LIVRE V
et géomètre, découvrit le principe de la décomposition du mouvement. Déjà la déclinaison de l’aiguille aimantée avait été observée par Christophe Colomb, et, dès le commencement du xvi° siècle, Jérôme Cardan venait prendre sa place dan? le cénacle des physiciens les plus éminents et les plus éclairés.
Jérôme Cardan a plus d’un point de ressemblance avec Paracelse, dont il était contemporain. Né à Pavie, en 1501, il était fds d’un médecin savant et considéré. Lui-même fut médecin, géomètre, philosophe et physicien. Il professa les mathématiques et la médecine à Bologne, puis à Milan. Plus tard, ayant obtenu une pension du pape, il vint habiter Rome, • où il mourut en 1576. Cardan était doué d’un esprit subtil, pénétrant, fécond et varié. Son érudition était vaste, mais peu exacte; son imagination vive, ardente, un peu déréglée, le portait à croire au merveilleux, en sorte que les idées judicieuses qu’il eût pu faire prévaloir étaient souvent étouffées par la bizarrerie de ses arguments et la singularité de ses idées théoriques. Il enseignait et combattait tour à tour les doctrines de l’alchimie. Il croyait à l’astrologie, mais non à la transmutation; il admettait la cabale et les croyances mystiques, à ce point, a-t-on dit, qu’après avoir tiré son propre horoscope, il se laissa mourir de faim, à l’âge de soixante-quinze ans, pour ne pas contredire sa prédiction.
Cardan consigna dans deux principaux ouvrages-,
1° de la Subtilité , et 2° de la Variété des choses , tout l’ensemble de ses idées en métaphysique, en médecine, en physique et en histoire naturelle. C’est dans le second qu’il soutint que le feu n’est pas un élément.
Il parle d’un esprit ( flatus ) qui alimente la flamme et
rallume les corps en ignition; il dit que cet esprit existe dans le salpêtre; ce qui a fait dire que Cardan avait, un des premiers, entrevu l’oxygène. Il savait que l’on peut faire varier la couleur de la flamme à l’aide des substances métalliques. Il jugeait de la sécheresse ou de l’humidité de l’air, au moyen des membranes animales; c’est là évidemment le point de départ de l’invention de l’hygromètre. Il propose de préserver les métaux de la rouille en les couvrant d’huile, c’està-dire en les mettant à l’abri du contact de l’air. Dans le traité de la Subtilité, il aborda plusieurs points de physique, de mécanique, de chimie, de météorologie, de médecine, de zoologie et d’astrologie. Il se montre partout adversaire résolu d’Aristote; mais l’incohérence de ses vues et la faiblesse de ses attaques nuisirent peu à la doctrine péripatétique.
Cardan s’occupa avec un certain succès de géométrie et d’algèbre. Il donna, pour la résolution des équations du 3e degré, une formule qui porte son nom, bien qu’elle appartienne, dit-on, à Tartaglia. Son humeur était irritable , son amour-propre excessif et son caractère peu délicat. Son fils aîné, qui était médecin comme lui, eut la tête tranchée, à vingt-six ans, pour avoir empoisonné sa femme. Cardan, sous le titre de : Ma propre Vie (De Yita propria), écrivit sa biographie personnelle, dans laquelle il ne dissimula ni la faiblesse de ses croyances, ni ses vices, ni même ses crimes.
Nous rencontrons encore, parmi les physiciens de la première moitié du xvie siècle, notre admirable Bernard Palissy, qui répandit tant de lumière sur la plupart des sciences de son époque, non comme savant profond et autorisé, mais comme supérieur aux