‹ La science et les savants au XVIe siècleChapitre 14 sur 145 · LIVRE · texte numérisé non relu

LIVRE

tement. Il a parlé de l’eau-forte, de l’eau régale, du précipité rouge, du sublimé corrosif, de la pierre infernale. Ce qui lui donne évidemment l’antériorité relativement à la distillation , c’est que les mots alambic et alcool sont arabes. Il a décrit la préparation de la potasse ( alcali , encore un mot arabe), du sel ammoniac, du sel gemme, du nitre, de l’alun. Il a connu le crocus de fer, la litharge, le foie de soufre, le soufre précipité, et une foule d’autres produits. Il croyait peu à la panacée universelle et à la transmutation des métaux. Il regardait, selon l’opinion du temps, les métaux comme étant composés de soufre et de mercure, auxquels il ajoutait l’arsenic; mais sous ces noms il entendait autre chose que ce que nous entendons aujourd’hui. Il remarqua le premier l’augmentation de poids qu’acquièrent les métaux quand on les calcine; enfin il avait fixé son attention sur les gaz (esprits), qui ont tant d’inlluence sur les opérations chimiques ; mais ce sujet était si difficile à traiter, en raison des idées de l’époque , qu’il n’osa pas le trop approfondir.

Géber fut un compilateur consciencieux, et un observateur aussi exact que modeste. On évalue à cinq cents le nombre de ses écrits hermétiques; mais peut-être sont-ils en partie l’ouvrage de plusieurs savants qui ont porté le même nom. Ils sont pour la plupart écrits en latin , et forment une sorte de collection encyclopédique portant différents titres , que nous renonçons à énumérer.

Nous retrouvons encore, parmi les alchimistes arabes, les noms de plusieurs savants déjà cités comme médecins ou naturalistes. Ainsi Rhazès décrivit le premier la préparation de l’huile de vitriol,

et la distillation de l’eau-de-vie, attribuée également à Arnauld de Villeneuve, ainsi que nous le verrons plus tard. Albucasis, qui s’occupa surtout de la confection des médicaments, donna aussi des détails sur les appareils distillatoires ; toutefois la distillation avait été assez explicitement décrite, dès le ive siècle, par un philosophe d’Alexandrie, Zozime de Panopolis. Aristote parle aussi, dans ses Météorologiques , de la vaporisation de l’eau par la chaleur, et de sa condensation par le refroidissement. Strabon cite une liqueur que les Indiens retiraient de la fermentation du riz (probablement Yarak), et Pline indique le procédé connu avant lui pour obtenir l’essence de térébenthine. Avicenne, dans son Traité des Pierres, Averrhoës et Mésué traitèrent également de l’alchimie dans divers ouvrages. Un autre alchimiste, Artephius, que l’on suppose né au commencement du xne siècle, écrivit le Livre secret de l’art occidte et de la pierre 'philosophale, la Clef de la sagesse, etc. On trouve, dans ce dernier ouvrage, cette assertion, singulièrement avancée pour l’époque : « Les minéraux proviennent des éléments primitifs; les plantes des minéraux, et les animaux des plantes; et comme chaque corps se résout en un autre corps d’un ordre immédiatement inférieur, les animaux deviennent des plantes, et les plantes des minéraux. » C’est dans Artephius que l’on trouve pour la première fois la préparation du savon. Au xie siècle, Alfarabi s’était montré un des plus zélés propagateurs de l’alchimie. On remarque encore parmi eux Morien, le maître de Calid, que l’on a dit être un roi d’Égypte, l’auteur des Secrets de l’Alchimie et des Trois Paroles ; Zadith, auteur de la Table chimique; Alfidius, qui vécut au x° et au xie siècle ; Bu-

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