LE BH A. GAV ATA-PUR A N A
Le panthéisme est l’idée dominante des religions et des philosophies de l’Inde, et se retrouve sans cesse dans les Pouranas. Elle y est exprimée sous mille formes, reproduite sous mille aspects, et on peut dire que la poésie hindoue est la manifestation multiple d'une môme pensée, comme l’univers, selon la croyance hindoue, est lui-même la manifestation infiniment variée d’un même principe.
On ne saurait se figurer les tours de force de langage, les métaphores, les comparaisons, par lesquels l’imagination du poète métaphysicien s’efforce de rendre sensible ce qu’il y a de plus difficile à comprendre dans le dogme du panthéisme. Quelquefois elle appelle à son secours une gracieuse similitude : « Comme l’air qui s’exhale par les trous d’une flûte produit la distinction des notes qui composent la gamme, ainsi la nature du grand esprit, simple dans son essence, devient multiple par les conséquences de son action. » Tantôt c’est par les peintures les plus étranges que l’auteur du Vichnou-Purâna cherche à faire entrer dans les esprits cette idée fondamentale de sa foi, savoir, que Vichnou est tout, que tout est Vichnou. « Comme créateur, dit-il, il se crée lui-même 1 ; comme destructeur, il se détruit lui -même, à la fin de chaque période delà vie de l’univers. »
L’idée panthéiste appliquée à la mythologie produit
' Vishnu-Purâna, pag. 20.
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les conceptions les plus bizarres. Ainsi, quand Krichna , qui est une incarnation de Viclinou, a décidé les bergères, au milieu desquelles s’écoule sa folâtre jeunesse, à sacrifier aux montagnes, Krichna se présente sur le sommet de l'une d’elles, en disant : « Je suis la montagne, » tandis que sous une autre forme il gravissait la montagne avec les bergères et adorait son autre moi *.
Ce panthéisme a deux formes, l’une grossière, l’autre plus épurée ; l’une empreinte d’un épais matérialisme, l’autre d’un idéalisme raffiné. Dans le premier point de vue, Viclinou est. le monde. Les divers membres de son grand corps sont les diverses portions de l’univers ; ses os sont les montagnes, les fleuves sont ses veines, son souille est le vent, sa vue est le soleil. Mais la méditation qui le contemple ainsi comme un dieu-monde ne doit être qu’un degré pour s’élever aie considérer, non plus comme la collection des êtres, mais comme le principe qui, uni aux choses et cependant distinct d’elles, existe partout et toujours 2.
Ainsi on passe du point de vue matérialiste au point de vue idéaliste; mais le besoin d’unité, ce besoin binèrent aux spéculations métaphysiques du génie hindou, le ramène au panthéisme par une étrange voie. S’étant élevé à concevoir le principe unique des êtres
comme quelque chose de supérieur aux êtres, qui n’en *
1 Vislmu-Purâna, pag. 525.
2 lîhâgavntn-Pnrûna, png. 275.