‹ La science et les lettres en OrientChapitre 15 sur 68 · L1EOU-TSONG · texte numérisé non relu

L1EOU-TSONG

J’ai un mot à vous dire, femme; puis-je risquer de le dire?

LA FEMME

Parlez.

LIE0U-TS0XG

Oh! j’attendrai bien impatiemment de vous une lettre de félicitation..., Siao-mei est maintenant enceinte... Qu elle mette au monde un fils ou une fille, son enfant sera votre propriété ; alors vous pourrez tirer un loyer de ses services ou le vendre comme il vous conviendra le mieux. Vous en serez entièrement la maîtresse.

LA FEMME

Bien dit, mon mari.

UEOU-TSONG

Ma femme!...

LA FEMME

Qu’avcz-vous à me dire?

LIEOÜ-TSONG

Celle jeune Siao-mei vous a cause quelquefois de l'ennui, et je crains qu elle ne continue à vous importuner. Quand elle méritera d’ôlrc châtiée, chàliez-Ia pour l'amour de moi ; ne vous contentez pas de la gronder...

Puis, avant de s’éloigner, il demande pour elle un traitement plus doux. La double faiblesse du vieux mari vis-à-vis de ses deux femmes est admirablement peinte dans celle scène.

Le gendre de Lieou-lsong, pour éviter de céder le tout ou la moitié de la succession de son beau-père au fils ou à la fille de Siao-mei, imagine de faire disparaître celle-ci et de dire qu'elle a fui volontairement. On conçoit le désespoir du bonhomme. 11 ne peut pas croire à son malheur, il fond en larmes, il ose môme se révolter contre sa femme. 11 veut qu’on aille afficher aux quatre portes de la ville que le lendemain il fera des aumônes aux mendiants qui se présenteront à la porte d’un temple. Il accuse son avarice passée de son infortune présente , cependant il prend le ciel à témoin qu’il s’est repenti. Tous ces mouvements sont

pleins de vérité et d’un comique mêlé. d'émotion. On fait par ordre de Lieou-tsong des distributions à la porte du temple. Les mendiants se querellent, et le vieillard 'entend l’un d’eux dire à l’autre ce qui dans les idées chinoises est la plus grande injure : Misérable qui nas pas d'enfant! Ce mot le frappe au cœur et renouvelle amèrement toutes ses peines. Il y a là un effet dramatique profondément senti.

L’infortuné neveu qui a dépensé les deux cents onces vient demander à son oncle de lui prêter quelque argent. Le pauvre oncle prie d’abord sa redoutable compagne de s’éloigner, en lui disant qu'il va tancer vertement son mauvais sujet de neveu. Seul avec lui, il le plaint et pleure sur son sort. L'intraitable épouse rentre et dit brusquement : Qu’est-ce que cela signifie? vous pleurez, je crois?

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