‹ La science et les savants au XVIe siècleChapitre 26 sur 145 · LIVRE I · texte numérisé non relu

LIVRE I

plus rationnel d’en conclure qu’il en avait administré les revenus plus sagement qu’on ne l’avait fait avant lui.

Albert le Grand est certainement le plus beau génie qu’ait produit le moyen âge. Sa vie, son caractère, ses travaux imprimèrent à son époque un glorieux et impérissable cachet. Il forma avec Roger Bacon et saint Thomas d’Aquin un savant triumvirat qui éclaira d’une vive lumière tout le xmc siècle : aurore brillante, mais passagère, qui semblait présager le grand jour de la renaissance, mais qui ne tarda pas à s’éteindre dans l’obscurité des deux siècles suivants.

Albert le Grand est quelquefois confondu avec Albert de Saxe, son élève, qui se distingua aussi dans la philosophie et les sciences. Le pape Urbain Y le nomma évêque d’Halberstadt. On attribue à ce dernier un ouvrage intitulé: de Virtuiibus herbarum , lapidam et animalium , quelquefois rapporté à Albert le Grand.

Presque au même moment où Albert le Grand remplissait de son nom l’Allemagne et la France, paraissait en Angleterre un autre philosophe destiné à lutter avec lui de savoir et de célébrité. Cet homme, l’un des plus éminents qu’ait produits le xme siècle, est R.oger Bacon, né en 1214, à Ilichester dans le comté de Somerset, où sa famille était ancienne et considérée. Après avoir étudié à l’université d’Oxford, il entra dans l’ordre de Saint-François, des Frères Mineurs. Il vint ensuite à Paris, où il suivit les leçons d’Albert le Grand. Revenu en Angleterre , en 1240, il alla se fixer à Oxford pour s’v livrer tout entier à l’étude des sciences. La physique et les ma-

SCIENCES NATURELLES ET SCIENCES PHYSIQUES. Cl

thématiques furent les premiers sujets de ses travaux; mais il était pauvre et ne pouvait entreprendre les recherches expérimentales que lui suggérait son génie inventif. De généreux amis vinrent à son aide, de nombreux élèves lui prêtèrent leur concours , et il put dès lors aborder des travaux qui ne tardèrent pas à donner à son nom un grand retentissement.

Robert Bacon avait adopté, dès le principe, les idées de l’un de ses maîtres, Greathead, évêque de Lincoln, plus connu sous le nom de Robert Grosse- Tête. Dédaignant les spéculations théoriques, il avait mis Aristote à l’écart, pour interroger directement la nature par la voie de l’expérience. Il fut, par conséquent, l’un des premiers à secouer le joug de l’autorité scolastique, pensée qui ne pouvait manquer d’exciter un grand scandale et de lui attirer des persécutions ; c’est, en effet, ce qui arriva. Quelques-uns des résultats de ses recherches, qui pouvaient passer pour merveilleux et qu’il attribuait lui-même à certaines opérations magiques, le firent accuser de sorcellerie, bien qu’il eût écrit contre les causes surnaturelles. La haine et la jalousie s’attachèrent à lui ; il fut condamné au pain et à l’eau. Jérôme d’Ascoli , étant venu en France comme légat du pape, le fit mettre en prison; mais, protégé par Clément IV, qui avait été secrétaire de saint Louis, et à qui Roger Bacon avait dédié son Opus majus , il fut mis en liberté. Quelques années après, Jérôme d’Ascoli, étant devenu pape, le fit enfermer de nouveau dans le couvent des franciscains, où il passa dix années. A peine arraché à cette longue captivité , il revint h Oxford, où il mourut en 1294, à l’âge de soixante-dixhuit ans.

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