LIVRE V
métaux, végétaux, animaux, auxquels il faut joindre les ferments, les âmes, les formes et les corps célestes. Ses éléments ne sont point ceux d’Aristote, non plus que les éléments chimiques de Basile Valentin et de son école ; il n’en compte que deux , l’air et l’eau; encore l’air n’est- il à ses yeux qu’un élément immatériel. Le feu, ou la chaleur, n’est qu’une qualité abstraite qui n’entre pour rien dans la constitution matérielle des corps ; et quant à la terre , il écrit, avec Thalès, qu’elle peut se réduire en eau, naturellement ou artificiellement.
L’eau représente donc pour lui l’élément unique. Elle donne naissance à tous les corps par l’intermédiaire de Y archée ou esprit séminal, qui la modifie dans sa forme, et du ferment qui lui communique ses diverses propriétés. Il tira ces déductions d’une expérience célèbre qui fournit à la science autant d’enseignements erronés que de principes vrais et féconds. Van Helmont ayant planté une branche de saule , d’un poids donné , dans un vase contenant un poids également connu de terre bien desséchée, la laissa croître pendant cinq ans, en se bornant à l’arroser avec de l’eau de pluie ou de l’eau distillée. Le saule ayant pris un accroissement considérable, et la terre n’ayant presque rien perdu de son poids, il en conclut que l’eau s’était convertie en saule, c’est-à-dire qu’elle avait pris une forme nouvelle sous l’influence occulte de l’archée et du ferment. Ces conséquences étaient fausses; car Van Helmont n’avait tenu aucun compte des sels contenus dans la terre, ni des éléments que la plante avait puisés dans l’atmosphère. Mais l’expérience n’en était pas moins d’une haute portée scientifique; car c’était le point
de départ des recherches de physiologie végétale, et elle introduisait pour la première fois l’emploi de la balance dans les observations de cette nature. Sanctorius, presque en même temps, venait d’appliquer le même instrument aux recherches de physiologie animale.
Une autre expérience, également due à Van Helmont, eut encore plus de retentissement, et devint l’origine d’une branche toute nouvelle de recherches chimiques. Ayant opéré la combustion de soixantedeux livres de charbon de chêne, le savant expérimentateur n’en retira qu’une livre de cendres, et il en conclut que soixante et une livres de charbon s’étaient converties en esprit sylvestre (sauvage); c’est ainsi qu’on appelait alors une sorte d’air non coercible, ni par la compression ni par le refroidissement (acide carbonique); mais qu’il sut fort bien distinguer de l’air atmosphérique et de la vapeur d’eau. Cet esprit sylvestre, il le retrouva plus tard dans le produit aériforme des cuves en fermentation , dans l’air irrespirable des mines, des cavernes, dans celui qui se dégage de certaines eaux minérales, ainsi que des substances calcaires attaquées par des acides. Son attention se tourna dès ce moment vers l’étude de ces corps invisibles qui se produisent dans diverses circonstances naturelles et artificielles. C’étaient les esprits, qui, dans les siècles précédents, avaient si souvent effrayé les alchimistes, en donnant lieu à des explosions qu’ils attribuaient à des démons révoltés de leurs recherches sacrilèges. Il remarqua d’autres esprits analogues produits par le soufre en combustion, par l’eau-forte en contact avec un métal, par la distillation de l’urine, du sel marin, etc. Il imposa à