LIVRE VI
découvrant les lois générales de la marche des corps célestes.
Jean Kepler était né en 1571, à Weil, petite ville du duché de Wurtemberg, d’une famille pauvre quoique noble. Élevé gratuitement au séminaire protestant de Maulbronn, il y fit de rapides et brillantes études. Il étudia la théologie à Tubingue et devint, à vingt-deux ans, professeur de mathématiques et de morale, à Gratz, en Styrie. C’est là qu’ayant été chargé de la rédaction d’un almanach, il prit pour l’astronomie un goût si prononcé qu’après quelques années il alla à Uranienbourg, se placer sous le patronage de Tycho-Brahé, dont il eut l’honneur de partager les travaux. Nommé mathématicien de l’empereur Rodolphe, il s’appliqua à démontrer la réalité du système de Copernic, en ce qui concerne la marche des planètes, et bientôt il découvrait les lois mathématiques qui règlent leur course.
Ces lois, qui portent encore le nom de Kepler, se résument dans les propositions suivantes : 1° Les carrés des temps des révolutions planétaires sont entre eux comme les cubes des grands axes de leurs orbites. ‘2° Les orbites planétaires sont des ellipses dont le soleil occupe un des foyers. 3° Le temps employé par une planète à décrire une portion de son orbite est proportionnel à la surface de l’aire décrite pendant ce temps par son rayon vecteur. Ces découvertes, qu’il ne fit connaître qu’en 1618, lui avaient coûté vingt -deux années d’observations et de recherches. Elles ne furent guère appréciées toutefois que lorsque Newton eut signalé leur réalité et leur importance, en démontrant que de ces lois résultaient les principes de la gravitation universelle.
Mais ce n’est pas à ces découvertes que se bornèrent les travaux et que s’arrêta la gloire dé Kepler. Il devina l’existence de planètes inconnues de son temps, entre Mercure et Vénus, et entre Mars et Jupiter. Il exposa les circonstances singulières qui accompagnent les éclipses; il expliqua les irrégularités de la lune par les actions combinées du soleil et de la terre, et les marées par l’attraction lunaire. Ses découvertes servirent autant à ruiner le système de Tycho-Brahé qu’à confirmer celui de Copernic. Il résuma et élucida les vues émises par Maurolico et par Porta sur les phénomènes et le mécanisme de la vision ; il perfectionna les lunettes, il donna des tables de logarithmes, il soupçonna la rotation du soleil sur lui-même, que Galilée confirma par l’observation des taches de cet astre; il attribua au soleil une vertu motrice qui en fait le suprême modérateur des corps célestes, action qui s’exerce en raison de la distance; enfin il compara la pesanteur des corps terrestres à la gravitation des planètes vers le soleil. On voit qu’il était on ne peut plus près de la découverte de Newton, et combien ces idées aussi justes que hardies durent servir aux démonstrations brillantes du grand physicien anglais.
Kepler pensait que les astres n’étaient pas sans influence sur l’existence des -hommes. Il avait fait des almanachs, et tirait parfois des horoscopes. Il disait que l’astronomie étant fille de l’astrologie, cette science ne devait pas se faire scrupule de nourrir sa' mère. La chimie moderne aurait pu en dire autant de l’alchimie; mais elle a montré plus d’ingratitude et méconnu trop souvent ce qu’elle devait à son origine.
MO