LE II A M A Y A N A
au lecteur aucune impression distincte et individuelle. Toutes les forêts se ressemblent; il y a pour toutes un lieu commun descriptif qui se reproduit avec peu de variations. La peinture de la ville d’Ayodia est trèsfrappante, et, comme je l’ai fait remarquer, donne l’idée d’une civilisation assez avancée; mais rien n’y est particularisé, rien n’y fait connaître la situation cl l’aspect d’Ayodia. Souvent une épithète homérique a suffi pour indiquer aux géographes le site d’une ville grecque. Si les débris de l'antique cité indienne n’en marquaient encore aujourd’hui l’emplacement, je crois qu’on aurait eu quelque peine à le déterminer, malgré le chapitre entier du Rdmûyana qui porte le titre de Description d' Aijodia et qui a quarante vers.
La sévérité du goût occidental pourrait reprocher aussi à cette riche poésie de l’Inde une prodigalité, une exubérance trop gronde d’épithètes et d images ; on trouve quatre comparaisons de suite pour désigner le même objet. Ainsi la belle Ahalya, devenue invisible par un enchantement, est comparée à une image aérienne et insaisissable' formée par Brahma, à une vive flamme que voile la fumée, à la pleine lune entourée de nuages, à la clarté du soleil réiléchi dans l’eau. Chacune de ces comparaisons est ingénieuse, mais c’est trop de moitié. Homère n’en a jamais employé plus de deux pour le même objet. Ailleurs cette accumulation est encore moins heureuse. Le père