‹ La science et les savants au XVIe siècleChapitre 103 sur 145 · LIVRE V · texte numérisé non relu

LIVRE V

physique et de chimie, entretenait à ce sujet une correspondance avec plusieurs savants, entre autres avec le père Mersenne, qui avait pour lui beaucoup d’estime. On avait remarqué depuis longtemps que les métaux augmentent de poids lorsqu’on les calcine. Après Geber et Eck de Sulzbach, Césalpin, Cardan, Scaliger et Libavius avaient observé ce fait singulier, sans en donner d’explication satisfaisante. Un pharmacien de Bergerac, nommé Brun, l’ayant de nouveau signalé à l’attention de J. Rey, celui-ci en fit de nombreuses expériences, et il finit par en donner, le premier, la solution la plus rationnelle.

On la trouve dans les expressions suivantes, consignées dans une brochure qu’il publia en 1630 : « Je « responds et soutiens glorieusement que ce surcroist <c de poids vient de l’air qui, dans le vase, a été « espessi, appesanti, et rendu aucunement adhésif « par la véhémente et longuement continuée chaleur « du fourneau, lequel air se mesle avec la chaux « (métallique) et s’attache à ses plus menues parties.» Cette citation suffit pour constater que J. Rey est réellement le premier qui ait pressenti et préparé l’avénement de la chimie pneumatique. Son explication est la même que celle de Lavoisier, qui ne connaissait point l’écrit de J. Rey, et qui, à l’aide d’expériences mémorables, éleva plus tard le même principe à toute la hauteur d’une lumineuse théorie. Malheureusement le médecin du Périgord ne retira point de sa pensée tout l’honneur dont elle était digne. C’est en 1630 qu’il publia sa brochure ' ; peu

l Elle est intitulée Essais sur la recherche de la cause pour laquelle l'èlain et le plomb augmentent de poids quand on les calcine.

après, la préoccupation de ses affaires personnelles le détourna de l’étude des sciences, et peut-être abrégea sa vie, car il mourut en 1645, à l’âge de cinquante ans, et c’est bien longtemps après sa mort que l’histoire de la science est venue rapporter à son nom la gloire de sa découverte.

Physique. — Les premières conquêtes de la physique au xvie siècle sont dues à des savants qui appartiennent encore au xve par la date de leur naissance, mais dont les travaux ne se produisirent que dans le siècle suivant. Ainsi, F. Maurolico, géomètre de Messine, né en 1494, publia, outre plusieurs ouvrages de mathématiques, un traité intitulé : Théorèmes sur la lumière et l’ombre, etc., qui avança notablement la théorie de la perspective et celle du mécanisme de la vision. Léonard de Vinci, le grand peintre, qui était en même temps ingénieur et savant distingué, donna, près d’un siècle avant Bacon, des préceptes justes et philosophiques pour reconnaître la cause de certains phénomènes naturels. Il combattit les idées occultes, encore toutes-puissantes alors, et proclama que l’expérience était le seul guide certain pour la recherche du vrai. Fracastor, poète, médecin

Bazas, 1630, in-8° de 143 pages. C’est Bayen qui en fit la découverte en 1776. Gobet en donna, en 1779, une deuxième édition, Paris, in-8°.

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