LIVRE I
tournant une partie de ses travaux vers leur application aux arts et à l’industrie. La peinture sur verre devient l’objet d’un art important; l’emploi du pastel et de la cochenille s’introduisent dans celui de la teinture ; l’extraction des métaux prend un vaste développement : tout annonçait que le mouvement intellectuel qui agitait les esprits ne tarderait pas à faire explosion , et que la science allait s’installer définitivement sur le sol de l’Europe moderne.
Alchimie. — Nous voyons ici reparaître une autre forme de recherches savantes, qui occupe une large place dans l’histoire de l’intelligence, pendant le moyen âge, d’abord sous le nom d’art hermétique, puis sous celui d’alchimie, et dont le retentissement s’est propagé jusque dans les siècles les plus rapprochés du nôtre. Cet épisode important de la marche de l’esprit humain mérite d’arrêter de nouveau notre sérieuse attention.
Au milieu des efforts qu’ils firent pour s’opposer à la propagation des dogmes du christianisme, les défenseurs du paganisme expirant cherchèrent partout des armes contre l’envahissement de la religion nouvelle. De tous les débris du panthéisme de diverses époques, naquirent des doctrines mystiques qui prirent la forme d’une sorte de science, ou plutôt d’un art enveloppé de formules et de bizarres pratiques. Le langage qu’on y employait avait la plus grande analogie avec celui des hiéroglyphes; les initiés s’engageaient, sous peine de mort, à n’en point révéler les secrets. Cet art, qui prit quelquefois le nom d’art sacré, reposait sans doute sur certains faits scientifiques; mais ces faits étaient entourés de symboles, de
pratiques singulières qui les rendaient inaccessibles au vulgaire, et leur donnaient un caractère surnaturel . Les nombres, comme dans le système de Pythagore, y jouaient. un rôle important; les éléments, les planètes, les plantes, les animaux, et jusqu’aux lettres de l’alphabet y figuraient comme autant d’emblèmes mystiques. L’alchimie, en effet, se compose d’une multitude de faits, d’opinions, de doctrines de toute nature, presque sans liaison, sans unité, dont l’histoire est répandue sur toute l’étendue du moyen âge.
C’est dans les auteurs byzantins qu’il est fait mention pour la première fois d’alchimie. Suidas est le premier qui parle de l’art de transmuter les métaux, sous le nom de Chemia. Chem ou Clüm , ancien nom de l’Égypte , indiquait le pays où l’on dit que cet art avait pris naissance. Les Byzantins commencèrent à s’en occuper vers le vnG siècle. Tous les ouvrages qui s’y rapportent furent attribués à Hermès; de là le nom de philosophie hermétique, qui fut longtemps synonyme d’alchimie. Cepenant tous ces livres paraissent être l’ouvrage des moines de cette époque, car on n’a jamais retrouvé les livres originaux que l’on attribuait à Hermès.
C’est dans ces traités apocryphes que les adeptes cherchaient le prétendu secret de la pierre philosophale , l’objet capital de tous leurs travaux. On y rencontre toutefois certains faits d’un haut intérêt pour l’histoire des sciences. Ainsi, dans les écrits de Zozime de Panopolis, philosophe du iv° siècle, on trouve tout ce qui a rapport à la distillation. L’alambic, la cornue et son récipient y sont figurés avec tous leurs détails. Un ouvrage de Synesius, du ve siècle,