LIVRE VI
Dès ce moment Descartes consacra sa vie à l’étude des sciences. Sa correspondance avec Mersenne le tenait au courant de la marche et des débats de l’intelligence sur tous les points. Il soutint longtemps une polémique animée contre Fermât, Hobbes, Gilbert Voët et Gassendi. Pour mettre un terme à cette lutte, et cédant aux instances de Christine de Suède, il se décida à quitter la Hollande et partit pour Stockholm , où il ne tarda pas à succomber aux rigueurs du climat (1649).
Descartes était doué d’un génie novateur. Il chercha à faire triompher la raison et la vérité de la routine et de l’erreur accréditée par le temps. Comme physicien, il donna un exposé très-simple des lois de la réfraction et l’explication de la plupart des phénomènes atmosphériques. Il préluda par ses recherches aux travaux de Pascal sur la pesanteur de l’air, et aux découvertes de Newton sur l’attraction et le mouvement. Il émit un système célèbre suivant lequel la matière qu’il appelle éther se meut dans l’espace sous la forme d’un tourbillon circulaire et produit la pesanteur ou la chute des corps graves à la surface de la terre. C’est à ce système, ainsi qu’à l’ensemble de sa doctrine, qu’on donna le nom de Cartésianisme, et ses adhérents prirent celui de Cartésiens '. En mathématiques, Descartes perfectionna l’algèbre et la géo-
i Ce mot a donné lieu à une curieuse bévue scientifique. Un traducteur des controverses de l’époque , souvent écrites en latin, traduisit Cartesiani par : les Chartreux ( Cartusiaiii ), auxquels il attribuait certaines attaques contre la philosophie de Descartes. Plus tard, un autre s’appuyait de l’autorité du docteur Parisini, contre l’opinion de Haller qui combattait les doctrines de la faculté de Paris ( Parisiani ).
métrie analytique. Métaphysicien, il créa une nouvelle méthode fondée sur le doute; sa doctrine admettait les idées innées et le sentiment intime de l’existence. Il distingua assez nettement l'esprit de la matière et l’homme des autres animaux. Il s’ocupa même d’anatomie, de physiologie et de médecine. Nous bornerons à ces simples données la citation que nous ne pouvions manquer de faire de ce grand philosophe , qui en réalité n’appartient au xvie siècle que par la date de sa naissance.
Astronomie. — Le système du monde, professé dans les écoles pendant la seconde moitié du xv° siècle, était encore celui de Ptolémée, dont Y Almageste formait la règle universelle des opinions relatives à l’astronomie, bien que depuis longtemps certains phénomènes ne fussent plus en rapport avec les lois physiques nouvellement découvertes. « Les astres, comme on l’a dit, n’obéissaient plus aux lois de Ptolémée. » Nicolas Copernic, né à Thorn, en 1472, s’affranchit le premier de cette autorité, et conçut un autre système, qui renversait .toutes les suppositions émises avant lui sur la mécanique céleste, en satisfaisant à toutes les données fournies jusqu’alors par l’observation. Copernic avait étudié à l’université de Cracovie, et s’était d’abord occupé d’études médicales. Afin de s’y perfectionner, à l’âge de vingt-trois ans il alla à Padoue, puis à Bologne. Dans cette dernière ville , entraîné par son goût pour les sciences mathématiques, il suivit les leçons de Dominique