‹ La science et les savants au XVIe siècleChapitre 127 sur 145 · LIVRE VI · texte numérisé non relu

LIVRE VI

Le nombre des écrits de Kepler est considérable. Les plus importants sont le Prodrome ou le Mystère cosmographique, qu’il publia à l’âge de vingt-cinq ans, l’Astronomie nouvelle (1609), l’Harmonie du monde, l'Harmonie lunaire, etc. Il rédigea avec Tycho-Brahé les tables astronomiques connues sous le nom de Tables Rudolphines, auxquelles il travailla vingt- six ans. Ce qui caractérise le génie de Kepler, c’est la hardiesse en même temps que la netteté de ses vues, sa patience à les appuyer sur le calcul, mais surtout sa bonne foi qui ne lui permettait de se faire aucune illusion et qui le portait à revenir volontairement de ses opinions quand il ne les jugeait pas assez fondées. S’il mêla à ses immortels travaux quelques idées mystiques, quelques théories hasardées , s’il montra même quelque penchant pour l’astrologie, c’est un tribut qu’il devait à son époque ainsi qu’à la faiblesse humaine; mais ces taches n’ôtent rien à sa gloire réelle, aujourd’hui à l’abri de toute sérieuse atteinte.

Né dans une condition humble, laborieux, résigné et plein de courage, Kepler ne connut jamais l’aisance. La guerre de Trente ans ayant épuisé les linancesde l’Allemagne, son traitement fut suspendu, et il était presque réduit à la misère, quand il vint à Ratisbonne pour réclamer l’arriéré de sa pension, ou du moins obtenir quelques secours. Arrivé dans cette ville, accablé de fatigue et de privations, il y tomba malade et y mourut six jours après (1631). C’est seulement au xixe siècle que sa patrie s’est montrée reconnaissante envers la mémoire de ce grand astronome, en lui élevant un magnifique tombeau.

Un des faits capitaux dus à l’initiative des astronomes du xvie siècle , c’est l’abandon du principe établi par les philosophes grecs, à savoir que les corps célestes ne pouvaient être emportés dans l’espace que par un mouvement uniforme : opinion qui, sur l’autorité des anciens, était considérée jusque-là comme un axiome. Les anciens, ainsi que l’a remarqué judicieusement M. Bertrand1, « disaient que chaque planète est mobile sur un cercle; mais ils admettaient que le centre de ce cercle, nommé épicycle , est entraîné à son tour uniformément sur la circonférence d’un autre cercle, appelé le défèrent, en emportant la planète qui le parcourt. Celle-ci se trouve ainsi soumise à deux mouvements qui l’attirent mutuellement par leur composition; elle ne peut, quoi qu’on fasse, décrire qu’une seule courbe, qui n’est pas un cercle, mais qui est produite par la combinaison de deux mouvements circulaires; et par cette finesse de discours, ils prétendaient tout concilier. » Copernic ne put s’affranchir complètement de ce principe alors généralement admis; Tycho-Brahé s’y soumit jusqu’à certain point; Kepler ne parvint à démontrer que les orbites circulaires sont réellement des ellipses qu’après trente ans de travaux, et c’est seulement sur l’autorité de Galilée que cette grande vérité, définitivement installée dans les sciences, ouvrit une nouvelle carrière aux développements de la mécanique céleste.

Toutefois il reste quelque chose de l’opinion des anciens astronomes, et le fait découvert par les modernes n’en serait qu’une éclatatante modification : c’est qu’en principe, les planètes sont entraînées dans

1 J. Bertrand, les Fondateurs de U astronomie moderne.

Page 1