensurable distance qui sépare un poêle, objet de la vénération des siècles, et un humble rimeur qui n’est lu que par les curieux, les récits puisés par Wace dans la chronique de Geoffroi de Monmouth offrent en général des fables forgées à plaisir ou nées de l’altération qu’a fait subir à l’histoire mal connue une érudition incomplète. La base de Firdousi, c’est la tradition vivante et populaire. Il y a entre les originaux, aussi bien qu’entre les auteurs, toute la différence qui sé*
LA SCIENCE EN OlUENT
pare un pédanl d’un poêle. J'aimerais mieux rapprocher du Livre des Rois ce que devait être le poëme de Rome par Enmus, et ce qu’aurait été celui de Virgile, s’il eût traité ce sujet comme il en avait conçu, dit-on, la pensée dans sa jeunesse.
Un tait prouve la popularité de la tradition qui sert de base au poëme de Firdousi, et la célébrité de ce poëme lui-même, c’est qu’un grand nombre de lieux présentent aujourd’hui de prétendues traces des personnages cl des événements dont il est fait mention dans le Livre des Rois. On croit voir encore Zohak suspendu aux rochers du Mazenderan, el les ruines de Persépolis s’appellent le trône de Djemschid. Mais c’est liusteih qui, plus que tout autre personnage, a attaché des souvenirs et un nom à de nombreuses localités. De même qu’on montre dans les Pyrénées la brèche de Roland, de même qu’au moyen âge on appelait le golfe de Gascogne la mer de Roland, et grotte de Roland une caverne de l’Etna, de même dans le Mazenderan on nomme un tertre surmonté de quelques ruines le Trône de Rustem1. Dans cette province, où il accomplit une expédition célébrée par Firdousi, trois cents villages portent son nom2. On y a même placé, par une de ces confusions que la tradition se permet volontiers, le château d’Hamaveran, qui devait être fort loin de là, uniquement peut-être parce
1 Rilter, Géographie, t. V1LI, page 527.
2 Ibid., page 184.
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que lu conquête du Hamaveran vient, dans le Livre des Rois , immédiatement après celle du Mazenderan. Ailleurs, de .grands blocs de pierre passent pour être de gigantesques vestiges que le chameau de Rustem a laissés derrière lui en traversant le désert. On appelle sculptures de Rustem des figures gravées sur le roc dans les environs de Persépolis, bien qu’elles ne remontent pas plus haut que les Sassariides. Une vallée du Seistan, patrie de Rustem, porte encore le nom de son fils Zohrab. Cette province, aujourd'hui peu habitée, montre des restes frappants d’une ancienne splendeur. On y trouve d’immenses ruines. Celles qu’on voit près d’Ielalabad, couvrent un aussi grand espace de terrain que la ville d’Ispahan '. Ce sont là les traces imposantes de celle dynastie du Seislan personnifiée dans Rustem. D’autres monuments encore, au nombre desquels était une digue, furent détruits au temps de Tamerlan; la capitale du pays fut saccagée, et alors, disent les historiens persans, il s’éleva un cri qui se répandit à travers le Seistan et qui évoquait ainsi l’ombre de Rustem : « Lève ta tête hors de ton sépulcre, et vois l’Iran tout entier aux mains de ton ennemi, aux mains des guerriers de Touran. » Bien plus, dans les dernières guerres, les exploits de Rustem étaient encore chantés avant l’action, comme la bataille de Roncevaux l’était sous le roi Jean. Dans ce
1 Ilitter, Géographie, t. VIII, page 152.