‹ La science et les savants au XVIe siècleChapitre 110 sur 145 · LIVRE V · texte numérisé non relu

LIVRE V

là que se rassemblèrent les premiers éléments dont sç forma l’Académie des sciences. Nous n’avons pas à parler de ses écrits théologiques, mais nous pouvons dire que, dans son premier ouvrage, il s’éleva contre l’incrédulité des savants et des philosophes, notamment Paracelse, Fludd, Vanini, Cardan, ainsi que Montaigne, Charron, Machiavel, Bruno et autres. Plus tard il se livra lui-même avec ardeur à l’étude des sciences naturelles. Il traduisit Euclide, Apollonius, Théodose, Ménélaüs, et s’appliqua surtout à la théorie de l’harmonie musicale.

Pierre Gassendi (Gassend), né à Champtercier, près de Digne, montra, comme plusieurs savants, une précocité merveilleuse dans ses premières études. Il professait la rhétorique à seize ans, à vingt et un ans il était professeur de philosophie, de théologie, et prévôt de la cathédrale de Digne. Il commença dès lors à s’occuper des sciences, et publia, en 1624, un ouvrage dirigé contre la philosophie d’Aristote, qui

lui suscita de nombreux adversaires. Il fut nommé

professeur de mathématiques au collège de France. Il devint plus tard lié avec Galilée, Kepler, Hobbes et Pascal ; il eut d’assez vives discussions avec Descartes, qui défendait les idées innées et qui rangea à son opinion plusieurs autres savants. Gassendi soutenait que toutes nos idées viennent des sens, médiatement ou immédiatement, comme Platon l’avait exprimé. Chacun prit parti dans cette guerre philosophique et où l’on se divisa en deux camps : les Cartésiens et les Gassendistes. Mersenne, ami des uns et des autres, s’interposa et parvint à apaiser cette querelle '. Gas-

i C’est à cette occasion que Kepler disait à ceux qui attaquaient la doctrine de Copernic et celle de Galilée : a Ne vous compro-

sendi réfuta avec succès les rêveries mystiques de l’astrologie, de l’alchimie, et combattit les opinions de Robert Fludd et de Morin. Partisan de Galilée, il enseigna la doctrine du mouvement de la tene. Il écrivit les biographies de Tycho-Brahé, de Copernic, de Purback, et de Peiresc *. Gassendi fut un savant universel, d’une érudition immense. Comme philosophe , il montra le vide des idées d’Aristote sur les qualités occultes, et sembla leur préférer, malgré ses erreurs, la doctrine des atomes d’Épicure. Comme physicien, il émit des vues très-exactes sur la nature de la lumière

mettez pas avec les vérités mathématiques : la hache à laquelle on veut faire couper du fer ne peut pas ensuite entamer même du bois. »

l Si Nicolas-Claude Fabri de Peiresc , né en Provence en 1580 , conseiller au parlement d’Aix, ne figure point, par ses propres travaux , au nombre des savants du xvi° siècle , il faut reconnaître qu’il rendit de véritables services à la science de cette époque. Il s’entremettait avec zèle dans les communications qu’avaient entre eux les hommes les plus éclairés de son temps, comme Scaliger, Mersenne, Saumaise, Kircher, Grotius et autres. Il les secondait par ses nombreuses relations, et les aidait de ses largesses. L’histoire naturelle, les mathématiques, l’astronomie, l’archéologie, la numismatique, durent à ses soins de véritables découvertes. Bayle l’appelait le procureur général de la littérature.

Nous avons parlé ailleurs des Colonna, des Bernouilli et des Barbaro , dont l’un fut ambassadeur à Venise , patriarche d’Aquilée et s’occupa avec succès d'histoire naturelle. Il faut joindre à ces nobles Mécènes de la science le prince Frédéric. Cesi , né à Rome en 1585, fondateur de l’Académie des Lincei , qui écrivit sur les abeilles, sur les bois fossiles, publia les recherches de Hernandez et découvrit les organes reproducteurs des fougères et autres cryptogames. L’histoire des sciences ne saurait oublier ce que celles-ci doivent à quelques hommes que d’autres soins empêchaient de se livrer tout entiers à leur étude , mais qui l’encouragèrent puissamment par leur protection et leur générosité.

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