‹ La science et les savants au XVIe siècleChapitre 41 sur 145 · LIVRE · texte numérisé non relu

LIVRE

de solutions subtiles à des questions insignifiantes. Il fut condamné au feu comme sorcier ; mais il mourut de mort naturelle avant l'exécution de la sentence. Thaddæus, de Florence, commenta Hippocrate et contribua à remener la médecine dans une voie plus rationnelle. Pierre d’Espagne, archevêque de Braga , et depuis pape ., sous le nom de Jean XXI , était fils d’un médecin de Bologne et médecin luimême. Il écrivit le Trésor des pauvres, aussi attribué à Jean XXII, qui eut pour médecin Jean de Saint - Amand, chanoine deTournay, auteur d’un Traité de thérapeutique assez bon pour cette époque.

La création du collège de chirurgie fut en grande partie l’ouvrage de Lanfranc, de Milan, qui, ayant été mêlé aux troubles politiques de son pays, vint s’établir à Paris, où ses écoles acquirent une grande renommée. Saint Louis avait accordé aux membres de cette institution, entre autres privilèges, la permission de se marier.

Vers la fin du même siècle commença à s’élever une lutte sérieuse entre les préjugés, les pratiques du siècle précédent et des idées plus judicieuses. On abandonna peu à peu les théories fondées sur l’astrologie , sur les abstractions et encore empreintes des formes de la scolastique. Le poète Pétrarque fut un de ceux qui contribuèrent le plus à réduire à sa juste valeur l’autorité des anciens, en montrant, à l’aide de sa profonde érudition , que l’on attribuait à tort certains ouvrages à Aristote, à Sénèque, a saint Augustin, et en signalant les inexactitudes des traductions arabes. Cette lutte fut longtemps souide et sans progrès bien apparents. Dans la première moitié du xive siècle, deux grandes épidémies exer-

cèrent en Europe de cruels ravages. La danse de Saint- Guy se répandit en Allemagne et dans quelques contrées du Nord. Venise seule perdit plus de cent mille habitants dans la peste qui, en 1348, envahit l’Italie], la France, et, l’année suivante, plusieurs autres parties de l’Europe. Comme les médicaments semblaient sans efficacité, on recourut encore aux conjurations et aux pratiques de l’astrologie. Le pape, mieux éclairé, accorda des indulgences plénières à ceux qui se consacraient au service des pestiférés.

C’est aussi au xive siècle qu’eut lieu le réveil de V anatomie. En 1315, Mondini, de Florence, professeur à Bologne, disséqua publiquement deux cadavres de femme. Il publia un Manuel d'anatomie, enrichi de planches gravées sur bois, qui fut suivi dans les écoles jusque vers la fin du xvie siècle. Depuis Mondini l’usage s’établit d’ouvrir chaque année publiquement des cadavres humains.

Mais le savant qui donna la plus vive impulsion à l’anatomie fut Guy de Chauliac, né à Chaulieu, près de Mende, en 1320. Élève des écoles de Montpellier, de Bologne, de Padoue et de Florence, il devint médecin des papes Clément VI, Innocent VI et Urbain V, à Avignon. Doué d’un jugement sûr, ennemi des vaines théories, il était d’une érudition extraordinaire et très - profonde en connaissances anatomiques.

Pendant la peste d’Avignon, en 1348, tous les médecins de la ville se sauvèrent. Guy de Chauliac resta. Il fut atteint d’un bubon à l’aine et on le crut mort; mais il échappa à l’épidémie, grâce, dit-il, à un électuaire thériacal dont il faisait un usage quotidien.

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