‹ La science et les lettres en OrientChapitre 25 sur 68 · I.R SC1I A ll-N AM K II · texte numérisé non relu

I.R SC1I A ll-N AM K II

Ici s’arrête la traduction de M. Mohl. Pour faire apprécier l’étendue de l'œuvre qu’il a entreprise, je vais continuer à donner l’analyse du Livre des Rois d’après Gonrres. Je serai encore plus succinct que je ne l’ai été jusqu’ici; en abrégeant cet abrégé, ma seule intention est de dessiner le contour de la composition gigantesque de Eirdousi.

Après son expédition dans le Mazenderan, Kaousen entreprend une autre qui n'a pas beaucoup plus de succès. Séduit par son amour pour la fille du roi du llamaveran, il est fait prisonnier, et c'est encore le vaillant Ruslem qui vient délivrer l'imprudent monarque.

Enfin, le délire de son orgueil est porté au comble. Tenté par les mauvais esprits, il ne se contente plus de régner en paix sur le monde; il veut s’élever vers le ciel pour aller voir ce qui se passe dans les régions interdites à l’homme. Des vautours l’emportent d’abord à travers les airs, puis le précipitent sur la terre. Instruit par celle chute, il se repent de sa folle ambition et s'humilie devant Dieu.

» « baissons le roi Kaous et insérons ici une narra-

tion sur Rustem, pleine de couleur et de parfum. » C’est ainsi que le poêle annonce le récit assez insignifiant d’une chasse entreprise par Rustem sur les terres ennemies et de la bataille qui s’ensuivit.

Ces grandes chasses, qui durent plusieurs jours, quelquefois plusieurs semaines, qu’on entreprend à la

lêle d'une petite armée, sont tout à fait dans les mœurs de l’Asie. En même temps, l'espèce de défi qui consiste à chasser joyeusement sur le territoire d’un ennemi est exprimé ici à peu près dans les mômes termes que dans la fameuse ballade anglaise, la Chasse de Cheviot, que le classique Addisson a comparée à un chant d’Homère : « Percy,duNorthumberland, fit vœu à Dieu qu’il chasserait dans les montagnes de Cheviot pendant trois jours, en dépit du vaillant Douglas et de tous ceux qui pourraient être avec lui... » Une autre histoire, que Firdousi nomme à bon droit pleine de larmes , c'est la célèbre et touchante aventure de la mort du fils de Rustem, l’infortuné Zohrab. Le poète commence par retracer la romanesque naissance du jeune héros, avant de raconter sa mort. Dans une chasse entreprise, comme la précédente, sur les frontières du Touran, Rustem avait perdu son bon cheval Raksch; Rustem sans Raksch, c’est comme Renaud sans Bayard. Accueilli par l’hospitalité empressée et tremblante du roi de Semenkan, Rustem dormait, après avoir bu largement, quand la belle Tehminé vient dans la nuit lui offrir son amour. Les prouesses du guerrier avaient fait naître dans le cœur de la jeune fille un sentiment non moins exalté que tendre, et qui s’exprime dans des termes que ne désavouerait pas l’héroïne d’un roman de chevalerie, sauf je ne sais quoi de grandiose et d'un peu sauvage, où l’on sent une poésie plus lointaine et plus naïve.

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