LE B H AG AV AT A- PE RAÎS A
a point les qualités, quelque chose d'absolu, pour me servir du langage occidental, le génie métaphysique de l’Inde tranche la grande difficulté philosophique, celle qui est au fond de tous les systèmes, le rapport de l’absolu au relatif, de l'infini au fini, de Dieu au monde; il la tranche par un coup d audace que les plus grandes hardiesses de la spéculation n ont jamais surpassé; il déclare que le monde ri est pas, que la pensée n’est pas, que Dieu seul existe dans son incompréhensible unité, que tout le reste est produit par une illusion [maya), par un reflet fantastique de l’être invisible. Tout est donc un produit des jeux de Viclinou. On comprend maintenant comment le dieu était à la fois la montagne qu’on adorait, et ceux qui adoraient la montagne. On conçoit comment le poète peut s’écrier : « Essentiellement unique, lu te doubles, à l’aide de ta mystérieuse maya , ce désir de créer que lu conçois en toi-même; et, semblable à l'araignée, lu produis et conserves, à l’aide de ton énergie, cet univers que tu feras rentrer un jour dans ton sein '. »
Ce système, dans lequel l’univers est le produit de la mâijû., de l'illusion née de Vichnou. est particulièrement développé dans le Bhâyavata-Purâna traduit par M. Burnouf, et donne un grand prix à cet ouvrage, qui devient par là l’exposition souvent très-énergique des idées philosophiques de deux écoles célèbres dans l’Inde, l’école Sankhva et l’école Védanla.
! lUiûgavala-Purâna, pog\ 475.
LA SCIENCE EN (HUENT
La philosophie indienne est arrivée à l’idéalisme comme la philosophie grecque avec Parménide1, la philosophie anglaise avec Berkeley, la philosophie allemande avec Fichtc et Schelling; mais nul de ces hardis penseurs n'a égalé la hardiesse de l’Indien Kapila, qui, dans le B h û <ja v ata-Pur an a , rempli par l’exposition do sa doctrine, figure comme une incarnation de Vichnou, Au point de vue de l’idéalisme indien, tout naît de la pensée divine, tout n’exislc que par celle pensée et dans cette pensée. Les qualités des êtres sont le produit de l’illusion, car la substance absolue, considérée en elle-même, n'a- point d’attributs.
« Pénétrant au sein des qualités manifestées par maya comme s’il avait des qualités lui-même, 1 être apparaît au dehors, poussé par 1 énergie de sa pensée2.
« Car, de même que c’est un seul et même leu qui brille dans tous les bois où il se manifeste, ainsi 1 esprit, unique, âme de l’univers, enfermé dans chacun des êtres où il réside, apparaît comme s il était multiple. » ,
Non-seulement l’esprit divin produit l’apparence des êtres par la manifestation de sa pensée, mais encore il est leur pensée, il perçoit en eux ’. Ainsi la percep-
1 M. Cousin, dans un remarquable morceau sur Zenon d’Elée, a exprimé avec une grande vigueur ce point de vue de l’unité absolue qui est commun à l’école d’Élée et aux Pouranas: «unité sans nombre, éternité sans temps, immensité sans forme, intelligence sans pensée, pure essence sans qualité. »
- Bhâgavala-Purâna, pag. 17.
3 Ibid., versel 52