‹ La science et les savants au XVIe siècleChapitre 38 sur 145 · LIVRE I · texte numérisé non relu

LIVRE I

cap Vert, on prenait possession des Açores; en 1 47 2, on avait dépassé l’équateur. Ce fut là un grand événement pour l’astronomie; car on venait d’apercevoir un nouveau ciel, de nouvelles constellations. On voyait pour la première fois le pôle austral et les quatre étoiles que Dante semblait avoir devinées dans le siècle précédent 1 . On remarqua aussi qu’au delà de la ligne, l’aiguille aimantée continuait à se diriger vers le nord. Ce fut à peu près à la même époque que deux médecins du nouveau roi de Portugal, Piodrigue et Joseph , dressèrent des tables de la déclinaison du soleil, et firent l’application de l’astrolabe aux observations nautiques. Douze ans plus tard, Diégo Cham découvrit les royaumes de Bénin et de Congo. En I486, Barthélemi Diaz atteignit le cap des Tempêtes, nommé depuis le cap de Bonne - Espérance, que Vasco de Gama franchit le premier en 1497, pour se frayer une nouvelle route aux Indes orientales. Mais déjà, cinq ans avant cette date, Christophe Colomb avait abordé en Amérique: événement qui fut un des plus grands et des plus féconds des temps modernes.

Christophe Colomb était né à Gênes, d’une famille pauvre, en 1435. Il avait fait à Pavie des études dirigées surtout vers les mathématiques, la géométrie, l’astronomie, la cosmologie. Un goût prononcé pourla navigation lui fit entreprendre, jeune encore, de longs voyages maritimes. Il avait conçu depuis long-

i lo mi volsi a man destra, e posi mente A l'astro polo , e vidi quatre stelle ,

Non viste moi , fuor ch’ a la prima g ente-.

(Purgatorio , I.)

temps la pensée qu’en poursuivant une navigation à l’ouest, on rencontrerait l’extrémité orientale de l’Asie, que les voyageurs croyaient s’étendre indéfiniment dans cette direction. La forme sphérique de la terre était déjà admise avant Aristote. Les voyageurs du xme et du xiv° siècle avaient appuyé cette opinion par des observations nombreuses. Les Arabes avaient pris la mesure d’un degré de latitude dans les plaines de la Mésopotamie, et en avaient déduit l’étendue de la circonférence de là terre. Le Florentin Toseanelli avait développé la possibilité d’aller aux Indes par l’ouest. Dans la première moitié du xve siècle, on avait découvert à Corvo, dans les Açores, une statue équestre , probablement d’origine carthaginoise, dont le cavalier montrait l’Occident, de la main droite , ce qui avait été regardé comme un symbole de l’existence d’un continent à l’ouest. Enfin, des voyageurs qui s’étaient avancés à une grande distance dans cette direction avaient aperçu sur la mer des morceaux de bois taillés, des troncs d’arbres inconnus, poussés par le vent d’ouest, et même des cadavres humains dont les traits et la conformation étaient tous différents de ceux des races continentales. Colomb, s’appuyant sur tous ces documents, proposa aux Génois de tenter cette recherche; mais les républiques italiennes, alors en rapport avec l’Orient par l’intermédiaire des Arabes, avaient peu d’intérêt à ouvrir de nouvelles routes au commerce européen. Il alla à Lisbonne, le point de départ de toutes les expéditions maritimes. Il y épousa la fille d un ancien gouverneur de Puerto-Santo qui le confirma dans sa pensée. Les Portugais venaient de franchir l'équateur et de parvenir à l’extrémité de

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l’Afrique. Jean H, à qui il avait confié l’objet de ses recherches et les documents sur lesquels il se fondait , envoya secrètement une expédition sur la route indiquée; mais les pilotes, bientôt découragés, s’étaient empressés de revenir à Lisbonne.

Après mille vicissitudes, Colomb alla à Cordoue, présenter ses plans et ses espérances à Ferdinand et à Isabelle, alors engagés dans la guerre contre les Maures. Ce ne fut qu'au bout de huit ans de sollicitations qu’il obtint trois légers navires (caravelles), avec lesquels il s’embarqua le 3 août 1492, au port de Palos, en Andalousie. On l’avait nommé grand amiral et vice-roi des terres qu’il pourrait découvrir. On lui accordait en outre le dixième des objets de toute nature dont, au nom du roi d’Espagne, il se rendrait possesseur. Qui ne connaît les détails de ce mémorable voyage, pendant lequel la résolution et le génie eurent à lutter contre des obstacles impossibles à prévoir? Le plus grand peut-être fut d’avoir à soutenir le courage de ses matelots, et à résister aux tentatives criminelles dont il devint personnellement l’objet. Après une courte relâche aux îles Canaries, on appareilla de nouveau le G septembre. Vers le 20 du môme mois, on remarqua un grand nombre d’oiseaux venant de l’ouest, ce qui ranima un moment l’espoir de l’équipage; mais le calme qui survint, et les plantes aquatiques dont la mer était couverte, ne permettaient pas aux vaisseaux d’avancer. Au bout de quelques jours, le vent s’étant élevé, on se remit en marche. Le 1er octobre, on était déjà à sept cents lieues de l’Europe , et l’on n’apercevait encore aucune terre. Le 7, on vit de nouveau quelques oiseaux aquatiques, et de légères vapeurs se montrèrent à

l’horizon; mais ces présages ne tardèrent pas à sè dissiper. L’équipage, désespéré, se souleva, se répandit en imprécations et somma l’amiral de renoncer à son entreprise. Colomb déclara résolûment qu’il était décidé à persister, et annonça d’une manière prophétique qu’avant trois jours l’événement justifierait son espoir. Dès le 11 , en effet , de nouveaux indices ne laissèrent aucun doute sur la proximité de la terre, et le 12, au matin, la flottille abordait sur une île délicieuse qu’il nomma San-Salvador : la prévision de son génie était réalisée.

On sait que, revenu en Espagne, en 1493, Colomb y obtint les honneurs d’un véritable triomphe; que, la même année, il entreprit un second voyage au nouveau monde, et un troisième, en 1498. Dans chacun d’eux, il fit de nouvelles découvertes et fonda de nouveaux établissements. Enfin, dans un quatrième voyage, en 1502, il parcourut la côte septentrionale de l’Amérique du Sud, depuis les bouches de l’Orénoque jusqu’à Caracas, et même jusqu’au golfe de Darien. On connaît les luttes qu’il eut à soutenir1 contre l’envie et l’injustice de ses contemporains. Victime à la fois de la calomnie et de l’ingratitude, il perdit son crédit, sa fortune, il eut même à souffrir la captivité, et mourut en 1506, accablé d’infirmités et de chagrins. Colomb n’eut pas même la gloire de donner son nom au continent qu’il avait découvert. La postérité s’est obstinée à attribuer cet honneur à Amerigo Vespucci, savant navigateur florentin , à qui l’on a fait trop souvent, mais à tort, le reproche de l’avoir usurpé.

Ces deux grandes découvertes, celle du passage aux Indes par le cap de Bonne-Espérance et celle du

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nouveau continent, firent entrer de nouveaux peuples dans la société humaine. Elles agrandirent la sphère des connaissances, et, en même temps qu’elles servaient les intérêts matériels des Européens, elles étendirent le domaine de l’intelligence, en ouvrant de nouvelles sources à l’observation de la nature. Des terres inconnues, des animaux, des plantes, des produits ignorés jusqu’alors vinrent accroître les ressources, la richesse des populations , et donner naissance à une foule d’idées et d’industries nouvelles. L’astronomie, les mathématiques, la navigation, s’enrichirent et se perfectionnèrent ; la géographie fit d’immenses acquisitions ; l’agriculture se développa sur tous les points. En même temps, le progrès de toutes les sciences donna lieu à une multitude d’applications qui améliorèrent sensiblement la condition et le bien-être des individus. Si quelques-unes de ces découvertes sont dues au hasard, un grand nombre d’autres furent le résultat du génie industriel et de l’activité qui se développèrent dès lors de toutes parts, et dont le mouvement progressil ne devait plus s’arrêter.

Le papier de chiffons, inventé h Bâle, vers la fin du xiif siècle, avait été précédé par le papier de coton , dont la fabrication fut portée en Allemagne par les Grecs, chez qui il était connu depuis plus de trois cents ans. L e parchemin, qui avait d’abord remplacé le papyrus, était devenu si rare que, dans plusieurs couvents, les moines s’étaient mis à gratter les anciens manuscrits pour y copier des missels ou des antiphonaires, détruisant ainsi de précieux monuments de la science et de la littérature antiques. D’autres assurent que le papier de coton parvint en

Europe à l’époque de Marco Polo, qui l’apporta de la Chine. Les Arabes, dès le vn° siècle, le fabriquaient à la Mecque, et l’expédiaient en Espagne sous le nom de Pergamino di pagno. Lés premières papeteries de chiffons s’établirent en France vers 1312, et en Angleterre à la fin du même siècle.

L’invention des lunettes remonte , comme nous l’avons vu, à Roger Bacon. On l’a également attribuée

L’invention des lunettes.

à Alexandre Spina, de Pise, qui mourut en 1313, ainsi qu’au Florentin Salvino degli Armati (1285). On n’a pas assez remarqué combien cette découverte avait accru l’étendue de la vie intellectuelle, en permettant aux hommes lettrés de prolonger leurs travaux au delà du terme ordinaire où l’affaiblissement, de la vue empêche de lire et d’étudier.

Mais la plus importante de toutes les découvertes

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