‹ La science et les savants au XVIe siècleChapitre 102 sur 145 · LIVRE V · texte numérisé non relu

LIVRE V

ces corps jusqu’alors inconnus un nom générique, celui de gas (gaz), qui est resté depuis dans la science, et posa ainsi les premiers fondements de la chimie pneumatique. Il s’appliqua pendant trente ans à ces recherches pénibles et délicates qui mirent plus d’une fois sa vie en danger, et forment le premier anneau d’une chaîne qui aboutit aux belles découvertes de Priestley, de Scheele et de Lavoisier.

Il nous reste à dire quelques mots du système médical de Van Helmont. C’est à Paracelse qu’il emprunta la première pensée de cet archée qui préside à toutes les fonctions de l’économie, et en maintient l’équilibre; mais il le développa, en donnant à chaque organe, indépendamment de l’archée principal, un archée spécifique, subordonné au premier, bien que doué d’une puissance propre en rapport avec les fonctions qui lui sont attribuées. Les archées représentent une force située à l’intérieur des corps; les ferments , au contraire, sont des agents placés à l’extérieur, et se divisent en ferments généraux et spécifiques. Ce système, sorti tout entier de l’imagination de Van Helmont, ne reposait sur aucune donnée expérimentale, et cependant il ne serait pas impossible d’y voir le germe de plusieurs théories qui ont pris dans la science une place définitive. Ainsi on admet généralement aujourd’hui une cause du premier ordre qui préside aux mouvements vitaux des corps organisés, et les différents organes, bien que subordonnés à cette cause primordiale, ont partout une manière propre d’agir et d’être affectés, en rapport avec leur structure particulière et avec leur destination. Il en est de même de l’importance, de la suprématie que Van Helmont attribue à l’estomac relativement à

toutes les autres fonctions : idée qui a été reprise de nos jours et qui est même devenue la base d’un système médical célèbre. Enfin, quant à l’influence qu’il attribue aux astres, ainsi qu’aux corps invisibles, impondérables, sur la végétation, sur les maladies, on ne peut s’empêcher d’y reconnaître une remarquable analogie avec celle que nous attribuons aujourd’hui sur les mêmes phénomènes à la constitution météorologique,' au calorique, à la lumière, à l’électricité et au magnétisme. Il y a enfin dans sa théorie des ferments une pensée aussi nouvelle que féconde : aussi la science moderne s’est- elle empressée de la saisir et de la développer.

Placé sur la limite du xvie et du xvii0 siècle, Van Helmont forme la transition entre les chimistes mystiques et les chimistes rationnels, qui depuis, s’emparant de la science, l’établirent sur un terrain plus »

solide et plus relevé. Il est le dernier représentant de la méthode alexandrine, le dernier adepte de l’école de Cardan, de Sylvius, de Paracelse; il clôt, en un mot, la période alchimique, et commence la période sérieuse, dont, à partir de ces travaux, la marche progressive ne s’arrêta plus.

L’histoire de la chimie au xvic siècle doit comprendre encore le nom d’un médecin , Jean Rey, auquel la science doit la première émission d’une idée, devenue un des principaux fondements de la chimie moderne : celle qui conduisit à constater la pesanteur de l’air et à "déterminer sa composition.

Jean Rey naquit en 1591, au Rugue, petite ville du Périgord. Après s’être fait recevoir docteur, il vint s’établir auprès de son frère, qui dirigeait la forge de Rochebeauvent. J. Rey, livré à des recherches de

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