LIVRE I
de toutes les sciences alors connues, qui servit, jusqu’au xne siècle, à l’enseignement dans les écoles. C'est là à peu près tout ce que produisit le goût de l’étude dans les deux siècles qui précédèrent l’avénement de Charlemagne.
Charlemagne. — Dès le vic siècle, les nations germaniques avaient étendu leur domination sur toute l’Europe occidentale. Les Francs possédaient la Gaule et l’Allemagne; les Lombards régnaient en Italie, et les Saxons en Angleterre. Tous ces peuples étaient réunis par la même religion, sous l'influence spirituelle des papes, et tous les hommes éclairés y parlaient la langue latine. Les ordres religieux établis sur toute la surface de l’Europe contribuaient encore à cette unité morale. Charlemagne, qui réunissait sous son empire la France, la Saxe et l’Italie, comprit tout le parti qu’il pouvait tirer de ces éléments. Génie élevé, c’est par la civilisation, plus encore que par les armes, qu’il résolut d’assurer sa puissance. Il s’appliqua à renouer le 111 des connaissances humaines ; il fonda des écoles dans les monastères et dans les cathédrales; il institua des chaires publiques en dehors des couvents; il fonda, dans son palais même, une sorte d’académie dont il était l’un des membres ; il s’entoura de savants et de clercs, qui le secondèrent habilement dans ses vues. Tels furent Alcuin, diacre de l’Église d’York, qu’il attira à sa cour, et qui possédait toutes les langues ainsi que toutes les sciences de son époque ; Éginhard, son secrétaire; Odon, archevêque devienne; et Hincmar, archevêque de Reims. C’est à tort pourtant que 1 on attribue à Charlemagne la fondation de l’université,
qui ne date que du xm° siècle. Les connaissances que l’on enseignait alors dans les écoles se bornaient au Triduum et au Quadrivium , qui comprenaient les sept arts libéraux.
Charlemagne encouragea le commerce, l’agriculture et l’industrie; il appela les étrangers à fonder en France des colonies agricoles. On abattit des forêts, on dessécha des marais, on défricha les terrains incultes. Les moines cultivaient les terres de leurs mains et les mettaient en valeur. La féodalité retarda ces progrès, parce qu’elle apportait des obstacles à la circulation, et qu’elle ne favorisait la production que dans la limite des besoins de chaque localité. C’est à Charlemagne que remonte l’usage de compter par livres, sols et deniers. Il essaya même d’établir l’uniformité des poids et des mesures dans son empire.
Depuis le vie siècle, la médecine n’avait été exercée que par les moines , qui à des connaissances peu avancées mêlaient trop souvent des pratiques bizarres. Pourtant c’est à eux qu’on doit l’établissement des premiers hôpitaux, qui d’abord ne furent que des asiles offerts par la charité aux malades indigents , mais qui plus tard servirent à l’instruction des jeunes médecins. La fondation de l’école médicale du Mont-Cassin avait été le point de départ d’études plus élevées ; celle de l’école de Salerne, au vme siècle, accrut encore les connaissances de cet ordre. Charlemagne réunit l’enseignement de la médecine à celui des écoles cathédrales, et permit à tous les clercs d’exercer la pratique de l’art de guérir.
Dans le cours du même siècle , Alfred le Grand fit en Angleterre, en faveur de la civilisation, des efforts