I, E R A MA VAN A
gravite un peu archaïque, assez en harmonie avec le caractère grandiose de l'épopée primitive l. Quant à M. Gorresio, il a voulu faire une œuvre nationale, et il s’est servi de la langue italienne, qui, pour la première fois, avait à reproduire les hardiesses et les richesses de la poésie indienne. M. Gorresio n’est pas seulement un érudit, il est aussi un écrivain. En même temps que l'indianiste habile fait un choix savant entre les leçons et les variantes, l’homme d’imagination aspire à transporter dans son idiome maternel les beautés de l’antique idiome: lutte laborieuse et assez semblable à celle que Rama lui-même soutient contre les géants. C’est aussi contre un géant que lutte M. Gorresio; aussi rassemble-t-il toutes ses forces et toutes ses armes. La langue qu’il manie est trempée aux bonnes sources; on voit qu’elle a été forgée sur la puissante enclume de Dante. Quelques mots comme tartaro , bardo , ont peut-être une physionomie un peu classique ou un peu moderne; la difficulté de traduire sans trop de périphrases les épithètes complexes qui abondent dans l’original a entraîné le traducteur à user d'un expédient que je ne lui conseille pas de renouveler : c’est de rendre par un mot grec de sa composition, lotophyllope, cette désignation
1 Seulement l’empreinte classique efface parfois la couleur locale. Les quatuor civium ordines ne produisent pas tout à fait sur l’imagination le même effet que les quatre castes, en sanskrit les quatre cnutrurK.