LIVRE I
analogues à ceux de Charlemagne. Il encouragea les sciences et les lettres, qu’il cultiva lui-même. Il lit fleurir le commerce et la navigation ; il institua le jury, jeta les fondements de la puissance maritime de l’Angleterre. Les successeurs de ces deux grands princes ne surent pas suivre leur exemple et soutenir le noble élan qu’ils avaient donné. Les fds de Louis le Débonnaire s’ôtant partagé l’empire de Charlemagne, les liens des nations européennes furent rompus. Les invasions des Normands dans plusieurs contrées , celles des Danois en Angleterre , les luttes violentes qui accompagnèrent la décadence des institutions féodales, replongèrent l’Europe dans la barbarie. Vers la fin du Xe siècle, le latin cessa d’être la langue vulgaire, et fut partout remplacé par la langue romane et par les autres idiomes modernes.
Toutes les lumières qui pénétraient alors en Europe étaient empruntées aux Arabes d’Espagne; tous les hommes qui recherchaient l’instruction allaient la puiser dans leurs écoles. Gerbert, d’Aurillac, archevêque de Reims, qui fut depuis le pape Sylvestre II, avait fait ses éludes h. Cordoue. Cerbert possédait de vastes connaissances. C’est à lui que l’on doit l’introduction des chiffres numératiques qui portent le nom des Arabes, et l’invention des horloges à balancier. Les premières écoles établies en Europe sur le modèle des écoles arabes furent celles destinées ci l’instruction médicale. L’école de Salerne, fondée par l’empereur Frédéric II, avait joui jusqu’alors d’une célébrité exclusive. Au xie siècle, Constantin l’Africain, moine de Saint-Benoît, secrétaire de Robert Guiscard, passa la fin de sa vie à Salerne, à traduire les ouvrages des Grecs et des Arabes. Au
siècle suivant, Jean de Milan y écrivit en vers léonins les préceptes adoptés par cette école , sous le nom de Regimen sanitatis. Dans le siècle suivant s élevèrent les écoles de Bologne, de Montpellier et de Paris.
Croisades. — Si la période que nous venons de parcourir présente si peu de résultats favorables aux progrès des sciences, c’est qu’elle fut remplie presque tout entière par des événements qui concentrèrent sur un seul point toutes les forces des nations européennes. Les croisades occupent, en effet, à elles seules la plus grande partie de l’histoire du xie au xme siècle. Les craintes qu’avait inspirées la fin du siècle précédent, relativement à la durée du monde, avaient suscité parmi les nations chrétiennes un redoublement de pieuse ferveur. Les voyages en terre sainte s’étaient prodigieusement multipliés, et les Turcs, moins tolérants que les Arabes, avaient rendu ces voyages pleins de périls. Le désir de les rendre plus faciles, peut-être aussi la nécessité de fournir un débouché à des populations devenues nombreuses et misérables, furent au nombre des motifs de ces entreprises; mais d’autres causes plus élevées les déterminèrent, et en prolongèrent la durée. La première fut cette lutte que les chrétiens soutenaient depuis le.vne siècle contre les mahométans, et qui, triomphante dans presque toute l’Europe, fut tout à coup transportée en Asie, foyer