LIVRE VI
Moria , et plus tard, à Rome, celles de Regiomontanus. C’est là qu’il connut également Érasme, Luther et Rabelais. De retour en Pologne, à vingt-neuf ans (1501), il obtint un canonicat à Frauenbourg. Les jeunes savants briguaient alors un bénéfice, comme aujourd’hui ils ambitionnent une chaire, c’est-à-dire des loisirs et de l’indépendance, afin de se livrer plus facilement à l’étude. Copernic prit ses grades en médecine; mais il ne se livra guère à pratiquer cet art. D’autres idées le préoccupaient plus vivement.
C'est alors qu’il arrêta ses idées sur le système du monde ; mais il se garda bien de les produire avant d’en avoir approfondi et calculé tous les détails. Il ne mit pas moins de trente-six ans à réunir toutes les recherches et les calculs qui devaient le confirmer dans la réalité du système qui porte son nom, et suivant lequel toutes les planètes tournent autour du soleil, à l’exception de la lune, qui tourne autour de la terre. La pensée de la mobilité de notre globe avait été conçue par Pythagore. Archimède, Aristote, Platon, avaient été frappés de cette opinion, à laquelle Cicéron et Plutarque étaient près de se ranger. Mais, abandonnée pendant le cours du moyen âge, elle se présentait comme toute nouvelle au xvie siècle. Cependant l'ouvrage dans lequel Copernic l’exposait, et qui a pour titre : les Révolutions des corps célestes, n’agita pas beaucoup les esprits, parce que l’auteur, génie calme et patient, n’avait rien de la fougue ardente des novateurs et ne prétendait nullement imposer ses opinions. « Le monde pensant, dit M. J. Bertrand ’, mit autant de temps à com-
1 Les Fondateurs de l’ostronnmie moderne, p. 55.
prendre le livre des Révolutions que Copernic en avait mis à le composer; il a fallu que la véhémence sublime de Kepler, la finesse persuasive de Galilée et la précision magistrale de Newton vinssent appuyer et affermir sa doctrine, pour réduire peu à peu au silence ses opiniâtres contradicteurs. »
Copernic parvint en même temps à rendre raison de l’inégalité périodique des jours et des nuits, de la variété des saisons; il expliqua le parallélisme de l’axe terrestre et son inclinaison à l’équateur, enfin le phénomène de la précession des équinoxes et les irrégularités apparentes du mouvement des planètes. Copernic mourut à l’âge de soixante-dix ans, l’année même où parut son livre (1543), qu’il dédia au pape Paul III.
Après la mort de Copernic, Rhetius, son élève, défendit son système et donna de nouvelles preuves à l’appui. Toutefois sa théorie ne prit place définitivement dans la science que dans le cours du siècle suivant, après les travaux de Galilée et ceux de Kepler.
Le Danois Tycho-Brahé, né en 1546, à Knudstorp, en Scanie, eut également l’honneur de donner son nom à un système du monde, dans lequel il chercha à concilier ceux de Ptolémée et de Copernic. Il était le second enfant d’une riche et très-noble famille. Il fut élevé par un oncle qui l’envoya à Copenhague, où il fit de bonnes études classiques. A l’âge de treize ans, frappé de la prédiction qu’avaient faite les astronomes d’une éclipse de soleil , ses goûts et toutes ses idées se dirigèrent dès lors vers l’étude des astres. Trois ans après, il alla faire son droit à Leipzig, mais sans discontinuer ses études astrono-