LIVRE I
Ses travaux de physique reposent en grande partie sur ce qu’il connaissait d’Aristote, des livres d’Hermès, de Cicéron, d’Apulée. Ce qu’il a écrit sur les animaux est emprunté à Aristote; mais il y ajouta les connaissances fournies par les Arabes, et ce qu’il avait recueilli dans les relations des voyageurs.
Parmi ses livres d’alchimie, l’un des plus remarquables est son traité de Alchimia , écrit avec beaucoup de clarté, de sagesse, de logique même, bien que plusieurs des principes qu’il y émet soient faciles à contester. Tel est aussi celui de la transmutation, qu’il regarde comme une chose possible. Cependant il reconnaît que l’or des alchimistes n’est pas l’or véritable, quoiqu’il en ait tous les caractères apparents, attendu qu’il ne soutient pas l’épreuve du feu. Malheureusement les alchimistes des siècles suivants, qui n’avaient pas la même bonne foi, s’appuyèrent sur l’autorité d’Albert pour donner plus de vraisemblance au principe de la transmutation.
Dans le traité de Rebus melallicis et mineralibus, après avoir exposé les propriétés des pierres, des sels, des minéraux, il discute les opinions de Géber et des Arabes sur la matière, et les remarques qu’il y ajoute montrent qu’il avait suivi avec attention l’exploitation des mines. C’est dans ce traité que l’on trouve, pour la première fois, le mot de vitriol ( vitroleum , oleum vitri), appliqué à l’atrament vert (sulfate de fer). On trouve dans son traité : Compositum de composais, une multitude de données pleines d’intérêt, et tout à fait neuves pour les chimistes de l’époque ; telles sont la composition artificielle du cinabre, la préparation de la potasse caustique (alkali des Arabes), de l’azur, la coupellation de l’or et de l’argent, c’est-à-dire leur
purification au moyen du plomb, la préparation de la céruse, du minium, le départ des métaux au moyen de l’eau-forte et de l’eau régale , l’effet de la chaleur sur l’état physique du soufre, la préparation du sublimé blanc, des acétates métalliques, de l’esprit de nitre, et une foule d’autres Plusieurs traités d’alchimie qu’on lui attribue sont plus ou moins apocryphes. Leur style est obscur, énigmatique, ce qui montre qu’ils sont plutôt l’ouvrage de ses élèves ou de ses successeurs. On ne peut expliquer que de cette manière le nombre et la variété des écrits qui portent son nom. A la vérité, dans sa retraite de Cologne, il disposait des secours de plusieurs moines, ses subordonnés ; car, malgré toute son activité et sa persévérance, il ne fût pas venu seul à bout d’une pareille tâche.
Le goût qu’Albert le Grand avait pour les expériences et ce qu’il appelle lui-même les opérations magiques , mais surtout cette étendue de savoir qui l’élevait si fort au-dessus de ses contemporains, expliquent assez les traditions populaires dont il fut l’objet, et le titre de magicien qu’on lui donna même de son vivant. On répandit qu’il avait commerce avec les démons, et en même temps on assurait que c’était de saint Dominique qu’il avait appris le secret de la pierre philosophale. On ne douta point qu’il ne sût faire de l’or, quand on apprit qu’en moins de trois ans il avait acquitté les dettes considérables de son évêché de Ratisbonne. Il eût été
1 Albert appela les liqueurs acides aquœ acut.œ (de Alchimiâ). L idée que les acides agissent sur la langue à l'aide de pointes est tort ancienne: le mot acetum (vinaigre) n’a pas d’autre origine.