‹ La science et les savants au XVIe siècleChapitre 33 sur 145 · LIVRE I · texte numérisé non relu

LIVRE I

qui lui est resté Enfin l’on ajoute que ses écrits ne furent découverts qu’après sa mort dans une colonne de l’église d’Erfurlh qui s’ouvrit tout à coup. On avait dit pareille chose à l’occasion des maîtres de l’art sacré.

Quel que soit l’alchimiste qui s’est caché sous le nom de Basile Valentin, son premier titre à la célébrité consiste dans ses travaux sur l’antimoine, consignés dans un traité intitulé : Le Char triomphal de l'antimoine ( Currus triumphalis antimonii). Il appelle ce métal l’une des merveilles du monde, il le regarde comme la source de la richesse et de la santé; car il guérit, dit-il, la plupart des maladies, et sert à purifier l’or, ainsi que le corps humain. Il en décrit les principales préparations encore en usage aujourd’hui , et c’est sur l’autorité de son nom que s’appuya la vogue dont elles jouirent dans le siècle suivant ; mais leur succès ne tarda pas à être balancé par de nombreux revers, au point que la faculté de Paris se vit obligée d’en proscrire l’usage, ou, pour mieux dire, l’abus.

Mais ce n’est pas là que se bornent les services que Basile Valentin rendit à la chimie. On trouve dans ses autres écrits une foule de faits nouveaux ou jusque-là mal observés. On lui doit la préparation de l’esprit de sel (acide chlorhydrique) , l’extraction des métaux par la voie humide, l’eau-de-vie retirée de la bière, la préparation de l’or fulminant, des sels de fer, de cuivre, de plomb, de mercure; il parle un des premiers du bismuth , qu’il regarde comme une

i On a écrit aussi que le mot antimoine était formé de deux mots grecs àrrt et (j.6vo;, qui signifieraient que ce métal ne se trouve jamais isolé dans les minerais qui le contiennent.

altération de l’étain. Il préconise l’emploi des bains minéraux artificiels dans les maladies de la peau ; il dit que la composition des eaux minérales peut guider dans la recherche des mines. Il montre que l’air est indispensable aux animaux et même aux poissons, car ceux-ci périssent d’asphyxie dans les étangs couverts de glace. Il compare l’air irrespirable des souterrains à celui qui se dégage des raisins en fermentation ; il étudie les propriétés chimiques et vénéneuses de l’arsenic, il perfectionne la préparation des acides minéraux. Il cite l’essence agréable obtenue par l’action des acides sur l’alcool (éthers) , il améliore enfin les procédés distillatoires , par l’addition du serpentin , et -parle de l’éolipyle ainsi que de la lampe à alcool. Les ouvrages de Basile Valentin sont un résumé complet de tous les moyens employés par la chimie jusqu’à l’époque de Boerhaave. On y trouve les premiers développements des doctrines alchimiques des Arabes, les trois principes universels: le sel, le soufre et le mercure; le premier, comme type de la solubilité; le second, delà combustibilité; et le troisième, de la propriété métallique. Ces théories sont mêlées de métaphores, d'allégories, et souvent couvertes d’obscurité mystique. Basile Valentin croit à la transmutation ; il parle sérieusement, dans son Traité du soufre, du vitriol et de l’aimant, des moyens de faire de l’or. Ses ouvrages, écrits en latin, ou bien en haut saxon, n’ont été imprimés qu’au xvne siècle. Paracelse, Van Helmont, et tous les chimistes du siècle suivant, y puisèrent une foule de faits nouveaux et d’idées fécondes qui les mirent sur la voie des recherches dont, à leur tour, ils enrichirent la science.

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