‹ La science et les savants au XVIe siècleChapitre 23 sur 145 · LIVRE L · texte numérisé non relu

LIVRE L

Les sciences physiques portaient alors le nom de sciences occultes, parce qu’on était censé ne pénétrer les mystères de la nature qu’à l’aide de maléfices, et d’un pacte secret avec les 'esprits infernaux. Le titre de savant était le synonyme de celui de magicien. Or, on connaît les peines terribles auxquelles s’exposait quiconque était soupçonné de magie. Malheur à celui qui cherchait à dépasser les limites violemment imposées à l’intelligence! La prison, la géhenne et le bûcher étaient le prix réservé à ces recherches téméraires; et ce qui montre tout l’empire des idées dominantes de cette époque, c’est que l’alchimiste, accusé de sorcellerie, ne voyait dans les poursuites dont il était l’objet qu’une juste punition des recherches auxquelles il avait osé se livrer.

On comprend dès lors le soin que les adeptes mettaient à cacher leurs travaux, à les envelopper de mystères, à rendre obscurs leurs écrits et leur langage. Ils avaient plus d’une raison pour en dérober au public les résultats. S’il pouvait leur en coûter la liberté et même la vie, ils voulaient au moins se réserver le bénéfice de leurs découvertes, ainsi que l’illusion d’une puissance chimérique, parfois aussi dissimuler leurs déceptions ou leur ignorance. Néanmoins, et quelle que soit la bizarrerie de leur conduite, on ne peut s’empêcher de rendre justice à leur persévérance comme à leur courage. Fortune, temps, santé, rien ne coûtait aux adeptes. Ils poursuivaient jusqu’à la mort, et souvent même ils léguaient à leurs descendants la continuation d’une expérience. Ce qu’il y a de plus étrange, c’est qu’ils révélaient d’utiles découvertes auxquelles ils n’attachaient aucun prix , parce qu’elles ne devaient pas servir à leur objet, et qu’ils cachaient

d’absurdes recherches sans solution possible. Bizarre contraste d’obscurité et de lumière, de superstition et de génie, qu’on a caractérisé du nom de folie sublime, mais qui doit inspirer plus d’estime que de pitié.

L’alchimie, d'ailleurs, se rattachait d’une manière assez intime aux connaissances médicales et à la métallurgie, deux sciences qui sont de tous les temps, car elles se rapportent aux premiers besoins de l’homme. Aussi s’empara-t-elle de tous les esprits; elle se refléta sur toutes les études du moyen âge, et son histoire occupe presque seule , au point de vue scientifique, les siècles qui précèdent l’ avènement de la renaissance.

La scolastique et l’alchimie, en se mêlant à toutes les idées dominantes de cette période, représentent, en effet, presque toute la science du moyen âge. Toutefois, au xiiic siècle, l’alchimie prend le pas sur la scolastique. Les questions de métaphysique perdent chaque jour de leur importance; les hommes d’étude se tournent de plus en plus vers l’observation sérieuse des phénomènes naturels. Tous les esprits curieux s’appliquent aux recherches de l’alchimie : philosophes, moines, savants, poètes, médecins, prélats et monarques, tout le monde s’en occupe. L’alchimie résume tout le caractère, toutes les tendances de l’époque ; on semble se préoccuper partout d’un nouvel avenir pour l’esprit humain.

Le xme siècle avait, en quelque sorte, préparé le mouvement scientifique qui devait éclater vers la fin du xve. On sait quelles circonstances arrêtèrent alors cet élan généreux, qui néanmoins marqua d’une brillante empreinte cette triste époque. Aucun fil ne pouvait encore diriger l’esprit humain à travers les

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