‹ La science et les lettres en OrientChapitre 73 sur 101 · LE J) II AG A V AT A -PUR A N A * 3'JÜ · texte numérisé non relu

LE J) II AG A V AT A -PUR A N A * 3'JÜ

lui, la vie esl une chute, une peine, une dégradation.

Comment l'homme se dérobera-l-il à tant de misère? comment échappera-t-il à son humiliante et douloureuse condition? En résistant à scs désirs, en s élevant au-dessus des sens, en se livrant à la conlemplation et en fuyant les œuvres, car les œuvres nous plongent dans le monde de l’illusion et nous écartent du principe invisible. Telle esl la base du quiétisme indien, dont l’expression se retrouve sans cesse dans les Pouranas, et dont il est dit : « La contemplation de Vichnou 1 est comme un glaive avec lequel les hommes sages tranchent le lien de l’action qui enchaîne la conscience. »

La contemplation est un étal particulier qui a ses règles. Les Hindous appellent yoga l’extase par laquelle ils prétendent s’élever au-dessus de l’action, de la science, de la vie, s’unir à la Divinité même en s’absorbant dans son sein. Il existe une méthode et des procédés techniques, dont quelques-uns sont assez ridicules, pour parvenir à celte extase contemplative, à cet étal d'impassibilité suprême, au moyen duquel les ascètes arrivent à se perdre en Dieu :

« Que l’ascète qui veut abandonner ce' monde 2, assis sur un siège solide et commode, ne s’occupe ni du temps ni du lieu, et que, maître de sa respiration, il contienne son souffle en son cœur.

1 Vishnu-Purûna, pag. 15.

s Bhdyavala-Vurâna, pag. 200.

LA SCIENCE EN ORIENT

« Absorbant son cœur dans son intelligence puriliée, celle-ci dans le principe qui voit en nous, celui-ci dans sa propre âme, identifiant son âme avec l’âme universelle, que le sage, plein de fermeté, en possession du repos absolu, s’abstienne de toute action. »

La perfection de l’état à'yoya est décrite ainsi 1 : « Quand, éloigné de tous les objets, le cœur ne connaît plus rien où se porter, et qu’il s’est détaché de tout, il disparaît aussitôt, semblable à la flamme qui s’éteint; dans cet état, l’homme, désormais à l'abri du courant des qualités, voit sous son regard même son esprit qui est unique et dont il ne se distingue plus.

« Ainsi absorbé par cet anéantissement final du cœur au sein de la suprême majesté, l’homme, placé en dehors du plaisir cl de la peine, rapporte l’origine de celle double imperfection à la personnalité, à celte cause d’action qui n’existe réellement pas, parce qu’il a saisi dans son propre sein la substance de l’esprit suprême.

« Étant ainsi parvenu à reconnaître ce qui le conslitu&lui-mcme, le Siddha parfait ne fait plus aucune attention à son corps ; soit que, sous l’empire du destin, ce corps vienne de se lever, et qu’il soit debout, soit qu’il ait quitté ou repris sa place, il ne le distingue pas plus qu’un homme aveuglé par les vapeurs d’une liqueur enivrante ne remarque l’état du vêlement qui enveloppe ses reins.

1 Bhûgavata-Purâna , pag. 551.

Page 1