‹ La science et les lettres en OrientChapitre 93 sur 101 · I. A SCIENCE EN ORIENT · texte numérisé non relu

I. A SCIENCE EN ORIENT

eaux, elle se précipite sur la tôle fortunée du dieu. La déesse se disait : Certainement je pénétrerai jusqu'aux enfers, et j’entraînerai Siva avec mes Ilots; mais le dieu se dit à son tour : Je saurai l’humilier. En effet, il la laissa, durant des années, s’égarer parmi les boucles de sa chevelure, semblable aux forêts de rilimalaya; il fallut encore de nouvelles austérités du descendant de Sagara pour délivrer Ganga, prisonnière dans l’immense chevelure de Siva. Enfin celui-ci écarte une boucle de ses cheveux, et le Gange se répand sur la terre, le Gange, fleuve divin, immaculé, qui purifie le monde. Les dieux et les sages célestes, les génies, les bienheureux, s’avancent pour le contempler sur des chars, des chevaux et des éléphants, ou en volant à travers les airs; des divinités se plongent dans les ondes sacrées, el le grandBrahma lui-même, le père de l’univers, suit le courant divin. Les pierreries qui forment la parure des dieuxresplendissenl, le ciel sans nuage semble éclairé de mille soleils; des poissons et des dauphins sillonnent l’air en tombant comme des éclairs, et les flots blanchissants d’écume, dispersés dans l'espace, semblent des troupes de cygnes volant sous un ciel d’automne. Ici le fleuve s'élance d’un cours rapide, là il se traîne dans un lit tortueux; ici il s’épanche sur une vaste étendue, là ses eaux sont presque immobiles. Tous les êtres, en se baignant dans les ondes pures qui se sont réunies sur le corps sacrédeSiva, étaient lavésde leurs souillures;

l.E R AM A Y AN A

ceux qui, par l'effet de quelque malédiction, étaient tombés du ciel sur la terre, purifiés de nouveau, remontaient aux demeures éthérées. Les sages divins murmuraient des prières, les musiciens célestes chantaient, les belles Apsaras formaient des chœurs de danse; les troupes de pénitents se réjouissaient. L univers entier était dans l’allégresse; la descente de Ganga remplissait de joie les trois mondes. Le sage roi Bhagirata, assis sur son char, s’avançait au-devant de tous; le Gange le suivait. Traînant ses grands flots couronnés d’écumej précipitant sa course rapide et roulant ses impétueux tourbillons, le fleuve semblait suivre le roi en dansant. Arrivés au bord de l’océan, le roi et le fleuve entrèrent dans le sein de la terre par la voie qu'avaient creusée les fils de Sagara. Dès que le fleuve saint eut touché les cendres des Sagarides, ils prirent soudain des formes divines et montèrent au ciel. »

Tels sont les principaux traits de cet étrange et magnifique épisode choisis dans les deux versions que j’ai sous les yeux. Il me parait impossible que, malgré la bizarrerie de certains détails, on ne soit pas frappéd’un grand air de poésie répandu sur ce morceau célèbre. Ce ne sont pas les proportions harmonieuses de l’art grec, cê sont les proportions gigantesques de l’art oriental ; ce n’est pas l'Apollon du. Belvédère, ce sont les colosses de Memphis ou de Ninive; ce n’est pas le Parlhénon, c’est Karnac; ce n'est pas l’Olympe, c’est l'Ilimulaya.

LA SCIENCE EN ORIENT

Par la môme raison, il ne faut pas demander à Valmiki d’être un Homère. Il y a bien entre eux quelques rapports; la poésie de tous deux est une poésie non écrite, chantée par des rhapsodes. C’est probablement cette analogiequi avait fait croiie aux Grecs que les Indiens chantaient les poèmes d’Homère traduits dans leur langue. 11 y a même dans le Râmâyana quelques traits d’imagination qui rappellent Vlüade.

| .es coursiers pleurent le héros; les dieux d Homère font trois pas, cl ils atteignent aux extrémités de l’univers ; de même le dieu Vichnou fai't trois pas et franchit les trois mondes. Ici le nombre des pas est expliqué par le nombre des mondes, ce qui semble indiquer l’origine mythologique de l’allure qu Homère donne a ses dieux; mais ce n est pas le lieu de s arrêter «à ces lessemblances des mythes indiens et des mythes grecs dont le Râmâyana nous fournirait d’autres exemples et je me bornerai à quelques rapprochements entre les deux poésies.

Une grande infériorité de la poésie indienne, c est le vague des descriptions. Un trait pittoresque suffit à Homère pour caractériser une localité; il n en est pas de. même dans le Râmâyana. Une énumération

souvent assez prolixe de circonstances banales ne laisse

i La vache d’abondance, qui prodigue toules sortes de biens, pourrait être l’origine de la corne d’abondance. La lutte des Suras ci des Asuras ressemble beaucoup à la lutte des dieux et des Titans. Indra l’emporte comme Jupiter.

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