LIVRE V
chez les jésuites, il manifesta dès son enfance une remarquable aptitude pour les sciences et professa, jeune encore, l’éloquence, la philosophie et les mathématiques. Doué d’un caractère ardeht et mobile, il sollicita vainement sa sécularisation; mais, loin de songer à s’en séparer, l’autorité ecclésiastique le nomma archevêque de Spalatro. Ayant pris parti pour les Vénitiens dans leur guerre avec Paul V, il manifesta quelque penchant pour la réforme, se démit de ses fonctions et se retira à Venise. Il alla ensuite à Coire, à Heidelberg et enfin à Londres, où Jacques Ier le nomma doyen de Windsor. Plus tard il désira rentrer dans l’Église romaine ; Grégoire XV lui pardonna, et il revint à Rome. Mais son humeur inconstante, surtout en matière de foi , le fit enfermer au château Saint- Ange, où il mourut en 1624.
On doit à Dominis un ouvrage sur la Vision et la Perspective , dans lequel il présenta sa théorie de l’arc-en-ciel : explication que l’on attribua aussi à Descartes, mais il est évident qu’elle appartient primitivement à Dominis. On a vu que déjà Bernard Palissy avait donné de ce phénomène une sorte d’explication fort ingénieuse.
Robert Fludd, que nous avons cité comme chimiste, s’occupa également et avec succès de diverses questions de physique. Il démontra que l’air est un corps matériel qui ne cède sa place qu’autant qu’il est déplacé par une force supérieure, qu’il alimente le feu en diminuant de volume, que l’eau raréfiée par la chaleur occupe un beaucoup plus grand espace et brise les vases qui la renferment, si cet espace ne suffit pas à son expansion : ces démonstrations étaient toutes nouvelles à cette époque. Robert Fludd apprécia
assez sainement les propriétés de l’air, de l’eau et de la vapeur. Il chercha à expliquer la cause des vents, du tonnerre et des autres phénomènes atmosphériques, par des expériences de laboratoire. Il croyait que la foudre avait pour cause une explosion apalogue à celle de la poudre à canon. Enfin Benoît Castelli, de Brescia, élève de Galilée, ayant été chargé par le pape Urbain VIII de déterminer les effets de l’eau accumulée et de l’eau courante, ainsi que la résistance qu’elles exigent, publia sur ce sujet un ouvrage qui fut un des points de départ de cette branche de la physique nommée l’hydraulique. Castelli eut la edoire d’être le maître de Torricelli et de Cavalieri.
Les Italiens continuaient ainsi à donner à la physique une assez heureuse impulsion; mais il était réservé à un de leurs illustres compatriotes de porter cette science au plus haut dégré qu’elle ait atteint pendant ce siècle et le suivant. C’est ici, en effet, que nous aurions à parler de Galilée et de ses travaux, comme, en signalant les titres des physiciens français et étrangers de la même époque, il eût fallu placer en première ligne les noms de François Bacon et de René Descartes ; mais avant de parler de ces grands personnages, qui naquirent durant la seconde moitié du xvie siècle et dont la célébrité ne se répandit que dans le siècle suivant, nous avons encore à citer quelques hommes dont s’honore la même époque, afin de compléter la série des savants auxquels la physique dut ses plus grands progrès avantl’apparition de ces hommes de génie qui forment le triumvirat 1
l C’est une expression de Cuvier. Rien , en effet, ne fixe mieux dans la mémoire les données historiques que de rapprocher les