‹ La science et les lettres en OrientChapitre 61 sur 68 · I. E RAM A VA S A · texte numérisé non relu

I. E RAM A VA S A

est une manière de bicoque eu comparaison de ia ville d Ayodhya. Valmiki la dépeint rempliede jardins, ayant même ses boulevards plantés 1 ; il mentionne les places publiques ornées de fontaines, les rues encombrées p3r les chars, les chevaux, les éléphants. On répand l’eau dans ces rues pour abattre la poussière; les jours de fêtes, on illumine avec des fanaux en forme d’arbres *. Dans plusieurs endroits du poème, il est question de rochers percés, de forêts abattues pour la construction des routes, de digues élevées, de canaux creusés. Le roi a son conseil des ministres, composé mi -partie de brahmanes et mipartie de laïques. L’interdiction de la nourriture animale, interdiction qui aujourd’hui même est loin d'être aussi générale qu’on le croit, n’existe pas encore dans le Rdmihjana; enfin, ce qui est d’un libéralisme plus remarquable, le roi invite à un sacrifice solennel les hommes des quatre castes, en y comprenant ceux de la dernière, les suudras, si méprisés de nos jours , et dans l’ancienne législation de Manou si constamment séparés des trois castes supérieures. Les sentiments ont une noblesse et souvent une délicatesse qui étonnent, et rappellent plutôt les siècles de la chevalerie que l’âge héroïque de la Grèce, llama pousse si loin le respect pour les femmes, qu’il étend

1 « Ingentium arborum ordintbvs circuit iiular araundatam. »

Schlepol, liv. I, v, p. 12.

1 Gorresio, 1. II, v, p. 225.

inômc ce sentiment à une affreuse géante. « Je ne puis me décider à la tuer, dit-il, protégée qu elle est par le droit du sexe féminin *. » Il est vrai qu’il se ravise ensuite et la transperce d'une flèche ; mais le droit dit sexe féminin , proclamé par le divin guerrier, n’en est pas moins un fait remarquable. Sommes-nous donc au moyen Age? sommes-nous au dix-neuvième siècle? Ici l'Orient touche à l’Occident, et l'antiquité aux temps modernes.

Rien ne respire une moralité plus élevée, rien n’exprime des émotions plus nobles et plus tendres que les paroles de Rama partant pour l’exil. Il n’éprouve pas la moindre irritation contre le frère qui lui est préféré ; il n’a pour lui que des sentiments d’amour. Knvers son père, sa soumission et son affection sont sans bornes. « Je n’ai peur de personne, dit-il à Sita, qui voudrait le détourner de l’obéissance aux volontés paternelles, je ne craindrais pas Brahma lui-mème; mais, é ma belle épouse! je ne puis transgresser la loi qu’observent les hommes vertueux, comme l’océan ne peut franchir ses limites. » üans cette crise de la destinée de Rama, tous les sentiments naturels se manifestent par les effusions les plus touchantes; mais au-dessus de tous plane le sentiment tilial. « Après l'observance des devoirs religieux, dit

1 Schlcgel, xxvui, 11. Cette délicatesse <le sentiment ne se trouve pas dans la rédaction suivie par M. Gorrcsio. C'est peut-être encore un signe d'antériorité.

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