‹ La science et les savants au XVIe siècleChapitre 105 sur 145 · LIVRE V · texte numérisé non relu

LIVRE V

meilleurs esprits de son temps par la netteté de ses vues en quelque sorte instinctives, et suppléant à son défaut d’érudition par la spontanéité de son génie.

C’est principalement dans le Traité des Eaux et fontaines que Palissy aborda les plus hautes questions de physique générale. C’est là qu’il examine et compare les moyens de conduire les eaux d’un point à un autre , à l’aide des pompes , des tuyaux et des aqueducs. Il remarque que les eaux de source sont souvent altérées par les matières salines, bitumineuses ou minérales contenues dans le sol qu’elles traversent et qui les rendent parfois efficaces dans les maladies. Il attribue la chaleur des eaux thermales à un feu continuel placé au centre de la terre. Il regarde la force de ce feu central, combinée avec celle de l’eau réduite en vapeur, comme la cause des volcans et des tremblements de terre. Il ajoute que cette force de l’eau en vapeur, capable de renverser des montagnes, « n’est pas encore connue des hommes » ; mais il s’était rendu compte de son extrême puissance, « non en l’étudiant, comme il le dit, dans les livres « des philosophes, mais en faisant bouillir de l’eau « dans un chaudron, en appliquant le feu à ses ou- « vrages de terre, et en observant une pomme d’ai- « rain contenant un peu d’eau, et échauffée sur les « charbons. »

Il combattit l’opinion, alors générale, que les fontaines étaient produites, soit par l’infiltration des eaux de la mer, soit par l’évaporation et la condensation des eaux contenues dans les cavernes : opinion que, cinquante ans après, Bacon soutenait encore. Palissy prouve que les eaux de source proviennent de l’infiltration des eaux des pluies, lesquelles ten-

dent à descendre dans l’intérieur de la terre jusqu’à ce qu’elles rencontrent un fond de roc ou d’argile imperméable qui les arrête et les oblige à se faire jour à la partie la plus déclive du terrain qu’elles ont traversé. Il ajoute que ce serait là le moyen d’établir des fontaines artificielles , « à l’imitation et le plus près approchant de la nature, en ensuivant le formulaire du souverain fontainier ». Il explique les fontaines jaillissantes en déclarant que ce phénomène n’a lieu qu’à la condition que les eaux proviennent d’un lieu plus élevé que celui où elles se montrent, « attendu que les eaux ne s’élèvent jamais plus haut que les sources d’où elles procèdent ». C’est ainsi que ce physicien naturel saisissait d’un seul coup d’œil l'ensemble du phénomène de la circulation des eaux à la surface comme à l’intérieur du globe, en même temps que les lois auxquelles obéissent les liquides et qui forment aujourd’hui les bases de l’hydrostatique.

Quelques savants ayant avancé que les glaces ne se formaient pas à la surface, mais dans le fond des rivières, Palissy montra que la première supposition était la seule admissible. Il démontra la porosité des corps à l’aide d’exemples ingénieux et d’observations originales. Il remarque la tendance qu’ont certains corps à se rapprocher, quand il sont abandonnés à eux-mêmes, et il donne à la force qui les réunit le nom d ’ attraction. Enfin, en cherchant la cause des couleurs irisées que présentent certains coquillages, il annonce, pour la première fois, que l’arc-en-ciel ne se produit « que lorsque le soleil passe directement au travers des pluies qui lui sont opposites ». N’était -ce pas pressentir la décomposition de la lumière avant Do-

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