‹ La science et les savants au XVIe siècleChapitre 107 sur 145 · LIVRE V · texte numérisé non relu

LIVRE V

Dès ce moment, il s’entoura de tous les hommes éclairés, il répandit le goût des sciences physiques, parfois aussi celui des connaissances occultes , et , bien qu’il s’efforçât de rattacher les phénomènes de cet ordre à des lois naturelles, ses travaux gardent trop souvent un cachet d’incertitude ou de contradiction. Sa Magie naturelle fut réimprimée plusieurs fois et traduite dans toutes les langues. On y trouve d’excellentes observations sur la lumière, la boussole, la dynamique, les feux d’artifice, les verres optiques, etc. Il s’approcha mieux que Maurolico de la véritable théorie de la vision.

Dans un second ouvrage il s’occupa d’un sujet étranger à la physique, l’étude des chiffres pour les correspondances secrètes (de Zifferis ); dans un troisième intitulé : Phytognomonique , il chercha à saisir les rapports qui existent entre la physionomie des plantes et celle des animaux. Le quatrième a pour titre : De la Physionomie humaine : aperçu dans lequel il reproduisit une pensée ingénieuse d’Aristote et de Polémon, que Lavater reprit plus tard pour la développer et l’approfondir. On doit aussi à Porta de nombreux travaux sur l’optique, la météorologie, la mnémonique, l’agriculture, etc. Dans son traité de la Distillation , il exposa l’état de la chimie au xvie siècle. Sur la fin de sa vie, il composa des écrits purement littéraires, et laissa plusieurs ouvrages dramatiques. Il était fort lié avec Fra Paolo Sarpi, à la fois historien, savant et philosophe.

Sans être médecin, Porta s’occupa des poisons végétaux et en introduisit l’emploi dans la thérapeutique. Son principal mérite se rapporte à ses recherches en optique et à l’invention de la chambre obscure.

On lui attribua aussi celle du télescope ; mais celle-ci appartient réellement à Galilée , non moins qu au Hollandais Van Drebbel, déjà inventeur d’un thermomètre et auteur d’un Traité, de la Philosophie naturelle, traduit en latin et en français.

Porta était un de ces savants universels qui, dans cette période d’obscurité relative, appliquaient des facultés exceptionnelles à tous les sujets. Le peu d’avancement que présentait encore l’état des sciences permettait d’en étudier plusieurs à la fois. Cette variété même leur était favorable en ce que ces études s’éclairaient l’une par l’autre, en se prêtant mutuellement des données et des méthodes d’observation ou de raisonnement, en attendant que la masse des faits acquis obligeât les savants à les diviser, à les classer, à en coordonner l’ensemble, en les considérant d’un point de vue plus général et plus élevé '.

L’optique dut, à la même date, quelques heureux perfectionnements à un autre Italien, Marc -Antoine de Dominis, né, en 1566, à Arbe en Dalmatie, d’une famille noble et ancienne. Élevé à Lorette et à Padoue,

i Porta, comme tant d’hommes de son temps , possédait cette variété de connaissances et de talents qui permet d’établir des rapports entre toutes les branches du savoir humain, et confirme cette vérité , que chaque art renferme une science tout entière pour celui qui sait l’approfondir dans tous ses détails. On sait que Léonard de Vinci était peintre , sculpteur, ingénieur, anatomiste, chimiste et musicien ; Michel-Ange, peintre, sculpteur, architecte, musicien , poète , anatomiste. B. Cellini était graveur , orfèvre , sculpteur, musicien, guerrier; Bramante, peintre, ingénieur, architecte, musicien, poète. Plus près de nous, Robert Boyle était en même temps physicien, chimiste, géologue, philosophe, et Haller s’occupait à la fois d’histoire naturelle , d’administration , de médecine et de poésie.

Page 1