‹ La science et les savants au XVIe siècleChapitre 40 sur 145 · LIVRE l · texte numérisé non relu

LIVRE l

donna une nouvelle impulsion à l’intelligence et appela la découverte de l’imprimerie. Celle des lunettes avait étendu le champ de l’étude et fourni aux sciences de nouveaux moyens d’observation ; l’invention de la boussole amena le renouvellement de la marine, ouvrit de nouvelles routes au génie aventureux, contribua au progrès de l’astronomie, de l’art nautique, de la géographie, et prépara la découverte du nouveau monde, qui donna une si vive impulsion au progrès des sciences naturelles.

A côté de ces découvertes capitales se placent , durant la même période, une foule d’autres inventions qui accrurent les commodités de la vie et servirent de préludes à de nouveaux perfectionnements. Les voyages, les guerres, tout le mouvement matériel et moral qui accompagna les croisades, avaient éveillé de toutes parts l’intelligence et le génie. On avait rapporté d’Orient des machines ingénieuses, de nouveaux ustensiles, l’idée de quelques arts jusqu’alors inconnus, des médicaments précieux d’origine indienne, le maïs, le ver à soie, les moulins à vent, les connaissances scientifiques dérobées aux Sarrasins : conquêtes plus précieuses que de stériles victoires, et qui avaient ouvert de nouvelles voies à la civilisation.

La canne à sucre , d’abord cultivée en Nubie, en Arabie et en Égypte, passa en Sicile, en Portugal, et l’usage du sucre commença à se répandre dans toute l’Europe. Les Grecs et les Romains l’avaient connue sous le nom de miel de roseau ou sel indien. Paul d’Égine en avait fait mention dès le vnc siècle ; mais c’est seulement au xivB et au xve siècle que la canne à sucre fut cultivée aux des Canaries, à Saint-

Thomas et dans la Guinée. On assure toutefois qu’un manuscrit daté de 1372, attribué à Bartholomée l’Anglais , renferme tous les détails relatifs à la préparation et à là raffinerie du sucre de canne.

La découverte de la houille, que les Liégeois s’attribuent, eut lieu vers la même époque. L’exploitation en était déjà si active en 1350, que les houilleurs composaient alors la majeure partie de l’armée liégeoise. L’usage des tapisseries, des toiles peintes, des vêtements de soie,, se répandit généralement ainsi que l’emploi du linge de chanvre, des chapeaux de feutre , des chandelles de suif, des miroirs de verre étamé et des ustensiles de faïence.' L’industrie et le commerce trouvèrent dans toutes ces inventions des sources de développement aussi nouvelles que fécondes.

Les arts commençaient aussi à se perfectionner, en s’appuyant sur les principes fournis par diverses sciences. L'architecture, qui se fonde surtout sur les connaissances mathématiques, produisit alors ses plus beaux chefs-d’œuvre de style ogival. Empruntant à toutes les écoles leurs meilleurs principes, elle alla, pour ainsi dire, plus loin que l’art antique, en ce sens qu’à l’élégance des formes elle ajouta un nouvel élément : la pensée religieuse. Elle groupa autour d’elle tous les autres arts : la statuaire, la peinture, la mosaïque, les vitraux coloriés, l’orfèvrerie et même la musique, à laquelle elle offrit, sous l’influence de la même pensée, un magnifique asile et l’occasion de développer ses plus riches effets.

Enfin , c’est pendant ces deux siècles : ceux de la féodalité, de la chevalerie, des troubadours, que les langues modernes commencèrent à prendre des

*JS

L1VRK I.

formes régulières, qu’elles s’introduisirent dans l’histoire, dans les lois, dans les sciences, achevant ainsi de donner a l’ensemble de la civilisation un caractère de plus en plus relevé et entièrement distinct de celui des âges précédents.

Avant de considérer la marche des sciences naturelles et physiques durant le xvie siècle, il nous semble rationnel de jeter un coup d’œil sur l’état des connaissances médicales à l’époque dont nous occupons ici, parce que l’histoire de la médecine, qui réunit toutes ces sciences, nous montrera le point où elles étaient parvenues à ce moment, ainsi que le tableau de leurs principales applications à l’art de guérir.

La médecine , qui repose en si grande partie sur les données qui lui sont fournies par diverses sciences, dut nécessairement se ressentir de l’état dans lequel celles-ci restèrent plongées dans le cours du moyen âge. Cet art avait pourtant profité de toutes les circonstances favorables qui s’étaient présentées. Innocent III et Philippe-Auguste avaient accordé de grands privilèges à l’université de Paris. Honoré III avait iixé la durée, l’ordre des cours, et réglé la forme des examens. Les institutions de Louis IX favorisèrent le retour aux études scientifiques. Les universités réunirent à leur enseignement les écoles de médecine. Celles de Montpellier, de Bologne, de Ferrare, de Pavie, de Milan, étaient également célèbres. On y avait fondé des bibliothèques, comme dans les couvents. Cependant les médecins étaient toujours clercs, ecclésiastiques, et ne voulaient faire aucune opération. Ils se virent donc obligés de créer une corporation subalterne à laquelle ils déléguèrent des soins qu’ils

regardaient comme indignes de leur savoir. Cette circonstance donna lieu à la fondation du collège des chirurgiens de Paris, qui est due à saint Louis, et qui releva cette profession à la hauteur de la médecine.

Cependant les écoles médicales se ressentaient encore de l’influence de la scolastique. Les subtilités théoriques, les questions sur l’essence des maladies, la distinction entre la substance et l’accident, l’influence des planètes et des constellations, les formules magiques jouèrent encore pendant ces deux siècles un certain rôle dans l’enseignement et dans la pratique de l’art médical. L’étude des astres servait à pronostiquer l’issue des maladies et à diriger leur traitement. Ces singularités remontaient assez avant dans le moyen âge, et elles disparurent lentement, car il en restait encore quelques traces à l’époque de Molière. La matière médicale réunissait les substances les plus étranges, et l’on ne peut se figurer à quelles aberrations entraînait la recherche des médicaments, jusqu’au moment où les découvertes acquises parles voyages de long cours donnèrent enfin à cette branche de la médecine une meilleure direction.

Le xiii« siècle place au nombre de ses savants quelques médecins qui jouirent d’une assez grande célébrité. Gilbert d’Angleterre, de l’école d’Averrhoès, qui vécut à Paris, puis à Constantinople, publia un Compendium de médecine longtemps estimé. Cependant Gilbert était astrologue, et figure parmi ceux qui se livrèrent aux plus grands écarts en thérapeutique. Pierre d’Albano était de la même école ; son Conciliateur des philosophes (Conciliator philosophorum ) est un assez bizarre recueil d’antithèses et

Page 1