LIVRE V
G. Galilée. — Trois ans après la naissance de Bacon, l’Italie donnait naissance à Galilée, un des plus grands génies qui, dans les temps modernes, aient éclairé l’humanité, le véritable fondateur de la philosophie scientifique , de la méthode expérimentale, qui imposa à la physique, à la mécanique, à l’astronomie, la direction que ces sciences suivent encore, en les enrichissant de découvertes dont aucune jusqu’ici n’a été ni modifiée ni contredite.
Galilée naquit à Pise, en 1564, d’une famille noble, mais peu fortunée. Il était fils de Vincent Galilée, qui s’était acquis une juste réputation dans l’art musical, et qui en avait fait une des premières applications à l’art dramatique. Son père le fit élever à Florence, et le destina d’abord au commerce, puis à la médecine. Ses études classiques avaient été rapides et brillantes ; il y puisa cette précision et même cette élégance de style qui caractérisent tous ses écrits. Galilée encore enfant avait montré une singulière aptitude pour la mécanique et les arts. Son père, habile théoricien , lui avait appris tout ce que les sciences mathématiques pouvaient fournir à la musique et au dessin. Une circonstance fortuite l’ayant initié aux premiers éléments de la géométrie, il prit pour cette science un goût passionné qui lui fit abandonner la lecture d’Hippocrate pour celle d’Euclide et d’Archimède. Cette étude lui inspira dès le principe une grande aversion pouf les doctrines a priori, et, dans plus d’une occasion , il se fit remarquer par de vives attaques contre la philosophie scolastique. En 1589, il obtint la chaire de mathématiques à l’université de Pise, et la conserva pendant trois ans. Dès cette époque il lit plusieurs découvertes qui déjà
présageaient son avenir scientifique. En étudiant la chute des corps graves, il reconnut que, dans ce phénomène, les vitesses sont proportionnées aux temps, et que les espaces parcourus sont entre eux comme le carré des vitesses : propositions qui sont devenues la base de la dynamique. Ses expériences furent faites du sommet de la tour penchée de Pise , qui semble disposée tout exprès pour de pareilles recherches. C’est dans la même ville qu’il observa l’isochronisme des oscillations du pendule, propriété qu’il découvrit en remarquant, dans une église, le mouvement oscillatoire d’une lampe suspendue par une chaîne au sommet de la voûte. Il conçut dès lors la pensée d’appliquer cette propriété à la mesure du temps et aux observations astronomiques; mais il n’en fit usage que longtemps après. Huyghens partit également de ce premier point pour en faire l’application aux horloges. Enfin c’est encore à Pise que Galilée inventa la balance hydrostatique , dont l’idée lui fut inspirée par la lecture des écrits d’Archimède.
Ces découvertes et ces vues si nouvelles qu’il émettait sur les phénomènes naturels avaient donné un grand éclat à son enseignement; mais, ayant été inquiété pour la hardiesse de quelques opinions nouvelles en physique, Galilée se décida à résigner sa chaire de Pise, qui, du reste, ne lui offrait que de bien modiques avantages'; des amis puissants, qui appréciaient toute la portée de son génie, le firent presque aussitôt nommer professeur à Padoue , où il résida pendant près de vingt ans.
1 Son traitement n’était que de soixante écus par an, environ un franc par jour.