‹ La science et les savants au XVIe siècleChapitre 125 sur 145 · LIVRE VI · texte numérisé non relu

LIVRE VI

iniques, car, à dix-neuf ans, il observa et décrivit la conjonction de Saturne et de Jupiter. A la suite d’une discussion, il se battit en duel, au sabre, et il eut le nez coupé, ce qui, en l’éloignant du monde, le tourna tout à fait vers l’étude des sciences, et il se mit à voyager en Allemagne, en Suisse et en Italie.

Revenu à Copenhague, il reprit ses études astronomiques et publia un premier ouvrage au sujet d’une étoile nouvellement apparue. Les étudiants de l’université le prièrent de faire un cours d’astronomie, et, malgré l’opposition de sa famille, le roi l’y encouragea, quoique sa haute naissance semblât devoir l’éloigner d’un enseignement public. Ses succès lui méritèrent une telle faveur de la part du souverain, que celui-ci lui fit présent d’une île située près d’Elseneur, file de Hwen ( Hueno ). Tycho-Brahé y fit construire le célèbre observatoire d’Uranienbourg, où il attira plusieurs astronomes pour l’aider dans ses recherches, et où il résida pendant dix-sept ans.

Après la mort du roi Frédéric II, son fils, Christian IV, non-seulement lui témoigna quelque indifférence, mais l’influence de ses courtisans lui suscita des contrariétés qui déterminèrent le savant à quitter l’île de Hueno , pour se retirer dans le Holstein, chez le duc de Rantzau. L’empereur d’Allemagne , Rodolphe II , l’ayant prié de venir habiter près de lui, Tycho-Brahé se rendit à Prague, en 1599.

Il s’installa au château de Renach, et s’entoura de savants et d’astronomes parmi lesquels se trouvait l’illustre Kepler. Mais, fatigué de cette sorte d’exil, malade et découragé, il ne put continuer ses tra-

vaux, qu’il chargea Kepler de poursuivre, et mourut à Prague, en 1601. Ses dernières paroles à ses disciples furent celles-ci : « Je ne crois pas avoir vécu inutile. » Non frustra vixisse videor.

Le système de Tycho-Brahé plaçait la terre au centre de l’univers et faisait tourner autour d’elle le soleil et la lune, tandis que le soleil restait le centre des révolutions des autres planètes. Bien que cette combinaison ait été généralement rejetée, il resta à Tycho-Brahé la gloire d’avoir avancé l’astronomie par un grand nombre d’observations importantes. Il perfectionna la théorie de la lune, découvrit la variation et l’équation annuelle de cet astre ; il prouva que les comètes ne sont pas de simples météores , et dressa un catalogue de sept cent soixante-dix-sept étoiles observées avec une exactitude inconnue jusqu’à lui.

Dans la seconde moitié du même siècle, le pape Grégoire XIII, très- versé en astronomie, s’appliqua à la réforme du calendrier, devenue indispensable. Cette réforme qui porte son nom , et qui est encore en usage aujourd’hui, fut surtout l’ouvrage de l’astronome italien Lilio. Guillaume IY, de Hesse-Cassel , s’occupa également de cette science. Il fit construire un observatoire, et dressa un catalogue d’étoiles fixes. Il fut aidé dans ce travail par Rothmann et par Juste Byrge, inventeur d’un compas de proportion.

Il nous reste à parler d’un dernier et célèbre astronome du même siècle, Jean Kepler, qui eut la gloire de confirmer le système de Copernic, en l’appuyant sur de nouvelles observations, et d’asseoir l’astronomie moderne sur ses bases définitives, en

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