LIVRE I
bacar, auteur du livre clés Secrets, et Alchid Béchil, qui paraîtrait avoir connu la préparation du phosphore.
N’oublions pas, dans cette liste, Maimonide ou Mosès, célèbre rabbin, qui vécut au xne siècle. Élève d’Averrhoës pour la médecine et la philosophie, il écrivit de nombreux traités sur les sciences médicales. Gomme il était Juif, et par conséquent proscrit, il se réfugia en Égypte, où, après avoir fondé une école de philosophie et de médecine, il devint le médecin du sultan Saladin. Le kadi Fadhel, magistrat important du Caire, lui ayant ordonné d’écrire sur les poisons, Maimonide, quoique déjà avancé en âge, composa sur ce sujet un livre fort estimé, auquel il donna le titre de Traité Fadhelitch, dont le manuscrit existe encore à la Bibliothèque impériale, et que l’on s’occupe de traduire. Maimonide cultiva aussi les mathématiques, la philosophie, etc. Sa réputation fut telle, qu’on le surnomma le Platon des Juifs, et que l’année de sa mort (1208) fut appelée, dans les annales des Hébreux, l 'année de la désolation.
Nous ne tarderons pas à retrouver la philosophie hermétique, devenue l’alchimie, dans les mains .des savants occidentaux, chez lesquels elle changea plus d’une fois de forme et d’objet,, et absorbant toutes les forces vives de la science, jusqu’au moment où elle prit un caractère plus sérieux, grâce aux travaux des chimistes de la renaissance et du xvne siècle.
Les Arabes cultivèrent aussi d’autres branches scientifiques. Au xie siècle, Al-Ilasen écrivit un traité d’optiqu e(Opticœ Thésaurus), dans lequel il développa, d’une manière exacte et précise, les lois de la réfraction. Salmana s’occupa avec succès de météorologie.
Le kndi Fadliel ordonne à Maimonide d'écrire sur les poisons
En astronomie, ils furent d’une grande fécondité, et préparèrent les grandes découvertes des siècles suivants. On s’est plu à leur attribuer l’invention des chiffres arabes et de l’arithmétique, qui s’y rapporte; mais il paraît que ces caractères et ce système de numération existaient déjà dans l’Inde depuis longtemps. On ne saurait toutefois leur contester le mérite d’avoir imaginé l’algèbre , qui fut considérablement perfectionnée par les savants occidentaux.
La géographie fit chez eux des progrès importants; mais les écrivains arabes n’attachèrent un intérêt réel qu’aux contrées soumises à l’islamisme. Leur voyageur le plus célèbre est Ibn-Batouta , qui arriva, au xivR siècle, jusqu’à Tombouctou. Aboulféda , prince syrien, qui fut voyageur, guerrier et philosophe, peut être regardé comme le type du génie arabe. Il fut surnommé le roi victorieux et la colonne de la religion. On lui attribue de nombreux écrits sur l’histoire et la philosophie, entre autres : ï Histoire du genre humain et le livre de la Vraie Situation des pays. En agronomie, ils ajoutèrent peu aux connaissances acquises au moyen âge. Cependant les Sarrasins d’Espagne rédigèrent un Code agricole précieux et fort estimé.
L’étude des sciences s’éteignit chez les Arabes d’Orient bien plus tôt que chez les Sarrasins, ou Maures d’Occident, parce qu’au xie siècle les Turcs détruisirent la plupart des califats d’Asie, et se substituèrent à leur domination. Les Maures conservèrent encore pendant plusieurs, siècles , en Espagne , le goût des arts et de l’instruction. Leurs universités continuèrent à fleurir et à servir de modèles à toutes celles qui s’établirent successivement en Europe.
Nous allons voir par quelles phases les sciences devaient passer chez les autres nations occidentales, avant d’arriver à une ère définitive de renaissance et de progrès.
Occidentaux. — Tandis que la civilisation arabe avançait quelque peu les sciences physiques et naturelles , ainsi que les connaissances générales, les autres nations européennes ne laissaient pas de faire aussi d’heureux efforts pour arriver également à la lumière. Bien que les princes barbares attachassent peu d’intérêt au développement du savoir, le gouvernement des Goths se montra assez favorable à l’avancement des connaissances. Théodoric, qui avait le génie de la civilisation, et dont les vues étaient libérales, protégea le commerce et l’agriculture. Il estimait les savants , et s’occupait lui-même de physique et d’histoire naturelle. Gassiodore était son secrétaire intime; Boëce, qui eut longtemps sa confiance et devint son ministre, était gendre de Symmaque, orateur, consul et pontife; ce qui n’empêcha pas Théodoric de sacrifier ces deux savants à sa jalousie soupçonneuse.
Les hordes victorieuses avaient accepté sans trop de difficulté la religion chrétienne. Les bibliothèques furent transportées dans les églises, et les barbares les respectèrent. Les papes, comme chefs de l’Église chrétienne, imposèrent la langue latine à tous les ecclésiastiques , et cette circonstance préserva la civilisation d’une ruine totale en Occident. Au milieu
du désordre qui accompagna l’invasion, quelques hommes studieux, afin de s’éloigner du théâtre de ces horribles luttes, se retirèrent en Égypte. C’est là que parurent, au ive et au Ve siècle, les premiers solitaires chrétiens. En 543 , saint Benoit de Nursie fonda, sur le mont Cassin, un monastère célèbre qui fut le berceau de l’ordre des Bénédictins. Les communautés se multiplièrent rapidement, parce que c’étaient les seuls lieux où l’on pût jouir de quelque tranquillité, et se livrer à l’étude. C’est ainsi qu’à cette époque de troubles et de ténèbres de l’intelligence, le clergé conserva à la fois le dépôt de la religion , celui de la langue latine et celui des sciences.
A la même époque parurent ces éloquents propagateurs des doctrines du christianisme, brillants successeurs des premiers apôtres : les Athanase, les Grégoire de Nazianze, les Ambroise, les Basile, les Chrysostome, les Augustin. Deux siècles après, les moines, dans leur ardeur exclusive pour les discussions théologiques, négligèrent les manuscrits qui se rapportaient à toute autre étude. Plus tard, ils les détruisirent pour y substituer des controverses. Heureusement quelques-uns de ces précieux vestiges de l’antiquité restèrent enfouis dans les bibliothèques de certains couvents retirés, jusqu'au moment où l’imprimerie vint les soustraire à une destruction qui, sans elle, eût été complète et définitive.
Au vie siècle, Grégoire de Tours et son continuateur, Frédégaire, écrivirent l 'Histoire des Francs , si précieuse pour l’intelligence de l’invasion barbare, et pour le tableau des coutumes de cette période. Au siècle suivant, Isidore de Séville écrivit son Etymologicon, ou traité des origines : résumé encyclopédique