LIVRE
contient la description et la figure d’un vase distillatoire, en verre, ainsi que d’un instrument aréométrique qu’il nomme hydroscopium, et qui n’est autre chose que notre pèse-liqueur. Enfin, dans un manuscrit latin, intitulé : Le Livre des Feux, attribué à Marcus Græcus, auteur du ixe siècle, on trouve la description exacte de la composition de la poudre à canon, en même temps que la distillation de l’eaude-vie et de l’essence de térébenthine, qui entraient dans la préparation du feu grégeois.
L’objet définitif auquel se rapportaient toutes les opérations de l’alchimie, était le grand œuvre ou la découverte de la pierre philosophale, aussi appelée le mercure des sages. La pierre philosophale était le secret de convertir les métaux d’un ordre inférieur en métaux parfaits, c’est-à-dire en or ou en argent. Ce secret devait en outre conduire à la connaissance de la panacée universelle ou élixir philosophique, capable de guérir toutes les maladies, et, par conséquent, de prolonger indéfiniment l’existence. Ainsi, richesse, santé, existence indéfinie, tels ôtaient les premiers objets de cette recherche; mais là ne s’arrêtaient pas les espérances des adeptes : il leur fallait encore franchir les limites de la sphère terrestre, et atteindre celles de la vie spirituelle. Ceci était le côté théorique ou spéculatif du grand œuvre; il se rattachait aux mystères de la religion, de la cosmogonie et de l’astrologie. Cette dernière modification de la pierre philosophale, qui portait le nom d’âme du monde, en élevant les esprits des initiés dans les régions supérieures, devait leur faire partager le sort réservé aux créatures surnaturelles, c’est-à-dire le bonheur au sein de la Divinité ou dans le commerce des esprits
infernaux. C’est ce qui rapprocha l’alchimie de la magie et de la cabale.
La magie tirait son nom des mages qui, chez les Perses et les Mèdes, exerçaient une puissance analogue à celle des druides chez les nations gauloises. La magie comprenait la religion, l’astronomie et la médecine. Les doctrines magiques, ainsi que celles des druides, avaient la plus grande ressemblance avec celles des prêtres égyptiens. Ces doctrines, et les pratiques qui s’y rapportaient, donnèrent naissance à la cabale (tradition), d’abord propagée par les alchimistes. Les nombres, les analogies mystiques, le microcosme et le macrocosme, les cercles lumineux, les organes de l’homme et les planètes jouaient le principal rôle dans cette doctrine, qui avait de nombreux rapports avec la magie et avec le fameux système philosophique de Pythagore.
Les sciences cabalistiques, au moment où elles s’introduisirent en Europe, trouvèrent partout la scolastique en possession de l’enseignement. Aux disputes métaphysiques qui la préoccupaient depuis deux siècles les alchimistes essayèrent de substituer des arguments fondés sur l’observation et l’expérience. Les adeptes annoncèrent même la prétention de trouver dans les livres saints la solution de divers problèmes scientifiques. La lutte s’anima, et ne tarda point à sortir des bancs de l’école. On sait qu’à cette époque l’autorité imposait facilement silence à tout observateur qui osait approfondir les causes de certains phénomènes. On pouvait discuter sur le nominalisme ou le réalisme, sur les universaux ou sur les catégories, mais non se livrer à l’investigation des faits dont l’explication ne s’accordait pas avec les idées établies.