‹ La science et les savants au XVIe siècleChapitre 112 sur 145 · LIVRE V · texte numérisé non relu

LIVRE V

port de l’influence qu’il exerça sur les progrès de la philosophie naturelle. Ayant conçu de bonne heure la pensée d’une restauration générale des sciences, il commença par combattre la philosophie scolastique, pour y substituer une méthode toute différente, et dans laquelle tout devait être nouveau : les sujets, les moyens, et le but. Il indiquait son point de départ par ces mots : instauratio facienda ab imis fundamentis. Il voulait qu’au lieu de se livrer à de stérilçs spéculations, la science eût pour objet final les applications utiles; que, soumettant tous les faits à un nouvel examen dont il traçait les règles, on n’admît comme vérité que ce qui serait démontré tel par l’observation qui recueille et compare, par l’expérience qui interroge la nature, et l’induction qui sait en tirer tous les fruits.

Tels sont les principes qu’il développa dans le grand ouvrage qui a pour titre : Instauratio Magna ( Grande Restauration des sciences), et qui comprend six parties, dont trois seulement furent terminées. Dans la première, qu’il intitule : De la Dignité et de l’accroissement des sciences ( de Dignitate et augmentis scientiarum ), il s’applique d’abord à montrer l’utilité des études scientifiques, il passe en revue toutes les connaissances humaines, il les classe, il en signale les lacunes, et il indique le moyen de les remplir. Dans la seconde partie , qui a pour titre : Nouvel Organe , ( Novum organum) , il expose sa nouvelle méthode d’exploration des phénomènes naturels, il rappelle ce principe déjà admis dans l’antiquité, que rien n’existe dans l’intelligence qui n’y soit arrivé par les sens (Nihil est in intellectu, quod non fueritprius in sensu), principe si bien développé depuis par Locke et par

Condillac; il établit une logique applicable à l’étude des sciences, tout opposée à celle de la scolastique, et à l’aide de laquelle seule on doifr arriver à la découverte de la vérité. Dans les parties suivantes du Novum Organum, dont on ne possède que des fragments incomplets, il voulait faire, l’application des principes émis dans les premières, et non- seulement ouvrir la voie, mais donner l’exemple réel des recherches que devait embrasser sa méthode et qui eussent été l’objet final des travaux de la science. Enfin, dans un autre ouvrage, intitulé : Sylva Sylvarum, il exposa une série de faits sur lesquels il voulait appuyer les principales généralités scientifiques.

Il n’était pas donné à Bacon de remplir cette partie de son magnifique programme. Il recueillit beaucoup d’observations, il entreprit d’importantes recherches et montra comment il fallait coordonner les résultats pour en tirer d’utiles conséquences; mais il n’était pas expérimentateur, et il appuyait parfois ses démonstrations sur des faits douteux ou sur de vagues autorités, comme on en voit de nombreux exemples dans le Sylva Sylvarum. On lui doit néanmoins des travaux intéressants sur la compressibilité des liquides , l’élasticité de l’air, la pesanteur spécifique des corps, leur dilatation par la chaleur, sur le son, la lumière, les couleurs. Il imagina un thermomètre et soupçonna l’attraction universelle, ainsi que la loi des distances '. On a dit à ce sujet qu’il fut le prophète des vérités que Newton démontra plus tard.

1 Anaxagore et Lucrèce avaient vaguement entrevu la loi générale de l’attraction. Copernic et Kepler en avaient eu également la prévision, et en avaient émis la pensée avant la publication du Novum Organun (1623).

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