‹ La science et les savants au XVIe siècleChapitre 13 sur 145 · LIVRE I · texte numérisé non relu

LIVRE I

les tremblements de terre, les sources, les mines et les principaux phénomènes de la mer.

Malgré tous ces efforts, les progrès des Arabes dans les sciences naturelles ne semblent pas en rapport avec tant de labeurs. Ils firent peu avancer les sciences d’observation. Mais une étude à laquelle ils se livrèrent avec passion, et même avec un certain succès, c’est l’art hermétique, plus connu sous le nom d 'alchimie; car, bien que cette étude ait été la source d’une foule d’erreurs, il faut reconnaître que c’est là une de leurs gloires, et qu’ils ouvrirent ainsi la carrière à une science réelle, la chimie, dont les développements forment l’une des principales richesses du savoir de nosjours.

Philosophie hermétique. — La philosophie hermétique était née dans l’empire d’Orient au moment de la grande lutte qui s’établit, dans les premiers siècles de l’ère chrétienne, entre les anciennes et les nouvelles croyances. Elle ne fut, dans son origine, qu’un mélange des mythes de l’Inde, de l’Égypte, de la Grèce, et des systèmes philosophiques de l’antiquité. Plus tard, elle se concentra dans l’école d’Alexandrie, d’où elle passa chez les Arabes. Là, elle s’allia aux idées fantastiques de l’Orient, à l’astrologie, à la magie et à la cabale; puis, apportée en Europe à l’époque des croisades , elle chercha à se rattacher aux mystères du christianisme. Mais bientôt, combattus par l’Église, alors toute puissante, les alchimistes se retirèrent dans la solitude, enveloppèrent leurs travaux d’obscurité, et les concentrèrent sur deux objets principaux : l’art de faire de l’or, et les moyens de prolonger la vie, ce qu’ils dissimulèrent

encore en disant qu’ils se livraient à la recherche du grand œuvre. L’alchimie prit dès lors une nouvelle forme en se confondant avec la scolastique. Plus tard encore , elle pénétra dans les ateliers, dans les laboratoires , dans les mines, et, sous le nom de chimie, prit rang d’une manière définitive dans les écoles de la Renaissance. A ne la considérer que durant le moyen âge, elle se présente déjà sous un aspect digne de fixer notre attention.

La plupart des sciences physiques et naturelles avaient été cultivées dans l’antiquité; mais l’alchimie, et la chimie qui en procéda, appartiennent exclusivement aux temps modernes. Les Égyptiens, et d’autres peuples antiques, possédaient sans doute quelques connaissances pratiques relatives aux arts, à l’industrie, à la métallurgie, à la teinture; mais ces connaissances n’étaient pas coordonnées, et ne pouvaient par conséquent donner lieu à aucune doctrine scientifique positive. Le savant Arabe le plus éminent qui se soit distingué dans cette voie nouvelle est, sans contredit, Géber (Yeber ou Gheber), (Abou Moussah- Djafar-ben-al-Sophi), que l’on croit né, au ixe siècle, en Mésopotamie. C’était un Juif converti à l’islamisme. Bien que les premières notions alchimiques remontent au delà de son époque, il fut généralement considéré comme le père de cette science. On peut dire que Géber est à l’histoire de la chimie ce qu’Hippocrate est à l’histoire de la médecine.

C’est à lui qu’il faut rapporter un grand nombre de découvertes et d’opérations importantes, dont la chimie moderne a largement profité, telles que la distillation, la cristallisation, la sublimation, la calcination, la coupellation, etc., qu’il a décrites très-exac-

Page 1