‹ La science et les savants au XVIe siècleChapitre 116 sur 145 · LIVRE V · texte numérisé non relu

LIVRE V

Au mois de mai 1609, on apprit à Venise qu’un Hollandais avait montré au comte de Nassau un instrument qui grossissait les objets et qui semblait rapprocher les distances. Avec cet unique renseignement, Galilée, réfléchissant sur les propriétés des verres sphériques, se mit à l’œuvre, et dès le lendemain il montrait à ses amis un instrument construit de ses mains, qui remplissait les mêmes indications. Peu de jours après il présentait au sénat de Venise un véritable télescope, avec un mémoire dans lequel il exposait tous les avantages que les sciences pouvaient tirer de cet instrument 1 .

Un nouveau monde venait de s’ouvrir, en effet, à ses regards. Les Vénitiens n’avaient d’abord apprécié que son utilité pour la marine, et n’y avaient vu qu’un moyen de surprendre ou d’éviter leurs ennemis. Galilée avait mieux compris toute la portée de sa découverte, pour l’étude du ciel et pour l’avancement de l’astronomie. Peu de mois après, il avait déjà fait subir au télescope de tels perfectionnements, qu’il avait obtenu des grossissements deux cents fois plus forts que ceux des Hollandais. Dès ce moment ses observations astronomiques se multiplièrent, au point

i On a aussi attribué, mais à tort, l’invention du télescope et même du microscope à IJrebbel, physicien hollandais, né en 1672. On connaissait, depuis Roger Bacon, la propriété des verres convexes; mais on ne les avait pas encore combinés de manière à augmenter leur puissance grossissante, bien que l’on trouve dans les écrits de Porta ces paroles : « Si vous savez multiplier les lentilles, je ne doute pas que vous ne puissiez lire à cent pas les plus petits caractères. Si vous savez combiner les lentilles convexes et concaves, vous verrez les objets grossis et cependant distincts. »

qu’il entreprit la publication d’un recueil dans lequel il les consignait successivement, et qui prit le nom de Nuncius sidereus. Il reconnut les phases de Vénus; il en conclut que cette planète, tirant comme la lune sa lumière du soleil, devait tourner sur elle-même. Il découvrit ensuite les satellites de Jupiter, les taches du soleil, sa rotation, les montagnes de la lune, la libration de cet astre, la voie lactée, les nébuleuses, et une multitude d’étoiles jusqu’alors invisibles.

On conçoit que ces découvertes changeaient entièrement la face de la science, et renversaient beaucoup d’idées admises sur le système général du monde. Celle des satellites de Jupiter, entre autres, devenait un argument puissant en faveur du système de Copernic, déjà fort répandu, mais qui n’était pas encore professé dans les écoles, parce qu’il paraissait en opposition avec les dogmes religieux. Il n’y a rien pourtant de contraire aux paroles de l’Écriture dans la théorie de la mobilité de la terre et de l’immobilité du soleil, théorie qui est partout admise aujourd’hui. La persécution de Galilée fut donc évidemment l’effet de la jalousie, et non pas celui de la conviction.

A cette époque, Galilée vint habiter Florence sur les pressantes sollicitations du grand duc, qui le combla de faveurs. Il y répondit en redoublant de zèle; il inventa un microscope, fit de nouvelles observations astronomiques, et, voulant appuyer par de nouveaux arguments le système de Copernic, il adressa sur ce sujet une lettre à la grande-duchesse de Toscane. Cette lettre fut, soumise à une commission de théologiens qui la jugèrent empreinte d’hérésie. Le savant fut cité à la cour de Rome, où il alla se défendre; mais ses arguments ne parurent point

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