‹ La science et les savants au XVIe siècleChapitre 106 sur 145 · LIVRE V · texte numérisé non relu

LIVRE V

minis, Descartes, Newton, et rapporter, avant Galilée, à des causes naturelles des phénomènes regardés jusque-là comme des prodiges?

Après Palissy nous avons à citer deux physiciens, nés la même année (1540), l’un en Angleterre, l’autre en Italie, qui rendirent à la science quelques nouveaux services, quoiqu’ils se soient appliqués à des sujets fort différents. Le premier est Guillaume Gilbert, né à Colchester, dans le comté d’Essex, médecin de la reine Élisabeth et de Jacques I01', qui s’occupa des propriétés de l’aimant et détruisit -les anciens préjugés relatifs au magnétisme. Son ouvrage a pour titre : Philosophie nouvelle sur l’aimant, les corps magnétiques et la terre considérée comme un gros aimant. Jusque-là ce sujet avait été étudié d’une manière assez confuse. Le Vénitien Chabot avait observé, après Christophe Colomb , la déclinaison de l’aiguille aimantée, c’est-à-dire l’angle qu’elle forme avec la méridienne. Robert Normann, autre navigateur, avait remarqué son inclinaison, c’est-à-dire l’angle que forme une aiguille qui se meut librement autour de son centre de gravité. En 1532, Crignon avait publié un traité de la déclinaison de l’aimant sous différents méridiens ; mais personne ne donna plus d’élan à cette • matière que Guillaume Gilbert. Il mesura la puissance de l’aimant et la distribution de cette force dans les pôles du barreau magnétique. Il montra que les pôles de même nom se repoussent et que ceux de nom contraire s’attirent. Il s’occupa également d’électricité; il reconnut à un grand nombre de corps les propriétés électriques , attribuées seulement jusqu’alors à l’ambre et au jayet. Il multiplia les expériences sur le fluide électrique, et établit les différences

principales qui distinguent l’électricité et le magnétisme. Les recherches de Gilbert peuvent être regardées comme le premier pas qu’ait fait la physique dans cette voie riche et féconde que la science exploite aujourd’hui avec tant de succès et, qui a fourni à l’industrie de si admirables résultats.

Le second physicien éminent de la même date est Porta, dont le nom et les travaux occupent une assez large place dans l’histoire scientifique de cette époque. Jean-Baptiste délia Porta appartenait à une famille noble et riche de Naples. Élevé par un oncle fort instruit, et secondé par un frère qui partageait ses goûts pour la philosophie natui’elle , doué d’une érudition solide et d’une grande sagacité d’imagination, il se plaça de bonne heure parmi les hommes de science. Après avoir parcouru l’Italie, la France et l’Espagne, il revint à Naples, et l’un de ses premiers soins fut d’y fonder une académie qui prit le nom degli Oziosi (oisifs). Quelque temps après il établit dans sa propre maison une seconde réunion analogue sous le titre d’ Académie des secrets ou mystères ( dei segreti). Ce fut là le premier germe des académies savantes qui devaient plus tard donner un si grand élan aux études de cette nature. Cependant le mystère qui régnait sur ces assemblées ne tarda pas à émouvoir l’autorité ecclésiastique; on les accusa de s’exercer à des pratiques de magie. Porta fut obligé d’aller s’en justifier à Rome, et le pape Paul III, tout en lui pardonnant, lui défendit de s’occuper à l’avenir de recherches illicites. Élève de Cardan et d’Arnaud de Villeneuve, Porta avait naturellement le goût du merveilleux. Il publia à l’âge de quinze ans, dit-on, son premier ouvrage, intitulé: De la Magie naturelle.

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